JAPON TEE 6 50 (ES 5 AC
(1) Commission permanente des valeurs de douanes,
Les cours sont d’autant plus soutenus que le développement universel des fabriques détermine, comme pour la soie grège, une demande supérieure à l’offre.
Les déchets sont expédiés sous forme de gros ballots, dont l'emballage, encore moins soigné que celui des soies grèges, se réduit d’ordinaire à une seule enveloppe. D’Extrême Orient, ils arrivent sous forme de balles de 180 à 200 kg. comprimées à la presse hydraulique et cerclées de fer.
La France reçoit des quantités considérables de ces déchets. Elle conserve dans ce commerce une prépondérance qu’elle a perdue dans celui de la soie. Elle reste le principal centre d’absorption ou de redistribution. En 1911, les importations de bourres de soie en masse ont atteint leur chiffre le plus élevé : 12.300.000 kg. En 1913, elles étaient encore de 10.801.700 kg. Avec la guerre, ces quantités ont diminué, 4.250.000 kg. seulement en 1915, pour revenir à 8.500.000 en 1920, à 5.500.000 en 1921, à 7.273.600 en 1922. Elles dépassent de loin les importations de soie grège, mais elles sont un peu factices, comme tous les chiffres de déchets.
En 1913, les principales provenances étaient les suivantés at
Chine etre 3.736.800 kg.] Russie ........ 680.000 kg. JADOR RL 2.649.600 INTeSSRR ETES 328.100 A RENDENT OEM 2.065.300 Espagne ...... 97.700 TÉDOUNE SR colo ble 696.300 Indo-Chine .... 70.800 En 1922 :
CRINCREPEEMEER 3.419.100k8: "Italie er 609.700 kg. JAPON 2.335.500
Elles correspondent aux grandes régions de production.
À vrai dire, les exportations faiblissent, Elles étaient de 2.400.000 kg. en 1911, de 2.608.300 en 1913, de 1.100.000 en 1915, de 1.030.000 en 1920 et de 300.000 seulement en 1921. Elles sont remontées à 830.300 kg. en 1922, c
La Suisse est de beaucoup la principale cliente et aux quantités, qu’elle reçoit du commerce français, s'ajoutent les quantités, qui transitent pour son compte à travers notre territoire.
(1) D’après les statistiques des douanes,
En 1913, les principales destinations étaient les suivantes :
Suisse ......... 1.057.900 kg.| Angleterre ... 178.800 kg. Zones franches. 55.100 LATE ER 0158.700 Belgique. :.... 626.300 Etats-Unis .... 51.700 Allemagne .... 434.100 En 1922 :
SU ETES RSR A 416.900 kg: Italie meer 33.600 kg. Angleterre ...... 206.100 Etats-Unis ..... 29.700 BélSiquens en RS 160.600
L’Italie est un centre de production plus encore que de redistribution. Les quantités importées, originaires surtout du Levant, sont beaucoup plus faibles qu’en France. Le chiffre le plus élevé de la période actuelle a été atteint en 1918 avec 850.000 kg. et le plus faible a été celui de 1921 avec 120.000. Une fois de plus, nous constatons que le rôle du marché de Milan se réduit à écouler une production surtout locale. En septembre 1922, les stocks de déchets à Milan se décomposaient ainsi : cocons doubles, 78.000 kg., frisons et autres déchets de l'Italie ou du Levant, 110.000. Mais comme dans le commerce de la soie, les exportations ont moins fléchi que chez nous. Elles ont atteint leurs chiffres les plus élevés en 1911 avec 3.200.000 kg., en 1919 avec 2.500.000, et leurs chiffres les plus faibles en 1917 avec 720.000 kg., en 1921 avec 1.700.000. Ce trafic était dirigé surtout vers la frontière française.
En Europe, les Etats qui, avec la France, absorbent les plus grandes quantités de déchets, sont l’Angleterre et surtout la Suisse. À vrai dire, la Suisse, malgré l’activité de ses industries, n'’importait en 1919 que 1.750.000 kg. de déchets et 1 million en 1921, mais, comme elle se distingue mal des organisations françaises, il faut mettre en réalité au compte de la Suisse une bonne partie des quantités absorbées par la France.
Hors d'Europe les importations de bourres sont encore loin d'atteindre aux Etats-Unis les mêmes proportions que celles des soies grèges et ouvrées : 1.125.000 kg. en 1909, 2.800.000 en 1913, 4.500.000 en 1919, 3 millions en 1921. Mais les Américains ont déjà pris l’habitude de s’approvisionner euxmêmes, sans recourir aux marchés européens.
C’est en France que l’on trouve, sauf la restriction en faveur de la Suisse, les plus grandes quantités absorbées : 10 millions de kilos en 1911, 3.200.000 en 1915, 7.750.000 en 1920, 5.400.000 en 1921, 6.500.000 en 1922.
Certains marchands de Lyon vendent les déchets aussi bien que la soie. Cépendant ce commerce est surtout aux mains des organisations industrielles, qui transforment ces déchets en filés. D’ordinaire elles achètent directement leurs matières premières d’Extrême Orient aux exportateurs des marchés de Yokohama, Shanghaï et Canton, sans recourir à d’autres intermédiaires. Quant aux déchets du Proche et du Moyen Orient, elles les prennent à Marseille, où les amènent les marchands levantins, marseillais ou lyonnais, généralement consignataires des filateurs ou des producteurs. Le marché de Marseille est ainsi un centre de distribution des bourres en masse, aussi bien que des cocons. Mais en réalité, son rôle se trouve restreint, comme dans le commerce de la soie, par ce fait que la plupart des déchets gagnent directement les centres de transformation et échappent ainsi au trafic marseillais.
Dans les tarifs douaniers, les bourres de soie en masse, comme toutes les matières premières plus ou moins brutes, sont accueillies avec autant de libéralisme que les cocons ou les grèges. Elles entrent en franchise en France, en Italie, en Amérique. Elles ne paient en Suisse qu’un droit de 0 fr. 50 par quintal (franc suisse). En Espagne elles paient au kilo brut un droit de peseta 0,15.
D’après Natalis Rondot (1), l'emploi de la bourre de soie serait très ancien. Il aurait même précédé l’utilisation rationnelle de la soie proprement dite. Avant la domestication du bombyx, les cocons n'étaient utilisés que percés par le papillon. Il fallait donc les réduire en étoupe, les filer à la quenouille et au fuseau, absolument comme les textiles communs, la laine par exemple.
Plus tard, avec les progrès de la domestication, on distingua la soie véritable, obtenue en dévidant les cocons, et le produit des déchets, filés au fuseau. Ce procédé, comme le premier, se propagea de proche en proche de la Chine vers l'Occident. Perses, Grecs, Latins ou Arabes connurent deux
(1) Rapport sur l’Exposition universelle de 1878,
SCHAPPE ET BOURRETTE 237
sortes de fils de soie, les fils de grège continus, et ceux des déchets, formés d’une multitude de fragments rattachés. Ulpien appelle les premiers « serica » et les autres « bombucina ».
Dans l’Europe occidentale du moyen âge l’utilisation des déchets fut d’abord très limitée, car les mélanges de grège et de déchets étaient prohibés, pour éviter les malfaçons. Le « Livre des Métiers » d’Etienne Boileau interdit de mêler
. € fil ou flourine » avec soie, parce que l’œuvre ainsi obtenue est « fausse et mauvaise ». Elle doit être « arse », c’est-à-dire brûlée. La Fabrique de Lyon n’est pas moins sévère pendant tout l’ancien régime. Les règlements, approuvés par lettrespatentes du 13 mai 1667, interdisent aussi les mélanges. En 1721, les échevins prohibent, sous peine d’amende et de confiscation, l'emploi des fils de déchets dans la trame « des satins, des damas, des brocarts, des persiennes et des lustrines ».
L'utilisation vraiment industrielle des déchets ne pouvait se développer qu’à la fin du xvr° siècle, quand toutes ces prohibitions tombèrent avec les idées révolutionnaires françaises et quand la révolution économique anglaise eut apporté aux grandes industries modernes le machinisme qui leur était nécessaire. À ce point de vue seulement on peut dire qu’elle est toute récente et qu’elle est le produit des civilisations occidentales.
Mais on n’est pas d’accord sur ses origines immédiates. On en attribue le mérite tantôt à la France, tantôt avec plus de vraisemblance à la Suisse (1) ou à l’Angleterre, et il est assez rationnel de penser que cette industrie a grandi à proximité de centres déjà bien outillés pour le travail des textiles communs. Dès le xvin‘* siècle, en Angleterre, des filateurs de déchets de soie prenaient à leur compte les procédés employés dans les filatures de coton et utilisaient les mull-'jenny. Chez nous il faut attendre la période suivante. En 1815, la Société française d’encouragement pour l’industrie nationale institue un prix pour le cardage et la filature mécanique des déchets. A l’exposition nationale de Paris, en 1819, apparaissent lés premiers choix de filés de bourre.
(1) Les Suisses invoquent souvent en leur faveur le caractère germanique du mot schappe.
Mais c’est seulement dans la seconde moitié du siècle que l'emploi de la bourre filée se généralise, avec la démocratisation des modes et l'extension des tissus à bon marché. A l'exposition universelle de 1878 on a pu se rendre compte pour la première fois des immenses progrès, qui avaient été réalisés. Dans l’industrie et le commerce modernes, bien loin de repousser comme au temps des jurandes et de Colbert tout ce qui peut ressembler à des contrefaçons, on encourage au contraire tout ce qui permet d’abaisser les prix de vente. De même toutes les industries s'efforcent de récupérer leurs résidus. À plus forte raison est-il naturel de ne laisser de côté aucune substance soyeuse.
Toutefois la transformation des bourres en masse est beaucoup plus difficile que la filature de la soie et ne lui ressemble en rien. La filature de la grège est relativement simple par suite de la continuité du fil. Au contraire le filé de schappe est le produit de filaments de toute sorte, de nature, de dimensions et de texture différentes. La technique de cette industrie est celie des textiles communs, laine, coton et lin. Elle est même encore plus compliquée, en raison de l’extrême diversité des produits qu’elle traite. C’est elle qui comporte le plus grand nombre d’opérations intermédiaires. C’est elle qui exige l'outillage le plus perfectionné et le plus onéreux. Elle n’est praticable qu’en raison du prix très élevé des matières soyeuses. Tandis que les industries de ia soie et surtout des soieries peuvent s’accommoder de petits ateliers et même d'installations familiales, celles des bourres de soie sont obligées de prendre les formes de la grande industrie avec une concentration toujours plus grandes des capitaux et des usines. :
Cette transformation des déchets suppose un traitement à la fois chimique et mécanique : d’abord élimination des matières étrangères et décreusage, avec macération et fermentation, pour ramollir les fibres et éliminer la gomme, ensuite peignage et cardage, pour démêler tous les filaments enchevêtrés, filature enfin avec des métiers à broches, comme dans les industries cotonnières. Ces diverses opérations ne sont pas forcément réunies, Certaines usines ne s'occupent que du peignage, d’autres seulement de la filature.
On obtient ainsi des bourres de soie peignées et cardées, puis des bourres de soie filées, qui se divisent elles-mêmes en
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fils de fantaisie et fils de schappe. Les premiers sont blanes, à peu près complètement décreusés au savon, tandis que les autres conservent une certaine quantité de grès. Le nom de filoselle, ainsi que d’autres appellations usitées autrefois, s’appliquent aujourd’hui à des catégories inférieures de schappe. On distingue aussi les fils simples ou cannettes, utilisés de préférence dans les trames ; les fils doubles, utilisés dans les chaînes ; les fils retors, destinés aux passementeries et aux fils à coudre.
Ces diverses opérations de peignage et de filature donnent elles-mêmes des déchets, à fibres généralement très courtes, que l’on appelle bourrettes, et que l’on travaille encore pour obtenir de nouveaux filés.
On désigne communément sous le nom de schappe et de bourrette tous les produits de ces transformations, On admet qu’en moyenne 100 kilos de déchets produisent 45 kilos de schappe et 10 kilos de bourrette,
Ces filés sont loin de valoir les fils de soie grège. Leurs propriétés dynamométriques sont inférieures. Cependant leur finesse, et par suite les numéros qui les désignent, n’ont pas cessé d'augmenter (1), à mesure que l’outillage industriel se perfectionnait. Les numéros de base sont aujourd’hui de 100 pour les cannettes, de 200 pour les doublés.
Les prix de vente varient avec le titre et les catégories de fils. Ils ont depuis la guerre subi les mêmes perturbations que la soie proprement dite. En 1912, la Commission permanente des valeurs de douane évaluait à 20 fr. le kilo le prix moyen des fils de schappe et à 5 fr. 20 celui des fils de bourrette. En 1914, les fils de schappe, 1°’ trait, valaient 23 francs en cannettes et 26 francs en doublés. Ensuite, après une ascension ininterrompue, ils atteignaient en avril 1920 des taux maxima, qui s’échelonnaient de 300 à 350 francs. Entrainés par la hausse de la soie et surtout des textiles communs, -ils réalisaient ainsi une avance plus formidable que celle de la soie elle-même. En 1921, ils retombaient au-dessous de 90 francs. A la fin de l’année 1922, les tarifs à Lyon étaient les suivants : en cannettes, de 80 à 104 francs (fantaisie), de 70 à 100 francs (schappe) ; en doublés, de 100 à 124 francs (fantaisie), de 95 à 120 francs (schappe). Dans l’ensemble ces
(1) Car ces filés sont comptés comme les textiles communs, à l’inverse de la soie.
prix sont tout de même sensiblement inférieurs à ceux de la soie grège et c’est ce qui explique le succès toujours croissant ue ces filés.
Leurs emplois sont devenus aussi nombreux que variés, car les tissus qui les utilisent, soit seuls, soit mélangés à la soie ou aux textiles communs, ont l’apparence soyeuse avec plus de solidité et une moindre valeur. Schappe et bourrette ont ainsi contribué à la démocratisation de la soie. Elles s’introduisent aujourd’hui, à côté de la soie grège et de la soie ouvrée, dans tous les genres d’étoffes : peluches, satins, crêpes, rubans, foulards, velours communs et tentures. Le rôle de ces velours et de ces tissus d'ameublement est aujourd’hui prépondérant, mais au siècle dernier les fabricants de foulards furent les grands inspirateurs du progrès. dans les industries de la schappe, et si les perfectionnements furent plus rapides en Francesque partout ailleurs, c'est que le tissage des foulards y fut le mieux conduit et le plus actif. La passementerie, pour ses franges, chenilles et cordonnets, la bonneterie, pour ses divers tricotages et ses tissus élastiques, ceintures ou bretelles, la chapellerie et la ganterie utilisent de grandes quantités de bourre de soie. On a même créé de beaux articles entièrement tissés en schappe.
Enfin les bourrettes ne sont pas seulement employées comme ouates de soie ou comme feutres isolants, la fibre sérique étant l’un des meilleurs isolants connus, elles peuvent servir aussi à la fabrication de l’amiantine des gargousses. C’est un emploi qui, pendant la guerre, prit une extension considérable et rendit nécessaire la réquisition de diverses usines.
Dans la liste des pays producteurs de schappe et de bourrette, l'Europe occidentale conserve une avance très sensible. En France, la production semble présenter trois caractères essentiels. D'abord peignages et filatures ne se localisent pas toujours dans les régions de sériciculture ou d’industrie soyeuse, mais se dispersent aussi bien dans les régions cotonnières et lainières, par suite des analogies de technique. Ensuite, tout au moins dans les grandes entreprises, les usines sont spécialisées, les unes dans le peignage, les autres dans la filature. Enfin une véritable collaboration s’est établie par delà les frontières entre nations voisines, comme la France, l'Italie et la Suisse, Cette collaboration est facilitée par le
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nombre très restreint et l’importance très inégale de ces industries, qui d’ailleurs tendent à fusionner et à devenir moins nombreuses encore.
Lyon est le grand centre français de la schappe. Dans la région lyonnaise peignages et filatures de schappe ou de bourrette forment deux groupes principaux. L'un, à l’est, est le plus important. De l'Ain à l’Isère, surtout dans le département de l’Ain, c’est-à-dire en somme à proximité de la Suisse, il correspond à une zone de tissage de la soie. Une douzaine d'usines s’échelonnent de Bellegarde et Pont-d’Ain à Pontchaïra-sur-Bréda, en passant par Saint-Rambert, Ambérieu, Saint-Denis, Torcieu, Chaley, Tenay.… Au total, plus de 4.000 ouvriers (2.750 femmes et enfants), plus de 70.000 broches, et une force motrice de 2.435 HP électriques, 520 hydrauliques, et 1.520 à vapeur. L’autre groupe se développe à l’ouest, à travers le département du Rhône, de Lyon à Thizy ét à Bourg-de-Thizy, dans une zone où l’on travaille non seulement la soie, mais le coton. Cinq usines y occupent actuellement plus de 1.300 ouvriers, dont 850 femmes et enfants, avec environ 40.000 broches et une force motrice de 1.700 HP (dont 1.000 à vapeur et 700 électriques) (1).
Mais la fabrication de la schappe s’étend aussi très loin du Rhône, avec des maisons, qui n’ont pas leur centre à Lyon, ou qui ont essaimé dans tout le territoire français et même à l'étranger.
Par exemple, la Société anonyme de filatures de schappe, la grande firme lyonnaise et française ne possède à Lyon ou dans les environs que deux de ses usines, aux Charpennes (Villeurbanne) et à Pierre-Bénite. D’autres installations se rencontrent à Saint-Rambert-en-Bugey, à Entraigues, à Amplepuis, au Vigan (2), dans la zone soyeuse, mais plus ou moins à proximité de centres lainiers et cotonniers. Ce caractère est encore plus net avec les usines de Troyes, dans les pays de la laine ; de la Croix-aux-Mines, dans la région cotonnière de l'Est. Enfin des succursales sont à signaler à Rozzano, en Italie, à Kriens et à Emmenbrücke, près de
(1) Tous ces chiffres sont empruntés à l’inspection divisionnaire du travail de Lyon.
(2) La présence d’usines de schappe au Vigan ou, comme on le verra, à Briançon, s’expliquerait par la proximité des maisons centrales de Nîmes et d’Embrun, où les entrepreneurs des prisons auraient introduit le peignage et le cardage des déchets,
Lucerne, en Suisse. Avant la guerre, une société anonyme de filatures de schappe, filiale de la précédente, s’était même constituée en Russie. Une dilature fonctionnait à Moscou.
En face de Lyon, la ville de Bâle est une autre capitale européenne de la schappe, de même qu’elle est un centre de fabrication des rubans. Deux grandes firmes suisses, la Société industrielle de schappe et la Société anonyme de schappe Ringwald, ont leur siège social à Bâle, mais leurs installations se dispersent en territoire suisse et en territoire français. La première a des usines non seulement à Bâle, à Schoren, à Grellingen, mais aussi à Villars et Argis (Ain), à Briançon. L’autre se partage entre Nieder-Schôünthal (Bâle campagne), le Vigan et Lure. Elles sont donc presque aussi françaises que suisses. D'une manière générale on peut dire que les usines établies en France pratiquent le peignage plus que la filature et celles qui sont en Suisse la filature plutôt que le peignage (1).
Avant la guerre, Bâle était aussi un centre d’attraction du côté de l’Alsace et de l’Allemagne. Dans cette région alsacienne, qui de bonne heure travailla la laine et surtout le coton, il était naturel que l’en entreprit le peignage des déchets de soie. La Société Industrielle de Mulhouse, fondée en 1825, et qui a tant fait pour l’essor économique de l'Alsace, s’intéressa à tous les textiles. Si les filaitures de schappe de Haguenau, Guebwiller, du Logelbach durent bientôt fermer leurs portes, d’autres furent plus heureuses, à Soultzmatt et à Colmar. La filature de Soultzmatt, créée en 1858 et achetée en 1900 par la Société Industrielle de Bâle, s’est spécialisée dans la préparation des cannettes, celle de Colmar prépare les cordonnets.
Les Allemands avaient annexé une filature de schappe à l'Ecole de tissage de Crefeld, la production de la bourre filée étant nécessaire à la prospérité des fabriques de velours de la région rhénane, mais leurs principales usines qui, d’ailleurs, n’étaient en rien comparables à celles de la Suisse et de la France, se trouvaient dans le grand duché de Bade, c’est-à-dire dans le rayon de Bâle.
(1) Par conséquent les statistiques des broches, que l’on a établies pour certaines époques, donnent une idée fausse de l’activité de ces industries. Elles sont tout en faveur de la Suisse. Inverse-
ment, les bourres de soie en masse passant d’abord au peignage, les chiffres d'importation sont tout en faveur de la France.
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Une telle situation ne pouvait manquer de soulever des difficultés pendant la guerre (1). Par surcroît, les filés de schappe étaient très recherchés, en raison de leurs utilisations militaires. Il y eut donc des restrictions plus sévères sur les bourres en masse ou les bourres filées que sur les soies proprement dites. Dès l’année 1914, le gouvernement français interdisait la sortie des bourres de soie, ainsi que des tissus qui en dérivent, de manière que les empires centraux n’eussent pas la possibilité de venir chercher sur les marchés de Marseille et de Lyon des matériaux nécessaires à leurs industries de guerre. Toutefois, des dérogations en faveur des alliés ou de certains neutres furent admises, sous le contrôle rigoureux de la Chambre de Commerce de Lyon.
En 1915, une question non moins importante était posée, celle du transit des bourres de soie, surtout à l’état brut, à travers la France, à destination de pays étrangers, en particulier de la Suisse. La Chambre de Commerce de Lyon faisait remarquer que ce transit pouvait rendre vaines les prohibitions d’exportation. Elle ajoutait que si des mesures étaient prises en France pour limiter ce transit, il était essentiel que l'Italie prit des précautions identiques, sinon le commerce des déchets risquerait de passer aux mains des négociants italiens, travaillant pour le compte des Suisses et tout le trafic serait désormais détourné de Marseille et de Lyon vers Gênes et Milan. En 1916, la Suisse fut contingentée pour les déchets, comme pour les soies, avec le concours de la S. S. S., non seulement sur les quantités que la France pouvait lui expédier, mais sur celles qui passaient chez nous en ‘ simple transit.
Toutefois, ces diverses mesures n’empêchèrent pas le fonctionnement des admissions et exportations temporaires. Par exemple, les peignés, sortant des usines françaises, passaient en Suisse, à charge de réimportation en France, sous acquitsà-caution des fils issus de ces peignés, avec déduction du déchet de filature et dans les délais de 3 mois. A la fin de l’année 1915, on avait songé à supprimer ces usages. La Chambre de Commerce dut intervenir une fois de plus, mais pour faire constater que les organisations françaises et suisses étant rigoureusement complémentaires, une politique de prohibi-
() Cf. Sur toutes ces questions les comptes rendus de la Chambre de Commerce de Lyon, années de guerre.
tion absolue, sous prétexte de nuire à l’ennemi, aurait mis l’industrie française dans l’impossibilité d'exécuter les contrats passés avec l’arsenal de Lyon. A plus forte raison, ces méthodes d’admission et d’exportation temporaire rendentelles des services aujourd’hui en Alsace et dans le reste du territoire français.
A l’issue de la guerre, en décembre 1918, un Syndicat des filateurs de schappe et de bourrette de France s’est constitué à Lyon. Parmi les adhérents, qui sont au nombre de 8, on compte non seulement toutes les maisons françaises : Société anonyme de filatures de schappe (Lyon), Société anonyme de Russie, Filatures de schappe et bourrette, à Thizy (Rhône), Moncorgé, à Bourg-de-Thizy, Filatures comtoises de schappe et de cordonnet, à Melisey (Haute-Saône), Filature de schappe de Chaley (Ain), mais aussi les représentants Iÿyonnais des deux grandes firmes suisses : Société Industrielle de schappe de Bâle et Filature de schappe Ringwald.
Dans ces conditions, la production respective de chacune des deux nations, France et Suisse, est assez difficile à distinguer. En 1910, la fabrication française de filés était évaluée à 2.500.000 kilos, alors qu’en 1895, elle était seulement de 1 million. Pendant la guerre, l’usine de la Croix-au-Mines fut arrêtée, de même que les Suisses perdaient celles de Soultzmatt, de Reims et de Roubaix. La fabrication s’orienta surtout vers les gargousses. La main-d'œuvre était insuffisante en dehors des usines réquisitionnées. Aujourd’hui la production, malgré la reprise d’activité, serait seulement de 2 millions de kilos. En Suisse, les chiffres ne semblent pas très différents. La crise du change serait moins sensible dans les industries de la schappe que dans celles des soieries, puisque leur action s'exerce en territoire français autant qu’en territoire suisse, Lee
En dehors de ce groupe, l’Angleterre est le concurrent le plus ancien et le plus sérieux. Les principaux centres sont dans le Yorkshire, à Manningham et à Brighouse. La production avant la guerre était évaluée à 1 million de kilos. Plus actives que les tissages de soieries, ces usines ont aussi quelque peine à lutter contre les concurrences étrangères et l’absence de douanes. Elles se cantonnent surtout dans certaines spécialités, comme les peluches et les beaux filés blancs, nécessaires aux tulles et dentelles.
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Hors d'Europe, les Etats-Unis ont aujourd’hui la prétention d’avoir de grandes filatures de schappe, comparables à leurs tissages de soieries. Mais ce travail n’est encore qu’à ses débuts. Les progrès du Japon sont plus rapides et inquiétants. Les Allemands prétendaient que les premières filatures de schappe, au Japon, avaient été l’œuvre d’un ancien maitre des écoles de Crefeld, suisse d’origine. Ils en suivaient les progrès avec peu de sympathie et trouvaient que les Européens avaient agi beaucoup trop à la légère avec les Orientaux. La guerre a permis au Japon de développer ses usines, surtout à partir de 1916, et de les multiplier avec une vitesse déconcertante, de telle sorte, que cette production de schappe marcherait plus vite encore que celle des habutaï et des tissus de soie. La schappe japonaise est de qualité souvent médiocre, mais à bon marché. C’est pour l’avenir une concurrence redoutable. Il est à prévoir que l'Amérique et surtout le Japon seront bientôt aussi dangereux sur ce terrain que sur les autres. |
La production mondiale de schappe et bourrette, que l’on évaluait, vers 1900, à 2 millions seulement de kilos, et vers 1914 à 6 millions, dépasserait aujourd’hui 10 millions. La production de l’Europe est restée sensiblement stationnaire, mais l’appoint de l’Amérique et de l'Asie est maintenant très sensible. Ces chiffres considérables et en progression rapide renforcent d’autant les quantités de soie grège et ouvrée, mises à la disposition des fabriques. On n’en tient pas toujours suffisamment compte dans les études concernant les soieries:
Plus encore que le commerce des déchets, la vente des fils de schappe et bourrette est aux mains des organisations industrielles, qui les produisent. Celles-ci vendent directement leurs filés aux fabricants de soieries ou par l’intermédiaire de représentants. Il faut remarquer toutefois qu’à Lyon, la Société Anonyme de filature de schappe est inscrite à l'Union des Marchands de Soie et que les représentants des autres entreprises françaises ou étrangères sont choisis parmi les membres de l’Union.
La consommation est surtout intérieure. La fabrique lyonnaise absorberait dans la période actuelle plus d’un million de kilos par an. Le marché parisien, les centres textiles du nord et de l’est sont des clients beaucoup plus modestés,
Nous expédions aussi des filés dans les territoires voisins et même en Amérique. Nous en recevons de Suisse, d'Angleterre, d'Italie et du Japon, mais dans une faible mesure. Les exportations l’emportent de beaucoup sur les importations : 600.000 kilos aux exportations, 200.000 aux importations en 1913, 700.000 et 100.000 en 1921.
Dans les tarifs douaniers français, les bourres de soie cardées, peignées ou filées sont considérées comme des produits industriels et frappées de droits sensiblement plus élevés que les autres matières soyeuses. Les taux, dérivés des lois de 1892, ont été révisés après la guerre et doublés de coefficients. Ils sont proportionnels au degré de préparation industrielle. Les chiffres actuels sont les suivants par 100 kilos :
Tarif général T. minimum Coefficient
Bourre peignée ou cardée........ 10 10 1,8 Bourre filée :(schappe).".. 3,6 a) Fils écrus, blanchis, azurés :
1° simples: 80.500" ou moins 300 75 plus de 80.500"... 480 120 2° retors: 80.500" ou moins 340 85 plus de 80.500"... 560 140 b) Fils teints : mêmes droits... + 200 SET) Bourrette : 3 D)RAISESIMDIES PRE RS TER 100 25 BRENT TOLS CN AMEN TER NE 120 30
Ces tarifs avaient suivi jusqu’à l’an dernier une marche ascendante, mais en décembre 1922 les coefficients sur les bourres peignées et les bourreties ont été légèrement diminués.
En Europe la politique douanière à l’égard des bourres de soie est généralement modérée, même si l’on tient compte du change et du paiement en or. Les bourres filés sont à rapprocher ici des soies ouvrées. En Italie, d’après le tarif provisoire de 1910, les bourres peignées et cardées sont admises avec un droit de 10 lires par 100 kilos et les bourres filées avec 50 lires sans coefficient. En Suisse, d’après le tarif de 1921, les droits sont ainsi gradués : bourres peignées et cardées 1 franc par 100 kilos ; filées, écrues 2 francs, moulinées 10 francs, teintes 100 francs ; à coudre ou à broder,