‹ Lyon et le Commerce de la SoieChapitre 26 sur 55 · JOLO MES · texte numérisé non relu

JOLO MES

Les chiffres de production de soie grège dans la phase actuelle sont les suivants :

1908.. 10 millions de kilos 1919.. 24 millions de kilos 19184 ns 102 02 =” 1918.. 22 A

Le chiffre de 1919 représente à quelques millions près la quantité de soie mise à la disposition des fabriques mondiales. Si l’année 1920 marque un recul, ce n’est pas que la sériciculture japonaise ait subi par elle-même une crise ou rencontré des difficultés particulières ; c’est un effet de la crise universelle, de l’arrêt des fabriques. La demande s’étant brusquement restreinte, la production a dû se replier comme la consommation et, par prudence, diminuer le nombre des graines mises en incubation.

Jusqu’à la fin du siècle dernier, les soies blanches avaient été l’élément exclusif. Mais les Japonais ont réussi à acclimater des races jaunes, de manière à concurrencer les espèces européennes. [ls ont obtenu surtout de bons croisements de vers italiens et de vers chinois. Ces soies jaunes représentent 5 à 6 millions de kilos par an. Enfin les vers sauvages sont représentés par l’Antherœa Yama-maï, — qui se nourrit de feuilles diverses, chêne, marronnier, hêtre, — et forme de gros cocons verts. La soie obtenue, de couleur vert clair, est très belle, plus brillante, mais un peu plus grosse que celle du Bombyx. C’est donc une soie sauvage d’un caractère tout particulier. Elle atteint au Japon des prix élevés et trouve emploi même à la cour du Mikado, mais elle n’est guère utilisée au dehors.

Les régions séricicoles les plus importantes (1) sont les îles de Kiou-Siou, Sikok, Hondo, surtout les districts montagneux de Hondo, situés au nord et à l’ouest du Fouzi-Yama. En 1918, la province d’Aichi avait donné environ 2 millions 600.000 kilos de soie grège, celle de Gunma, 2 millions, et celle de Nagano, de beaucoup la plus importante de toutes, plus de 6 millions à elle seule. Ces trois provinces représentent la moitié des récoltes japonaises.

Dans certaines contrées annexes, comme la Corée et Formose, un gros effort a été fait dès la période d’avant-guerre,

(1) Cf. En ‘annexe, Carte III. Production séricicole du Japon.

avec trois éducations comme au Japon. Les progrès ont été

rapides en Corée :

LOD0 ES 69.000 familles de sériciculteurs LOLIARCES 111.000 = — LOTO 332.000 — — LODIMRERE 20.000 hectolitres de cocons LOT 36.000 == == 1919258 250.000 — —

Par suite de la proximité de la Chine du nord les vers sauvages sont également nombreux,

A Formose la première récolte de cocons en 1912 n’avait pas donné 3.000 kilos de grège. Dès l’année suivante on arrivait à 7.500 kilos et l’on prévoyait pour l’après-guerre des récoltes de 80 millions de yens.

Le Japon a des filatures aussi perfectionnées que les nôtres. En 1918 on comptait 4.639 usines à vapeur, avec 275.760 bassines, et la concentration était très sensible dans les grands districts de sériciculture ; Nagano, au premier rang, puis Gunma, Aïchi, Saïtama, Okaya. Mais il existe encore plus de 250.000 installations, de caractère plus ou moins familial, disposant de 300.000 bassines. Ces petites filatures travaillent avec le secours des banques. Chaque année, au printemps, celles-ci font les avances nécessaires aux achats de cocons. En 1914, on évaluait à 45 millions de yens les sommes ainsi prêtées aux petits filateurs. Le moulinage a fait des progrès identiques. En 1920 l’organsinage comptait 907 moulins, dont 788 avec force motrice et installation à l’européenne. L’exportation des ouvrées japonaises a même commencé.

La consommation intérieure emploie surtout les catégories médiocres de grèges, provenant des petites filatures. C’est la soie filée à l’européenne qui alimente l'exportation, Ces exportations japonaises ont pris un développement prodigieux. C’est vers 1910 qu'elles ont nettement distancé le commerce Chinois : 8.250.000 kilos. Depuis cette époque, chaque année à marqué un nouveau progrès : 12 millions en 1915, 15 millions et demi en 1917 et 1919. En 1920 le recul est sensible : 10.890.000 kilos, car les Japonais retiennent leurs stocks, pour lutter contre la dépréciation des prix. Mais en 1921 le chiffre formidable de 18.590.000 kilos est atteint,

chiffre un peu factice, il est vrai, car il comprend non seulement les récoltes de l’année, mais les réserves de la campagne précédente.

Le grand marché d'exportation est Yokohama. Il a été doté d’une organisation commerciale tout à fait moderne et d’une Condition des soies, qui fonctionne depuis l’année 1896. Ce marché est même aujourd’hui débordé par l'intensité du trafic. Il est question d’en établir un autre à Kobé, avec une Condition, analogue à la précédente. Les provinces séricitoles de l’est continueraient à alimenter Yokohama, celles de l’ouest auraient avantage à venir à Kobé.

Ici, comme en Chine, le prix des cocons n’a pas d’importance. Les opérations commerciales ne portent que sur la soie filée. Comme type de grège japonaise, on prend dordinaire la soie filature 1 4% 13/15. La balle de 60 kilos valait en 1914 de 900 à 1.000 yens, avec un change de 2,60. Les prix ont monté plus rapidement qu’en Chine, par suite d’une demande américaine plus pressante. En 1920 ils atteignaient 1.400 et 1.500 yens, avec un change qui allait de 7 à 9. En 1921, ils ne variaient pas sensiblement, mais le change s’abaissait à 7 et à 6. En 1922, nouvelle hausse des prix, de 1.500 à 2.200, alors que le change oscillait de 6,50 à 7,50.

L'influence des grandes puissances soyeuses est très réduite au Japon. Après la révolution de 1868, le nouveau gouvernement avait fait appel à des Français. Vers 1872, Paul Brunat créa la première filature à l’européenne, devenue filature impériale de Tomiouka et qui porte aujourd’hui encore par reconnaissance le nom de son fondateur. Mais il y a longtemps que les Japonais se sont émancipés. Le commerce lyonnais s’est heurté à la concurrence d’autres puissances européennes, comme la Suisse, dont les fabriques font une grande consommation de soies japonaises. Puis les uns et les autres ont dû s’effacer devant les Etats-Unis, Ce sont les canons américains qui ont forcé le Japon à s'ouvrir. C'était un symbole dont toute la signification apparaît aujourd’hui.

Dans les exportations japonaises, la part du marché de Lyon se chiffre ainsi, en soie grège : 1.670.00 kilos en 1915, 1.360.000 en 1915, 1.080.000 en 1919, 412.000 en 1922. La diminution est donc très sensible, Le Japon, qui avant la guerre, venait immédiatement après la Chine, parmi les régions pourvoyeuses de Lyon, n’est plus aujourd’hui qu’au

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troisième rang derrière l'Italie. Par contre, depuis quelques années, le Japon expédie en France des soies ouvrées, qui concurrencent non seulement les importations italiennes et suisses, mais nos propres ouvraisons : 4.700 kilos en 1919, 8.400 en 1922.

Ces chiffres sont maintenant peu de chose à côté de ce que prend l’Amérique. Sa concurrence, dangereuse en Chine, est ici écrasante, La fabrique américaine, plus rapprochée que nous, tend à monopoliser la production japonaise.

Voici quelle était avant et après la guerre la proportion de l’Europe et de l'Amérique dans le commerce japonais :

Campagne 1908-1909 :

Europe, 32.800 balles. — Amérique, 92.300 balles. Campagne 1919-1920 :

Europe, 12.079 balles. — Amérique, 241.418 balles. (1)

Il y a donc une correspondance absolue entre la production toujours croissante du Japon et la consommation toujours plus grande des Etats-Unis. Sans les appétits démesurés de la fabrique américaine, les progrès du Japon n’auraient pas été possibles. :

Toutefois les fournitures de l’Extrême-Orient, considéré dans son ensemble, restent fondamentales sur le marché de. Lyon et représentent 5.600.000 kilos en 1913, 3.400.000 en 1915, 4 millions en 1919, 3 millions et demi en 1922, c’est-àdire, suivant les années, les 2/3 ou les 3/4 des matières soyeuses, qui ont été vendues en France.

En dehors de ces grandes régions productrices, les essais de sériciculture, tentés en Afrique ou dans le nouveau monde, n'ont pour l'instant donné que des quantités insignifiantes, bien que les Américains fassent grand bruit autour de certaines expériences en Louisiane et en Californie (1).

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