‹ Lyon et le Commerce de la SoieChapitre 25 sur 55 · EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

EUROPE OCCIDENTALE

variétés du Frioul (Udine et Trévise). Certaines espèces de Toscane sont très recherchées pour les organsins. Les soies de Messine passent pour avoir beaucoup de nerf,

SIMe grainage est encore mal organisé en Italie, par contre la sériciculture est profondément entrée dans les mœurs. Les interventions administratives et financières de l'Etat, et surtout les habitudes de coopération ont permis de créer des assurances contre l'échec des éducations, d’organiser des locaux de désinfection, des chambres d’incubation, des séchoirs communs. Des initiatives audacieuses ont été prises. Par exemple on a tenté une deuxième récolte en Lombardie, au mois d'août, avec des graines de race blanche bivoltine du Japon. Les premiers résultats ont été plutôt faibles, avec des rendements qui ne dépassaient pas 20 kilos à l’once. Mais si le procédé peut se perfectionner et se généraliser, ce sera un avenir nouveau pour la production italienne, car la feuille de müûrier ne manque pas. On peut dire qu'ici la sériciculture a conservé une importance vraiment nationale et que l’Italie est la seule nation d'Europe, qui fasse encore figure de pays producteur de soit.

Ces circonstances permettent de comprendre l’importance du marché de Milan, ainsi que l’activité des filatures et des moulinages italiens. Ces industries ont trouvé dans la sériciculture locale un appoint qui n’existe pas en France et dans les populations rurales une main-d'œuvre plus nombreuse et plus docile que chez nous. Elles purent ainsi de bonne heure s’adapter aux conditions nouvelles d’existence, que déterminait la rupture d’équilibre entre l'Occident et l'Orient, le flot toujours croissant de la production asiatique. Elles se transformèrent en grandes industries. Elles produisirent ces organsins du Piémont et ces trames de Lombardie, dont la réputation est européenne. Elles montèrent en grand la filature et l’ouvraison des cocons et des soies, venus de l’étranger.

La concentration géographique est plus sensible qu’en France. Filatures et moulinages se groupent surtout à proximité du marché de Milan, dans les provinces du nord, où la matière première est plus abondante, les densités de population plus considérables, la force hydraulique ou électrique plus facile à capter au débouché des montagnes. De 1868 à 1913, si le nombre des filatures italiennes est passé

de 4.800 à 1.800, par suite de la concentration industrielle et de la disparition des installations familiales, celui des bassines est monté de 62.000 à.120.000. Les quantités filées atteignaient presque 5 millions de kilos et les ouvraisons 4 millions.

La guerre a diminué ces chiffres, comme elle a restreint la production de matière première. Les conditions industrielles sont également devenues plus difficiles. Les salaires se sont élevés. En 1920, sauf les corrections indispensables de change, ils étaient de lires 7,60 à 8 pour les ouvrières fileuses, avec 8 heures de travail effectif, de 7,35 à 7,75 pour les ouvrières de tors. Les quantités de soie filée en 1919 n’étaient plus que de 2.135.000 kilos, dont 1.835.000 tirés de cocons indigènes et 300.000 de cocons secs importés. En 1920, avec la crise du tissage, la moitié des filatures était arrêtée et le moulinage réduit de 40 %. Mais en 1921 les chiffres de soie filée étaient déjà remontés à 3.900.000 kilos, dont 400.000 de cocons étrangers. Ce sont des résultats qui distancent de très loin les nôtres.

Sauf l’appoint du grainage provençal, la sériciculture italienne n’a rien à envier aux organisations françaises, mais on sait qu’une partie de l'outillage industriel, de même qu’une partie des opérations du marché de Milan, est aux mains de Français. Les soies italiennes grèges représentent sur le marché de Lyon des quantités bien supérieures aux soies de France : 1.075.000 kilos en 1913, 575.000 en 1915, 1.090.000 en 1919, 916.000 en 1922. Les importations italiennes tendent à dépasser celles du Japon et à prendre le second rang après la Chine. C’est une conséquence de la guerre, de la hausse formidable des prix de revient en Extrême Orient et de l’accaparement du Japon par d’autres puissances soyeuses. L'Italie nous envoie aussi des quantités d’ouvrées qui, faibles avant la guerre, ont atteint en 1919 le chiffre de 321.000 kilos, mais se trouvaient réduites à 53.000 kilos en 1922.

A côté de l’Europe occidentale en décadence, le sort de

l'Europe orientale, du Proche et du Moyen Orient a été très mouvementé. Dans la période de calme relatif, qui va de la guerre franco-allemande aux guerres balkaniques de 1912 la production de soie grège était montée de 700.000 kilos aux environs de 3 millions. Les plantations de müûriers se développaient sur les bords du Danube moyen et inférieur, de la Drave et de la Save, de la Maritza, dans les rares plaines de la Grèce continèntale et dans les Iles, avec les marchés d’exportation de Salonique, d’Andrinople et du Pirée. De l’autre côté des détroits les progrès n’étaient pas moins rapides : territoires turcs d’Anatolie avec Brousse et Smyrne, de Syrie avec Beyrouth et Tripoli ; territoires du Caucase avec Noukha et Koutaïs ; province du Ghilan en Perse avec le marché de Rescht ; plaines du Turkestan russe ou chinois avec Boukhara et Kachghar. Partout ici les soies blanches apparaissaient à côté des soies jaunes, et comme l’outillage local était encore très rudimentaire, l’exportation se faisait sous forme de cocons secs, autant que de soie grège.

En 1912, la production totale des cocons dans la Turquie d'Europe et d’Asie était évaluée à 17 millions de kilos, dont 5 millions en Anatolie, 5 millions et demi en Syrie, 1 million dans le vilayet d’Andrinople, 2 millions en Macédoine : soit l’équivalent de 1.200.000 kilos de soie. La population musulmane, aussi bien que les Arméniens et les chrétiens, s’adonnait à ce travail, que les Arabes avaient d’ailleurs vulgarisé autrefois, et pratiquait des méthodes d'éducation souvent très judicieuses, comme l’élevage au rameau. Les. revenus des dîimes de la soie s'étaient élevés à 150.000 lires turques (la lire — 23 francs). La Banque Impériale Ottomane faisait des prêts importants et facilitait les transactions. Des filatures modèles étaient prospères à Brousse et Guevguéli. 46 «46 ]

Ces régions, qui furent autrefois les débouchés des « routes de la soie », sont revenues à la sériciculture grâce aux influences françaises. Mettant à profit les anciennes traditions d'amitié, qui remontent aux Capitulations, graineurs provençaux et négociants lyonnais ont accompli dans tous les territoires turcs du Levant depuis un demi-siècle une œuvre économique considérable (1), C’est la France qui a monté à

(1) Cf. BourGaup : Lyon et le commerce des soies avec le Levant.

Brousse vers 1845 les premières filatures à vapeur. C’est elle qui, après l'invasion de la pébrine, réorganisa vers 1880 avec des graines sélectionnées la sériciculture ottomane. C’est sur le modèle de l'institut de Montpellier que le service de ja Dette publique, en partie composée de Français, créa en 1888 l'institut séricicole de Brousse. Des capitaux français faisaient marcher la plupart des filatures. Cocons et grèges se dirigeaient surtout sur Marseille et Lyon. En même temps l’alliance russe nous facilitait la pénétration des régions du Moyen Orient.

A la veille des guerres balkaniques, la situation était devenue moins favorable aux influences françaises. L’administration ottomane, de plus en plus germanisée, tendait visiblement à s’émanciper. Un véritable grainage ture, imité du grainage français, arrivait à produire 400.000 boites, banderolées par le Service de la Dette, et qui propageaient dans le Proche et le Moyen Orient les races blanches de Bagdad aux dépens des produits occidentaux. La concurrence italienne devenait aussi très sérieuse à Salonique et dans les autres ports du Levant.

En 1912 et 1913 les guerres balkaniques ont jeté la perturbation dans l’Europe orientale, puis en 1914 la grande guerre à coupé toute relation avec le Levant, enfin la Révolution russe a fermé les routes de l’Asie centrale. Pendant plusieurs années, la production est passée dans les fabriques des empires centraux ou s’est arrêtée en Russie. D'ailleurs les opérations militaires qui se déroulèrent en territoire turc et tout récemment encore les hostilités entre Grecs et Ottomans en Asie-Mineure ont eu des conséquences désastreuses : müriers coupés ou arrachés, sériciculteurs arméniens et grecs massacrés, installations détruites ou incendiées, tel est le bilan de ces 10 ans de guerre. Au lieu de replanter les mûriers, les paysans de certaines régions trouvent plus avantageux de cultiver les céréales et le tabac. |

Les quelques renseignements que nous possédons aujourd’hui montrent que toutes ces régions ne se remettent à la production de la soie qu'avec lenteur, au milieu d’une situation toujours troublée, L’Autriche-Hongrie a vu partager entre les divers états, issus de son démembrement, les installations déjà très complètes de sériciculture et de filature, qu’elle avait organisées avant la guerre, En Tehéco-Slovaquie, le

centre de Liberec, désormais privé des cocons autrichiens et hongrois, s’efforce de créer une sériciculture locale. Une grande association de la soie a distribué déjà plus d’un million de plants de müûriers. La récolte de 1922 a donné 8.000 kilos de cocons frais dans le groupe tchèque (Bohême, Moravie, Silésie), 20.000 kilos dans le groupe slovaque. Certaines vallées des montagnes slovaques offriraient des conditions idéales: climat très salubre, feuilles de müriers très nutritives. Ce n’est évidemment qu’un début. Mais il est bon de souligner les tentatives de ces nouveaux états, pour s’émanciper au point de vue économique aussi bien que politique.

Le groupe autrichien de l’Adriatique, déjà fortement constitué avant la guerre, est passé sous le contrôle de lItalie. En 1914 il donnait plus de 2 millions de kilos de cocons. La Hongrie, qui produisait à la même date 1 million et demi de , kilos, a dû céder la plupart de ses installations à la Yougo- Slavie et à la Roumanie. Elle n’en a conservé qu’une faible partie, avec des filatures comme celles de Mohacs. En 1920 elle n’a pas obtenu plus de 150.000 kilos de cocons.

La Yougo-Slavie compte aujourd’hui deux groupes séricicoles importants, celui de la Croatie-Slavonie qui, en 1922, a produit 150.000 kilos et celui de la Voïvodina, c’est-à-dire du Banat et des plaines voisines de Belgrade, qui a donné 700.000 kilos. La Yougo-Slavie a hérité de la Hongrie quelques filatures d’installation toute moderne, dont les plus importantes, à Pancevo et à Novi-Sad, sont devenues établissements d'Etat. Toute une législation récente, qui dénote un désir très net d’émancipation, a mis aux mains de l'Etat ou de Sociétés concessionnaires un véritable monopole. Chaque année les filatures nationales procéderont à la vente de leurs grèges aux enchères publiques (1). Un grand programme d’extension séricicole, concernant surtout la Croatie-Slavonie, a été arrêté en 1920 au ministère de l’Agriculture, avec le concours de la Banque agricole croate et de l’Association des syndicats de paysans. Le travail doit commencer par l’extension

(1) Par exemple, à la fin de l’année dernière, le gouvernement yougo-slave faisait savoir à Lyon qu’il procéderait le 28 décembre 1922 à la vente aux enchères de 3.700 kg. de soie grège extra-classique (1°' et 2° ordres) et 2.570 kg. de déchets de filature, à l’usine de Pancevo, de 3.900 kg. de grège et 2.900 kg. de déchets, à celle du Novi-Sad, Annonces au Bulletin des Soies et Soiertes,

du müûrier et l’établissement d’un véritable cadastre des plantations.

La Roumanie a recueilli les installations que la Russie lui a laissées en Bessarabie, et surtout la Hongrie en Transylvanie ou dans le Banat de Temesvar., Dans les provinces Moldo-Valaques la sériciculture, ruinée au temps de la pébrine, se reconstituait avec le concours de la France et de l'Italie. Dans les anciennes provinces russes, la production de la soie reste familiale et arriérée. Les femmes se réservent ces travaux et les jeunes filles se constituent de petites dots en filant. Dans les anciennes provinces hongroises, la production a été modernisée.* Certaines grandes filatures, comme celle de Lugos, occupent 400 ouvrières. En 1921 on escomptait dans la seule Bessarabie 150.000 kilos de cocons, alors qu'avant la guerre la moyenne de la Roumanie était à peine supérieure à 200.000 kilos.

Le relèvement semble rapide en Bulgarie avec 1 million et demi de kilos en 1921. De même en Grèce, malgré le contre: coup d’événements politiques fâcheux, la récolte des cocons aurait donné 2 millions de kilos en 1922 contre 1.300.000 en 1921 et 900.000 en 1920. En 1922 les principaux districts étaient ceux de Thrace Occidentale : 640.000 kilos, — Macédoine : 640.000 kilos, — Thessalie : 320.006, — Laconie : 128.000, — Messénie : 76.000, — Eubée : 38.000... Ainsi les anciens territoires turcs, malgré les ravages des guerres balkaniques et de la campagne de Salonique gardent leur prépondérance. La localité de Soufli est le principal centre séricicole de la Thrace et est l’un des plus importants de toute la Grèce. Les éducateurs emploient des graines indigènes et des graines françaises. Le prix des cocons frais qui, en 1920, était déjà monté à 15 et 20 drachmes, atteignait en 1922 une moyenne de 30 à 36. Les Grecs expédient aussi sous le nom de Morée quelques soies grèges, très analogues à celles de Syrie.

C’est surtout dans les territoires ottomans que la situation reste incertaine. Une sériciculture pleine de promesses en 1912 est aujourd’hui pour longtemps compromise. Malgré leurs défaites et de nouveaux démembrements, les Turcs semblaient prêts en 1919 à reprendre la tradition séricicole,. Dans le vilayet de Brousse 72 filatures sur 120 étaient encore en état de travailler et Pon est vraiment surpris de

constater qu’en 1921, en pleine guerre avec les Grecs, cette région a produit 1.350.000 kilos de cocons frais contre 950.000 en 1920. Mais l’offensive, puis la débâcle des armées grecques ont une fois de plus saccagé le pays, exaspéré le nationalisme ture et déterminé un courant d'opinion hostile à tous les étrangers.

Toutefois il est peu probable qu’une tradition, déjà si ancienne chez ‘les Musulmans, soit abandonnée. Quand l’ordre sera rétabli, il y aura là une place à prendre pour la nation soyeuse, qui saura se concilier le gouvernement turc, et faire les avances de fonds nécessaires. En Syrie, où la paix s’est trouvée, grâce au mandat français, plus rapidement assurée, les progrès sont déjà sensibles et cependant le mal n’était pas moins profond. La production était tombée presque à rien ; 1.500 bassines de filature subsistaient seulement sur 11.000 ; de telle sorte que la sériciculture en Syrie semblait frappée d’un coup dont elle ne se relèverait pas et qu’une véritable campagne antiséricicole fut d’abord conduite parmi nos administrations. Or la récolte remontait déjà à 1.100.000 kilos en 1921, à 2 millions en 1922, ce qui prouve à quel point ces occupations sont entrées dans les mœurs des habitants et combien les conditions de sol et de climat sont favorables.

‘En Syrie la soie produite est de couleur jaune foncé, avec des races très apparentées à celles des Cévennes. Partout ailleurs c’est la race de Bagdad qui domine aujourd’hui, avec de gros cocons blanc verdâtre. Le prix des cocons frais qui, avant la guerre, variait en moyenne de 2 fr. 50 à 3 fr. 50, et qui, pendant la guerre, était tombé à 2 francs et moins, était en 1922, à Beyrouth, de 11 et 12 francs ; à Brousse, de 180 à 230 piastres, c’est-à-dire de 12 à 16 francs suivant les qualités.

Avant la guerre les régions russes du Caucase avaient produit jusqu’à 6 et 7 millions de kilos. Les principaux centres étaient l’Azerbeidjan et la Géorgie. La Révolution russe a d’abord causé des perturbations graves et des mouvements séparatistes. Aujourd’hui les républiques soviétiques transcaucasiennes qui dominent ces territoires s'efforcent de relever la sériciculture. L’arrêt des tissages en Russie les a obligées à chercher des débouchés en Europe. Elles ont établi des comptoirs de vente à Rome et à Marseille. Pour la cam-

pagne 1923 elles auraient acheté en France 150.000 boîtes de graines, ce qui supposerait une reprise très sensible des éducations (1).

Sur les bords de la Caspienne, la Perse à été autrefois un grand pays séricicole (2). Après une première décadence la production était remontée vers 1850 à 10 ou 15 millions de kilos de cocons. Puis la pébrine a provoqué une nouvelle chute. Aujourd’hui les récoltes sont évaluées à 5 millions de kilos. Ces cocons forment le principal article des exportations persanes. Les anciennes races indigènes ont presque partout disparu devant les races jaunes des graineurs français et surtout la race de Bagdad qui, pendant la guerre, parvenait seule aux pays d’Orient.

Le principal centre est le Ghilan, sur le “versant occidental de la Caspienne. A lui seul, il donne les 9/10 de la production. Le Mazandéran, sur le versant oriental, et le Khorassan, aujourd’hui négligeables, pourraient redevenir aussi des centres importants. Le reste du plateau de l’Jran est désertique et inhospitalier. Quant au Ghilan avec son climat chaud et humide, les nuées de la Caspienne se déversant sur les pentes de l’Elbourz, il ne semble pas à première vue très favoräble aux éducations. Cependant les mûriers sont nombreux et les élevages actifs.

La sériciculture est pratiquée de la manière suivante : lJ’incubation des graines commence dans les maisons avec la seconde quinzaine d’avril. Puis les jeunes vers sont élevés sur des kalébis, ou petits plateaux creux, faits de crottin de vache pétri avec un peu de boue et séchés au soleil. La nuit on empile ces kalébis les uns sur les autres, pour empêcher les insectes de manger les vers. Après la deuxième mue on transporte les vers dans les magnaneries où tilimbars, simples hangars de chaume montés sur poteaux, au milieu des mûriers. Il y aurait dans le Ghilan 90.000 tilimbars de ce genre. Les vers sont mal tenus et les maladies fréquentes. Les paysans ou rayats, cultivent pour le compte de seigneurs, que représentent des intendants, avides et tyranniques. En principe le rayat a droit au tiers des cocons produits, ce qui est une proportion honorable, mais

(1) Renseignements communiqués par les représentants des R, S. T. à la foire de Lyon 1923.

(2) Cf. Laronr et RaBino : L’Industrie séricicole en Perse.

il est souvent dépouillé de ce-qui devrait lui revenir et obligé d'emprunter à des usuriers au taux de 30 ou 40 %. Il curaule l’éducation du ver à soie avec la culture du riz et les cultures potagères et ne pratique bien ni les unes ni les autres. É

La sériciculture est ainsi très arriérée. C’est pourquoi le gouvernement persan avait chargé le Français Lafont de la réorganiser (1). Les procédés industriels ne laissent pas moins à désirer. L’étouffage indigène des cocons se pratiquait au soleil ou dans des chambres chauffées avec des fagots. Les marchands de soie qui travaillent dans ces régions, et en particulier des négociants lyonnais, ont installé dans ces dernières années des étouffoirs et des séchoirs perfectionnés. La filature est en grande partie indigène. Elle tire jusqu’à 10 kilos de grège avec 100 kilos de cocons frais. C’est dire qu’elle sépare très mal les déchets de la soie proprement dite, Une filature européenne fonctionne à Rescht depuis une trentaine d’années, sous une direction française, avec un matériel de 150 bassines fileuses et de 75 bassines batteuses. Mais ces méthodes de filature europènne ont encore peu d'importance. Les tissages locaux se contentent de grèges très inférieures. L’exportation, à destination de la Russie et surtout de Marseille et de Milan, se fait sous forme de cocons secs. Cette exportation représentait avant la guerre un million de kilos. Les prix, très variables, oscillaient autour de 25 krans, soit 2 francs le kilo de cocons frais, Pendant la guerre, les voies du Caucase étant interrompues, la Perse ne pouvait plus communiquer avec l’Europe occidentale que par les routes difficiles et incertaines de l’Inde.

Le Turkestan russe et le Turkestan chinois exportaient avant 1914 un miilion de kilos de cocons secs, où doîminait depuis quelques années la race blanche de Bagdad. La Révolution russe a porté un coup sensible à ce trafic, mais les Soviets prétendent aujourd’hui procéder à une réorganisation séricicole complète du Turkestan russe.

La part de toutes ces régions orientales dans le commerce français a beaucoup varié à l’époque actuelle. IT faut distinguer ici les fournitures de cocons et de grèges. En 1913 la Russie

(1) LAFoNT, professeur à l'Ecole d’agriculture de Montpellier, est décédé à Rescht pendant la guerre, au cours de cette mission,

nous envoyait de ses possessions orientales 153.400 kilos de cocons, la Grèce 8.500, la Turquie 231.200. En 1919 la Grèce a donné 46.500 kilos et la Turquie 38.300. En 1921, les importations turques remontent à 174.800 kilos et la Russie reparaît avec 28.700 kilos.

En 1913 la Turquie envoyait près de 60.000 kilos de soie grège. En 1919 ses envois sont réduits à 25.180 kilos. En 1922 le total des importations venues de l’Europe orientale, du Proche et du Moyen Orient n'’atteignait pas 40.000 kilos.

Dans l’ensemble, ces contrées sont loin de produire tout ce qu’elles devraient donner. Ce sont des possibilités d’approvisionnement pour l’avenir plus que pour le présent, à condition toutefois que le marché de Lyon sache lutter contre la concurrence de Milan.

La grande source actuelle de Papprovisionnement mondial est l’Extrême Orient.

Toutefois il faut mettre à part les Indes. Le Bengale, où des maisons françaises avaient fait de 1853 à 1913 des efforts considérables pour organiser la sériciculture et la filature, a cessé d’être un pays producteur. La cause en est moins dans les croyances religieuses des indigènes et les répugnances qu’ils peuvent avoir à étouffer l’insecte dans le cocon, que dans certains éléments d’ordre physique et économique. Le climat est trop humide. Les races locales, polyvoltines à cocons jaunes, disparaissent, décimées par les maladies et la mouche oudji. Les vers sauvages eux-mêmes, comme PAntherœa mylitta, ont été abandonnés. Les habitants, absorbés par la culture du riz et du jute, ne s'intéressent plus à la sériciculture. Calcutta a cessé d'être un port d’exportation de la soie. Il est vrai que le Mysore expédie quelques faibles quantités par Madras et que les Anglais, aidés du marché de Lyon, tentent aujourd’hui un sérieux effort dans les vallées hymalayennes du Cachemire. Des races jaunes annuelles, empruntées à nos Cévennes, ont été acclimatées. En 1912, le Cachemire donnait à lui seul 200.000 kg. de soie,

dont une partie s’exportait par Kouratchi et Bombay (1). Mais l’ensemble de l’exportation hindoue était tombé en 1921 au. chiffre misérable de 85.000 kg. de grège. On est loin des 2 millions de kg. que les Indes fournissaient, il y a un siècle. La consommation intérieure a d’ailleurs beaucoup augmenté. Non seulement elle absorbe la plus grande partie des soies de Mysore et de Cachemire, mais elle importait de Chine 600.000 kg. en 1921. L'Inde avait envoyé en France, au cours de l’année 1913, 3.400 kg de cocons et 210.000 kg de grège. En 1919 elle ne donnait pas 56.000 kg. de soie.

L’Indo-Chine française est au contraire en grand progrès. La sériciculture, venue de Chine, s’y développa dès le moyen àge, trouvant des conditions de sol et de climat très favorables. Les diverses variétés de mûriers blanes s’y accommodent de tous les terrains même en bordure des cours d’eau et dans les rizières, sans que cet excès d'humidité semble nuisible. Les races de vers à soie sont à cocons jaune doré et peuvent donner jusqu'à 6 et 8 récoltes par an. Maïs ces cocons ne sont pas avantageux. Ils sont petits, pointus et légers. Il en faut de 1.200 à 1.500 au kilo. Une vingtaine de kilos de ces cocons est nécessaire pour un kilo de soie. Toutefois le brin est l’un des plus fins que l’on connaisse. S’il est difficile à dévider, ii peut donner, avec une bonne filature, une soie d’une qualité remarquable, très régulière et très brillante.

La population indo-chinoise est nombreuse, surtout dans les plaines et le long des côtes. Elle est souvent contrainte à J’émigration. L'extension de la sériciculture serait pour elle un complément de ressources précieux. Mais les méthodes d'élevage sont très arrièrées. Elles restent dominées par des superstitions grossitres et un fatalisme tout oriental. L’indigène respecte et craint le ver à soie, qu’il appelle « Monseigneur » ou « Excellence », au lieu de le garantir contre les maladies, ou contre les atteintes de la mouche con lang (2). La production est donc faible et de mauvaise qualité.

Un caractère particulier de l’Indo-Chine, c’est la séparation qui existe entre les cultures de müûriers et les éducations. La plupart des indigènes, qui élèvent des vers à soie

(1) Cf. Ratan-C. Rawley : The silk industry and trade. (2) Cf. d’après Bui-Quang-Chieu : Contribution à l’étude de la séricieulture en Indo-Chine. Zn Laboratoire d’études de la soie, 1918,

ne possèdent pas de müriers. Is achètent des feuilles aux propriétaires de müraies, ou s’adressent à des ramasseurs de feuilles, qui servent d’intermédiaires. 11 y a là un fait, qui complique le problème soyeux, car lPextension de la sériciculture n’est possible qu’à la condition de recruter .à la fois des éducateurs et des planteurs de müriers. Or, il est plus difficile de trouver ceüx-ei que ceux-là, car la propriété étant très morcelée, et les plantations n’étant pas immédiatement productives, les paysans, propriétaires ou fermiers, obligés de vivre au jour le jour, ne peuvent entreprendre des transformations de ce genre, et les exemptions d’impôts se sont révélées inopérantes, en raison de la mauvaise foi des notables, chargés de la répartition.

Quant aux industries de la soie, bien que très anciennes aussi dans le pays, elles sont très rudimentaires. Pour filer, les indigènes se servent d’une marmite en terre, en guise de

bassine. Les cocons sont tirés par groupes de 20, 30 et même 40. La grège, résultant de l’assemblage de tous ces fils, s’enroule directement sur un volet, sans passer ni par une filière, ni par une croisure. Elle ne peut donc être présentée sur les marchés européens. Elle n’est utilisable que pour le tissage indigène qui, disposant seulement de métiers archaïques, ne confectionne que des étoffes grossières.

La production de l’'Indo-Chine, comme d’ailleurs tout le commerce, était tombée sous le contrôle des Chinois et surtout des Cantonais. Mais ceux-ci ne se souciaient pas de développer ni d'améliorer une sériciculture qui pouvait leur faire concurrence. Les soies indo-chinoises servaient comme balance d’échange pour les places de Hong-Kong et de Singapour en contrepartie des importations de cotonnades, de soieries et d’autres produits.

La décadence était très sensible avant l'occupation française. Le mandarinat absorbait toutes les forces vives du pays et considérait la sériciculture comme une occupation aussi vile que l’agriculture ou l’industrie, Cette décadence Sembla tout d’abord se poursuivre avec la domination française., En ouvrant largement l’Indo-Chine au commerce international, notre intervention accéléra l'importation des cotonnades européennes parmi les classes populaires, tandis que les classes aisées demandaient à la Chine les beaux tissus de soie qu’elles ne trouvaient pas sur place. Le développe-

ment des rizières, avec leurs récoltes nombreuses et abondantes, causait à la sériciculture du Tonkin ou des bords du Mékong le même préjudice que les primeurs ou la vigne dans la vallée du Rhône. Contre ce déclin les gouverneurs essayaient de lutter, mais les méthodes furent longtemps peu cohérentes. C’est seulement dans la période tout à fait actuelle que le péril a été enrayé et que des progrès sensibles ont été réalisés.

Le marché de Lyon s'est attelé de bonne heure au travail de rénovation, mais des difficultés de toutes sortes et des hasards malheureux contrarièrent longtemps ses initiatives (1). Dans la filature les premières tentatives remontent à Ulysse Pila et à Bourgoin Meiïffre, qui, vers 1892, créaient à Hanoï avec du matériel, sorti des chantiers de la Buire, Lyon, la première usine à vapeur. En 1902, la mission Dadre aboutit à ia création de la Société française de filature de : soie au Tonkin. Bien que cette entreprise se soit heurtée à des difficultés d’approvisionnement et à la mauvaise qualité des cocons, un groupement lyonnais estimait en 1906 qu’il fallait lui donner plus d’ampleur et lui consacrer des capitaux plus importants. La Société du Tonkin devint la Société française de sériciculture et de filature de l’Indo-Chine. Mais la crise de 1907 l’arrêta presque aussitôt. Cependant M. Emery, confiant dans le succès, reprenait à son compte une partie des organisations de la Société française, avec le concours du marché de Lyon. En 1920, cette collaboration aboutissait à la création de la Société Franco-Annamite textile d’exportation, qui, sous une direction lyonnaise, dispose d’un groupe industriel complet, pourvu du matériel le plus moderne : filature, moulinage à grande vitesse, tissage, teinture et station électrique. Enfin, en 1922, une autre société lyonnaise s’est constituée pour la mise en valeur de l’Indo-Chine

pe

et plus spécialement du Cambodge.

Ce travail, souvent laborieux et ingrat, d’organisation industrielle, s’est accompagné d’une transformation séricicole, avec création de grainages, de magnaneries modèles, de pépinières de müûriers. M. Vieil a montré qu'il ne fallait pas chercher à introduire en Indo-Chine des races étrangères de

() Cf. surtout l'exposé de la Mission lyonnaise en Chine et les chroniques du Bullelin des Soies.

bombyx plus riches en soie, ni même essayer des croisements. Seules, les races locales peuvent résister à l’atmosphère humide de ces contrées. Ce qu’il faut, c’est améliorer le rendement au cocon par des sélections rigoureuses et des méthodes d’élevage rationnelles. Quelques mesures officielles, surtout au Tonkin, ont encouragé les indigènes : en 1905, exonération d'impôt en faveur des terrains plantés en müûriers ; en 1907, prime de 2 francs par kilo à l'exportation vers la métropole des soies filées à l’européenne ou redévidées.

En somme, la France est maintenant sortie du domaine de l'hypothèse. L’Indo-Chine possède aujourd’hui un organisme séricicole déjà important, mais dont les anneaux sont de moins en moins serrés à mesure que l’on va du Nord au Sud et que l’on s'éloigne de la Chine. La récolte des cocons dans

‘la colonie du Tonkin, la plus productive de toutes, est de 2 millions et demi à 3 millions de kg., soit de 130 à 150.000 kg. de soie, dont le quart environ est travaillé à l’européenne. Le reste est filé par les procédés indigènes et consommé sur place. 10 à 15.000 kg. seulement sont exportés en Chine. Dans l’Annam les récoltes atteignent 2 millions. La soie indo-chinoise, filée à l’européenne, est supérieure à celle de Canton. Elle est déjà très connue et bien classée sur le marché de Lyon. Si les quantités actuelles ne dépassent guère 20.000 kg., il ne faut pas oublier que c’est un simple début et qu’en 1911 il n’était pas encore question de ces provenances dans les statistiques lyonnaises.

Restent la Chine et le Japon. La Chine proprement dite (1), même séparée de ses possessions extérieures, est ur immense territoire, qui s’étend du 20° au 50° degré de latitude et où

. l’on trouve des formes de climat très variées, depuis le climat du Nord, rendu souvent glacial par le courant froid de l’Oya Chivo et les vents violents de l’Asie centrale, jusqu’à celui de la Chine du Sud, nettement tropical et que les moussons rendent très humide,

Le bombyx et les autres insectes séricigènes semblent s'être accommodés facilement de toutes ces conditions naturelles, car on les rencontre dans toutes les provinces, bien qu’on ait

() Cf. Mission lyoanaise en Chine et P. Vieil : dchicictltare, pp. 41 et 85.

l'habitude de signaler surtout celles du Kouang Toung, autour des bouches du Si Kiang, du Yunnan et du Seu Tchouan sur le cours supérieur du Yang-Tsé, du Kiang Sou et du Tche Kiang de part et d’autre de l’embouchure, territoires plus accessibles et mieux connus. .

Par suite de cette extension immense et de l’antiquité de la domestication, le nombre des races s’est multiplié à l’infini. Chaque district a les siennes. Il existe des vers de toutes formes, unis, lisses, bossus ou même avec de véritables cornes, comme cette variété intitulée Cornes de dragon. Les uns sont polyvoltins, dans les régions tropicales du Si Kiang, les autres sont bivoltins ou annuels, à mesure que le climat devient moins chaud. La plupart des soies chinoises sont blanches. Cependant celles du haut Yang Tsé et de certains districts septentrionaux sont jaunes. Les soies verdâtres sont en voie de disparition.

Le mûrier se rencontre partout, à toutes les latitudes, et sous tous les aspects, soit greffé, soit abandonné à lui-même et complètement sauvage. Dans certaines provinces, comme le Seu Tchouan, on emploie même un succédané du mûrier, l'arbre tcha, qui dans les premiers âges des éducations, peut suppléer le mûrier, quand les chambrées sont trop nombreuses.

L’histoire de la Chine et celle de la soie se confondent. Nulle part la sériciculture n’est à ce point entrée dans les mœurs. Mais le peuple chinois, traditionaliste et indolent, plein de respect pour les habitudes ancestrales, de défiance ou même de haine pour toutes les nouveautés que les étrangers introduisent, pratique aujourd’hui les éducations comme au temps de Si Lung Shi. Aucune théorie, seulement des usages routiniers, une saleté repoussante et passée à l’état de seconde nature, une ignorance absolue, en un mot l’inverse de ce que doit être une bonne sériciculture. II faut d’ailleurs distinguer les régions côtières, voisines de Canton et de Shanghaï, où les influences européennes ont eu déjà des résultats heureux et les provinces de l’intérieur. Mais un trait est commun, Partout l’élevage a un caractère essentiellement familial. Pas de grandes magnaneries avec main-d'œuvre étrangère. Rien que des éducations de quelques onces de graines, avec le concours de tous les membres de la famille, jeunes ou vieux.

Dans les provinces de l’intérieur, les méthodes sont pitoyables, et provoquent un gaspillage prodigieux de richesses soyeuses. Pas de grainage organisé, ce qui entraîne une dégénérescence des races. Pas d’hygiène. Les vers s’entassent sur de véritables litières, dans la fumée du foyer domestique, sous des toits mal clos, qui ne les protègent pas contre la pluie ou la fraicheur des nuits. Quand ils meurent, c’est qu’ils n’étaient pas destinés à vivre. Les maladies sont fréquentes et font de grands ravages. Cependant malgré l'ignorance et l'incurie incroyables des éducateurs, il n’y a pas eu en Chine jusqu’à présent de catastrophe comparable à l’épidémie européenne de pébrine. Le bombyx chinois a traversé les siècles sans incident notable, en raison de sa robustesse, qui s’explique sans doute par ce fait qu’il est ici dans son pays d’origine. Mais les rendements sont très faibles. [1 suffirait donc d'améliorer ces méthodes pour augmenter démesurément l'immense production chinoise.

Dans les régions côtières, où le contact entre Chinois et Européens est déjà ancien, le Chinois commence à comprendre qu’il a intérêt à procéder comme l’Occidental. Il est surtout très impressionné par les progrès du Japon, qu’il déteste, et qui malgré sa faiblesse numérique fait la loi en Extrême Orient, précisément en imitant l’Europe. Méthodes européennes et coutumes chinoises font ici un singulier ménage. On accroche à une poutre du plafond les cartons ou sachets qui contiennent les graines. Les 14 janvier, jour de la déesse du ver à soie, on les plonge dans un bain d’eau salée ou d’eau de chaux, auquel on attribue les effets les plus salutaires. Ensuite les femmes les mettent en incubation entre leurs seins et les hommes sous leur coiffure. Les vers éclos sont abondamment nourris de feuilles hachées. Les délitages, fréquents, se font au moyen de filets, pour ne pas blesser les chenilles. On désinfecte à la chaux éteinte. On assainit avec des balles de riz grillé. C’est également sur des claies recouvertes de cônes de paille de riz que se fait la montée. On reconnaît à tous ces détails la proximité des rizières. Dans ces conditions les résultats sont un peu meilleurs.

Cette transformation est essentiellement l’œuvre des étrangers. Ce furent d’abord les Anglais, qui après la guerre de l’opium, pénétrèrent en Chine et firent ce qu’ils voulurent. Ils accumulèrent sur Londres les stocks de soie, imposèrent

leur langue, leurs usages, leurs unités de poids et mesures. Ensuite les autres nationalités ont essayé de se faire une place, Allemands, Suisses, Français, enfin Américains et Japonais. Tous ces étrangers se groupent dans deux centres principaux : Shanghaï et Shameen. A Shanghaï, les concessions française, anglaise, américaine s’alignent à côté de la ville chinoise (Native city), sur les bords du fleuve Hoang Poo. Le véritable port est à Ousoung, près de l’embouchure, Shanghaï est aujourd’hui une grande ville cosmopolite, qui évoque les villes neuves d'Amérique plus encore que les cités occidentales. Shameen est une autre concession internationale, surtout franco-anglaise, que les Européens ont aménagée en 1859 dans un ilot à côté de Canton.

En raison de la supériorité qu’ils avaient dans la technique de la soie, il était naturel que les Français prissent bientôt la direction des réformes. La Chambre de Commerce française de Shanghaï a créé des grainages, d’abord à Shanghaï même, puis dans les trois provinces voisines. Tche Kiang, Kiang Sou et Ngan Hoeï. Des magnaneries annexes ont permis aux éducateurs chinois de constater la supériorité des méthodes européennes et de s’y adapter. Ces établissements ont distribué gratuitement les graines, après sélection microscopique d’après les principes de Pasteur, et ce qui donnera une singulière idée de la qualité des éducations locales, c’est que dans les premiers lots réunis en vue du grainage, il fallut généralement écarter 50 % de cocons défectueux, puis, après examen, éliminer encore 70 % de graines corpusculeuses. On voit par là dans quelle proportion l’élevage chinois, abandonné à lui-même, peut réussir.

Des institutions analogues fonctionnent sous la direction d’autres puissances : par exemple le Tche-Kiang séricicultural college, établi dans une île du golfe de Hang-Tchéou, et dont l’enseignement est aux mains des Anglais et des Japonais. De leur côté, les Américains ont installé à Nankin et à Canton des instituts, à demi civils, à demi religieux, que dirigent des missionnaires techniciens, anciens élèves des écoles d’agriculture d'Amérique, méthode ingénieuse, qui met la religion au service des intérêts économiques.

Tous ces efforts ont été récemment coordonnés. La Chambre de Commerce anglaise et la Chambre américaine se sont jointes à la Chambre française. Elles ont formé ensemble un

Comité international pour l’amélioration de la sériciculture en Chine, dont le président est un Français, marchand de soie à Shanghaï, M. Madier, et le principal agent technique, un autre Français, dont le nom fait autorité en matière séricicole, M. Vieil (1).

Enfin il fallait intéresser les Chinois eux-mêmes à ce programme, L’ancien gouvernement impérial était resté hostile ou indifférent, Sa chute a provoqué de grandes crises politiques. Si la Chine n’a pas connu les horreurs de la dernière guerre, elle a traversé et traverse encore des bouleversements redoutables. Les troubles révolutionnaires, les luttes entre Sudistes et Nordistes ont paralysé toute la production. Le gouvernement s’est dédoublé. Il faut maintenant s'adresser tantôt à Pékin, tantôt à Canton. Cependant la Chambre de Commerce chinoise de Shanghaï s’est ralliée aux Chambres étrangères. Certains gouverneurs de provinces, même assez loin dans l’intérieur, comme à Hankéou, ont organisé des rudiments d’enseignement séricicole, et les gouvernements de Pékin et de Canton, malgré leurs désaccords, ont consenti des subventions importantes, dont le montant, pour plus de sûreté, est prélevé sur le produit des douanes.

De même que la sériciculture, la filature et le moulinage conservent un caractère familial et archaïque. Les éducateurs filent eux-mêmes ou donnent leur cocons à des filateurs ambulants, qui travaillent avec une sorte de tour, actionné au pied, comme nos rémouleurs ambulants. Les appareils de filage sont d’une extrême simplicité. Les cocons sont tirés souvent à raison de 15 ou 20 à la fois. Les fils, humides, mal nettoyés, s’agglomèrent en flottes grossières, et d’un emploi difficile. De même les ouvraisons se font dans les provinces de l’intérieur avec de méchants métiers à tordre.

L'action des Européens était plus facile ici que dans la sériciculture. Vers 1871 et 1872 des Français installaient à Canton les premières filatures à l’européenne. D’autres usines étaient créées bientôt à Shanghaï. Il y aurait aujourd’hui 200 filatures à vapeur dans chacune de ces deux régions. Elles figurent avec leurs diverses spécialités et leurs marques ou chops sur les catalogues de la production chinoise, que les maisons d’exportation publient chaque année à l’usage de

(1) Déjà cité à propos de la sériciculture indo-chinoise.

leur clientèle des marchés de consommation (1). Il est important de signaler qu’un certain nombre de ces usines appartiennent à des Chinois, qui se sont assimilés à tel point les méthodes européennes, qu’on ne les distingue plus aujourd'hui des industriels européens ou américains. La filature chinoise de Soy Lun, à Shanghaï, a, dans une petite brochure (2), publiée à l’occasion de l'Exposition internationale de la soie de 1920 à New-York, retracé son histoire, qui est typique. Fondée en 1893, elle compte aujourd’hui 600 bassines, 2.000 ouvrières, et 10 stations d’achat de cocons, réparties dans les provinces de Tché Kiang et de Kiang Sou. Elle a pris comme « chops » non seulement des désignations à la chinoise, comme l’Ancre d’or, mais le portrait de Pasteur. Parmi les photographies, qui illustrent cette brochure, trois surtout sont caractéristiques. Elles représentent Woo Sao Ching, le fondateur, son fils Woo Ton Yng et son petit-fils Woo Sung Puh. Alors que le premier a toutes les allures d’un Chinois de la vieille époque, le dernier a toute la distinction d’un Européen. Cette évolution en dit long sur les transformations possibles de la Chine.

Depuis un demi-siècle l'aspect des soies exportées de Chine s’est heureusement modifié. A l’origine, on ne pouvait rassembler que des soies, dites « natives » ou tsatlées, c’està-dire filées d’après les procédés indigènes, et qui le plus souvent n'étaient utilisables qu’à la condition d’être redévidées. Ensuite sont apparues les soies dites « filatures », sortant des usines européennes et dont la-part est aujourd’hui prépondérante à l'exportation, car elles présentent une régularité satisfaisante et un bon dévidage. On commence même à monter en Chine des moulinages à l’italienne. En raison des faibles exigences et de l’habileté relative de la main-d'œuvre, on obtiendra des trames et des organsins, que leur bon marché acclimatera en Europe, même s’ils ne correspondent pas exactement à tout ce que réclament les fabricants de soieries. Sous la même impulsion, les tissages, les broderies et den-

(1) Parmi ces marques de filature, qui figurent sur les paquets de soie, on voit par exemple l’Eléphant bleu, le Gentaure, le Dragon, V'Aigle et le Léopard d’or, le Müûrier, le Rayon d’or, la Cigogne, PArc de triomphe, le Buffle, le Condor, le Géranium.…..

(2) Soy Lun Filature. Shanghaï, China, 1920,

telles se transforment dans les régions du Si Kiang et du Yang Tsé:

Enfin il ne faut pas négliger en Chine la production des vers sauvages, en particulier du Théophila Mandarina et de l’Antherœa Pernyi, qui se rencontrent surtout dans les provinces du nord et du centre, de la Mandchourie et du Chantoung au Seu Tchouan. Le Théophila Mandarina, qui vit sur le müûrier, a peu d’importance. Plus petit que le bombyx, dont il serait l’ancêtre, il ne donne guère au cocon qu’un fil de 200 mètres, de couleur café clair, et que les Chinois utilisent pour les mousselines et autres étoffes très légères. C’est l’Antherœa Pernyi, ver sauvage du chêne, qui donne tout le tussah exporté. Ver bivoltin comme le précédent, il est tombé dans une demi-domesticité, La première récolte a lieu en juin, la seconde en septembre.

Les soies de ces vers sauvages ont d'abord été travaillées avec les méthodes indigènes. Les cocons, durs et difficiles à tirer, étaient ramollis et décreusés dans des lessives, faites de cendres de bois ou de paille de riz. Les fils obtenus étaient irréguliers et grossiers. Mais on s’est efforcé d’obtenir aussi des soies tussah « filatures ». C’est vers 1907 que les premières usines se sont installées. On en comptait 60 en 1922.

Il est impossible d’évaluer la production soyeuse de la Chine. On estime que la soie tussah représente au moins 30.000 piculs (de 60 kg). Les provinces méridionales donneraient à elles seules 300.000 piculs de soie ordinaire. La Chine serait donc, aujourd’hui comme autrefois, le premier pays producteur du monde. Mais la consommation intérieure absorbe la plus grande partie des récoltes.

Les deux marchés d’exportation sont Shanghaï et Canton. C’est là que se fait tout le trafic extérieur. Shanghaï est le plus important. [Il expédie sous le nom de soies de Chine les grèges des provinces du Yang Tsé, ainsi que les soies tussah du Chantoung et de la Mandchourie. Canton donne son nom aux grèges des provinces méridionales.

Ces exportations sont stationnaires depuis quelques années. La campagne 1910-1911 (1) avait donné les chiffres suivants : Shanghaï 5.200.000 kg. (dont 3.600.000 kg. de soies blanches

. (1) En Chine les campagnes d’exportation sont comptées du 1° juin au 31 mai de l’année suivante. En fait, il s’agit ici de l’année 1910 par comparaison avec nos usages,

ou jaunes, et 1.600.000 kg de soies tussah). Canton : 2.600.000 kg. Les chiffres de la période actuelle, dont les fluctuations correspondent à celles des grandes fabriques mondiales, ne sont pas très différents (1) :

En kg. 1919 1920 1921 1922 Shanghaï .... 5.500.000 3.550.000 4.100.000 3.300.000 (dont 1.000.000 de tussah) -(570.000 kg. de tussah) Cantons mr 3.200.000 1.900.000 2.600.000 2.550.000

Il reste à préciser les prix. Les achats, comme les éxportations, se font uniquement sous forme de grèges. L’unité de vente est la balle, qui pèse 60 kg. à Shanghaï, 48 kg. à Canton. La monnaie usuelle est le taël à Shanghaï et le dollar mexicain à Canton. La grège de Shanghaï filature 1° ordre, que lon peut prendre comme type, valait par balle de 60 kg., en 4914, 850 taëls au change de 3,50 ou 4. Avec la guerre commença la hausse du change, mais, pendant toutes les hostilités et immédiatement après il n’y eut pas de hausse sensible des matières premières en monnaie indigène, car la consommation mondiale étant très réduite, une augmentation des prix, jointe à l’augmentation déjà formidable des changes, aurait expulsé les principaux acheteurs européens. Les Chinois ne profitèrent donc pas du mouvement pourtant universel de hausse. Il y eut même quelques crises financières à Shanghaï. En 1920, le change était ainsi monté à 15, mais les prix n’avaient pas dépassé 800 et 900 taëls. Par contre, en 1921, le change tombait à 9, et les prix s’élevaient à 1.000. Les Chinois commencèrent à gagner de l’argent, alors que les beaux jours des marchands de Lyon étaient finis. En 1922, on constate à la fois la montée des prix, de 1.100 à 1.500 taëls, et celle des changes, de 9 à 12, car la consommation mondiale a grandi et l'Amérique, n’ayant pas à tenir compte du change, peut supporter sans difficulté une forte augmentation des prix en monnaie indigène.

Les fluctuations de la grège de Canton, type best 1 13/15 (balles de 48 kg.) sont à peu près identiques. En 1914 : 900

(1) Statistiques de l’Union des Marchands,

dollars, avec un change de 2,50. En 1920 : 950 dollars, avec un change de 12. En 1921, les prix atteignent 1.000 et 1.200 dollars, tandis que le change faiblit à 6. En 1922, ils continuent leur ascension jusqu’à 1.900 dollars et le change remonte à 7 et à 8.

Dans ce trafic, Lyon est en bon rang. Il a importé 3.813.000 kg. en 1913, 2.519.000 en 1915, 2.826.400 en 1919, 2.950.000 en 1922. Ces chiffres, qui représentent presque la moitié des exportations chinoises, sont de beaucoup les plus importants de notre marché. La Chine est la grande pourvoyeuse du commerce français et Lyon est avant tout un centre de distribution de soies chinoises.

Mais cette supériorité lui est maintenant disputée par l'Amérique, dont l’activité devient de plus en plus grande sur les bords du Fleuve Bleu et du Si-Kiang. Non seulement elle a créé des organisations séricicoles, mais elle à monté à Shanghaï une Condition des Soies, l’International testing house. Elle est parvenue à obtenir des Chinois des types déterminés de soie, présentés en flottes d’un type standard uniforme. Une société américaine, la Federal Telegraph C°, installe, également à Shanghaï, un poste de T. S. F. à grande puissance, capable d’envoyer et de recevoir des messages d’un bout à l’autre du monde.

Contre cette concurrence, les Français luttent non seulement en Chine, mais aussi, peut-on dire, en France. Lyon a créé un enseignement de la langue chinoise, à la Faculté des Lettres et à la Chambre de Commerce (1). Il a organisé dans Pancien fort Saint-Irénée un Institut franco-chinois, pour travailler au rapprochement intellectuel des deux nations. Avec le concours financier, plus ou moins effectif, des gouvernements de Canton et de Pékin, des étudiants jaunes ont entrepris chez nous des études littéraires ou scientifiques. Ils propageront en Chine les influences françaises, à côté des influences anglo-saxonnes, que rapportent tous ceux qui ont fréquenté les universités américaines, moins éloignées et par suite plus commodes. Enfin des délégations chinoises ont visité Lyon, par exemple en 1920 celle que conduisait Ting, membre du Comité international de la Sériciculture, de la

(1) Avec M. Maurice Courant.

Chambre chinoise et de la Guilde des marchands de Shanghaï.

A l'heure présente, la Chine souffre de l’instabilité politique, où elle se trouve. Elle est loin de donner tout ce qu’elle peut produire, Une disproportion fantastique existe entre les incubations de graines et les exportations soyeuses. Mais dans l'avenir, comme dans le passé, cet immense territoire doit être le grand réservoir mondial de la soie.

Si l’on tient compte seulement des quantités livrées au commerce mondial, le Japon (1) a pour linstant ravi la primauté à la Chine. Il a développé l’élevage du ver à’ soie dans toutes ses îles méridionales jusqu'à Formose et dans la péninsule de Corée. Presque partout la sériciculture est devenue le fondement de l’économie rurale. Elle trouve ici et surtout dans l'ile de Hondo, « la terre principale », des conditions vraiment idéales. Le climat est doux. Le pays. couvert de montagnes, est de sol ingrat et de communica-. tions difficiles. En dehors des régions côtières toute culture lucrative est impossible. Les paysans, propriétaires ou métayers, sont réduits à de très petites exploitations agricoles, car la population atteint 56 millions sur 380.000 km‘ (45 millions dans la seule terre de Hondo). Trop nombreux pour les ressources de leur territoire, les paysans japonais ne pourraient pas vivre sans cette ocupation qui, après avoir été secondaire, tend à devenir principale.

Cependant la sériciculture du Japon est toute récente à côté des éducations chinoises. Depuis l’époque où le Chinois Koma-O, d’après les traditions japonaises, apporta dans les îles, vers l’an 200 de notre ère, les premières graines de ver à soie, les éducations connurent dans l’empire du Soleil levant des vicissitudes fâcheuses.

Empereurs et impératrices du Japon auraient d’abord suivi l'exemple de Si-lung-shi et favorisé l’élevage du ver à soie par diverses mesures : en libérant des services publics pendant la période des éducations ceux qui s’occupaient de sériciculture, en admettant les tissus de soie pour le paiement : des impôts, en obligeant même chaque famille à planter un nombre de müriers proportionnel à sa situation sociale. Mais le moyen âge fut vraiment un « âge sombre » pour la séri-

(1) Cf. Surtout Outlines of the raw silk industry of Japan et l'Annuaire économique et financier du Japon, année 1921.

ciculture japonaise, Quatre siècles de guerres féodales ruinèrent les plantations de müriers et les éducations de vers à soie. L'usage des cotonnades, importées de l’Inde, supplanta les soieries. Au xvi‘ siècle, le shogoun Tokugawa rétablit la paix et la prospérité économique, mais de fâcheuses lois somptuaires devaient, jusqu’à la révolution de 1868, réserver aux Samouraïs l’usage des étoffes de soie ‘et paralyser ainsi la production.

C’est seulement à la fin du siècle dernier que la sériciculture japonaise a commencé à jouer un grand rôle dans le monde. Elle est d’abord venue au secours des élevages occidentaux, ravagés par la pébrine. Chaque année un million de bo’tes de graines furent envoyées en Europe. Puis les Japonais sont allés s’initier en Occident aux méthodes scientifiques. Ils ne se sont pas bornés à copier les Européens, on peut dire qu’ils les ont surpassés. Ils ont réussi à industrialiser les procédés de Pasteur. Le Japon est devenu un immense laboratoire. La population japonaise, aussi propre et minutieuse que le Chinois est sale, apporte à ces travaux des qualités naturelles de soin, de persévérance, qui répondent remarquablement aux exigences de la sériciculture scientifique. L'Etat japonais d’autre part a compris dès la première heure quelle ressource précieuse cet élevage pouvait être pour les habitants et pour lui-même. Il s’est montré aussi actif que le gouvernement chinois était indolent. Ses interventions constantes et ses méthodes d’étatisme, combinées avec les initiatives privées, ont donné les résultats les plus heureux.

La Division de la Sériciculture, au ministère de l’Agriculture et du Commerce, est l’organisme supérieur et central. Cet organisme est secondé par diverses associations, de caractère officiel ou privé, par exemple la grande Association séricicole du Japon, créée en 1892, l’Association nationale des industries de la soie grège, fondée en 1915, et plusieurs associations commerciales de la soie. Ce qui montre toute l’importance de ces groupements, surtout des deux premiers, c’est qu’ils ont à leur tête les plus hautes personnalités du Japon : le prince Kan-in, le vicomte Kiyoura, le vicomte Makino, le baron Masuda. Ces initiatives, officielles ou privées, ont contribué à la création d'institutions techniques du plus haut intérêt, et dont la plupart sont récentes :

par exemple les sept grandes Stations expérimentales de sériciculture, créées à partir de 1912 et dont la principale est à Nakano, faubourg de Tokio, les Instituts préfectoraux -et les Offices d'inspection séricicole, chargés les uns et les autres de diriger les éducations, tandis que la Station expérimentale de la soie, fondée à Yokohama en 1918, étudie les propriétés physiques et chimiques de la soie.

En dehors des notions, que propagent les écoles primaires ou les conférences publiques et privées, un véritable enseignement séricicole fonctionne, qui n’a son équivalent nulle part ailleurs. II est divisé en deux degrés, d’abord des écoles qui correspondent à peu près à notre enseignement secondaire, puis des collèges, au nombre de trois, à Tokio, à Kioto, à Uyeda, qui correspondent à notre enseignement supérieur. Les gradués de toutes ces écoles assurent le recrutement des diverses administrations, se rapportant à la soie.

Enfin les circonstances favorisèrent le Japon. Il eut seulement, pendant la dernière guerre, quelques mois de véritables opérations militaires. La sériciculture étant paralysée dans l’Asie . occidentale, et en Europe, c’est en Extrême Orient que toutes les fabriques mondiales durent s'adresser.

De là les progrès extraordinaires, que le Japon a réalisés depuis quelques années. La soie est devenue la richesse par excellence du pays, la base de toute la vie politique et économique. Sans les ressources fiscales, que sa production lui procure, l'Etat ne pourrait équilibrer son budget. Sans les exportations de matières soyeuses, il ne serait pas davantage possible de payer l’importation des denrées ou objets, de plus en plus nombreux, qu’il est indispensable d’acheter au dehors.

Tandis que nous connaissons très mal la sériciculture chinoise, le détail de la production japonaise est aujourd’hui aussi bien connu que celui de l’Europe occidentale. Le mürier ne cesse pas de s'étendre sur les pentes des montagnes comme le prouve le tableau suivant :

Terres cultivées au Japon Terres plantées en müriers Pourcentage

1908...en miliers d'héctaes: 5.400 404 THoNC LOST 5.700 442 7,8 % LOTS ATEN 5,900 498 8,5 %

Les progrès sont encore plus sensibles, si Pon considère

le nombre des éleveurs, è

Paysans eultivateurs Nériciculteurs Pourcentage DOCS 5.408.363 1.436.805 27 % 1913 PRET 5.443.719 1.500.280 28 % ROLE NES 5.476.784 1.910.799 35 %

La sériciculture oceupe done aujourd’hui plus du tiers des paysans japonais.

Le grainage a pris les caractères d’une véritable industrie. En 1918 près de 11.000 personnes s’occupaient à la sélection et à l’examen microscopique des graines de vers à soie. De leurs ateliers sortaient 35 millions de cartons ou boîtes, qui représentaient les œufs d’un milliard de papillons. Les statistiques japonaises calculent même le poids des feuilles de mürier, qui servent à l’élevage.

Les éduçations se prolongent pendant presque toute l’année, Les races japonaises sont annuelles ou tout au plus bivoltines, mais la science japonaise a réalisé des prodiges. Par l’usage approprié du froid, elle a échelonné l’éclosion des graines en vue de trois récoltes successives : au printemps, du début d’avril au milieu de mai; en été, c’est-à-dire en juin et juillet; en automne, plus exactement en août et septembre, sauf les variations que déterminent les différences de latitude entre les archipels japonais. La récolte de printemps, donnait, à elle seule, il y a une quinzaine d’années, les deux tiers de la production. Elle ne donne plus aujourd’hui que la moitié. Celle d’été faiblit également. Par contre celle d’automne, surtout dans les pays du sud, où le climat reste doux jusqu’en décembre, fait des progrès, qui compensent largement tout le reste. L'année séricicole commence done ‘et finit par deux fortes récoltes, que sépare une période plus faible, ce qui permet aux paysans de se livrer plus facilement aux travaux agricoles de lété, indispensables à leur nourriture. Le pourcentage à varié ainsi :

Printemps Eté Automne DO 0 MORE 62% 14 24

Page 1