MARCHÉS ÉTRANGERS
les marchés européens et dont on est loin de retrouver Péquivalent au conditionnement, ce qui prouve que l’on commettrait de singulières méprises, en se basant uniquement sur ces chiffres. En 1913 la Condition de New-York n’avait pas enregistré 1.500.000 kilos. En 1921 elle arrivait à peine à 3 millions.
Par contre les stocks ont en Amérique une importance, que l’on ne soupçonne plus en Europe. Au début de l’année 1920, à l’époque de la grande activité des manufactures et de la hausse prodigieuse des prix, le marché de New-York se livra à une véritable rafle des soies. On prétendait alors qu’il y avait à New-York plus de 100.000 balles de soie en dépôt, représentant une valeur de 250 millions de dollars. On cria à l’accaparement. L’opinion publique s’émut et la justice intervint. Les accusations n’étaient pas complètement dénuées de fondement, puisqu’une enquête de la Silk Association admit l’existence de plus de 93.000 balles, représentant une valeur, qui approchaïit 200 millions de dollars. Dans la suite, la fièvre de spéculation s’est calmée et les stocks sont retombés à des chiffres plus raisonnables : 50.000 balles au début de l’année 1921, 20.000 au début de 1922.
En face de ce géant du commerce de la soie, on ne manque pas de dire qu’il ne suffit pas d’aligner des chiffres, pour établir une juste comparaison entre Lyon et New-York. On prétend souvent que pour étaler sur le marché de Lyon une gamme aussi variée de matières premières, il faut un effort autrement plus considérable que pour réaliser l’inondation du marché américain par les soies blanches du Japon. De même l’activité et les capitaux des négociants lyonnais ont rayonné dans tous les pays du monde, zones de production ou de consommation, et c’est là un travail qui n’est pas près ‘d’être égalé.
Sans doute, mais du côté de New-York, certains indices sont déjà très suggestifs. Par exemple si l’on examine les .principales provenances du marché américain :
En 1000 kg. 1913 1921 En 1000 kg. 1913 1921 France ....... Ë 25. M 'SOOMIGHiner es one 9.700 4.000
Italie ere. 1.100 1.400 JAPON rer 8.500 14.300
(1) Ce chiffre représentk2 des soies achetées à Lyon, mais qui, naturellement, ne sont pas toutes françaises.
on est obligé de constater qu’il n’y a pas que des soies japonaises en Amérique. Les fabricants achètent aussi des soies filatures chinoises pour leurs tulles et mousselines, des tsatlées, pour leurs soies à coudre, des tussah pour les tapis et les mélanges de coton, des Canton pour leurs crêpes de Chine et leurs velours, des grèges d'Italie jaunes, pour leurs bons tissus, par exemple leurs satins, et même des italiennes blanches, filées avec des cocons du Levant, pour leurs étoffes légères (1).
Le marché de New-York n’a pas seulement pour lui la quantité, il a maintenant une certaine diversité de types qui, sans approcher de Lyon, le met au-dessus de Milan. Il peut s'imposer dans tous les centres de production, car il a pour lui la supériorité que lui donnent ses dollars, d’autant plus puissants que leur valeur n’a pas baissé et qu’ils servent d’étalon à tous les changes.
Il est encore vrai que, jusqu’à ce jour, New-York reste, malgré ses allures formidables, un simple marché de consommation. Son rôle à la répartition est très faible. Mais il entend déjà se réserver la clientèle du continent américain, et si cette clientèle est bien peu de chose, peut-être dans l’avenir étendra-t-il son action plus loin. Voici que déjà, sur leur chemin, les négociants lyonnais rencontrent partout les agents des Etats-Unis. En face de l’Europe en déclin, des mondes nouveaux se lèvent.