‹ Lyrisme et Structures Sonores: Nouvelles méthodes d'analyse des rythmes appliquées à Atala de ChateaubriandChapitre 18 sur 77 · QUAND TOUS CES FLEUVES · texte numérisé non relu

QUAND TOUS CES FLEUVES

de l’ensemble, du point de vue des pieds toniques qui les constituent, on rencontrera les structures suivantes : 1° Deux vers semblables ; un vers; trois vers sembla-

bles; trois vers semblables ; un vers; deux vers semblables.

Remarquer la symétrie de cette structure; composée d'ailleurs exclusivement de vers dipodes, tripodes et tétrapodes.

2° Aupoint précis où se termine la structure précédente, commence celle-ci :

un vers tripode; un vers; un vers tripode; un vers tripode ; un vers.

On suivra facilement ces structures sur le texte de l’ensemble en séparant les vers d’un trait de crayon, comme il vient d’être dit.

Si on regarde les vers de l’ensemble, du point de vue des vers égaux :

1) les deux premiers ont 10 syllabes chacun :

Quand tous ces fleuves se sont gonflés des déluges de l'hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêts;

2) on a vu déjà cinq décasyllabes, tous semblables entre eux, dont trois successifs. Il n’y en a pas d’autre. 3) on remarque aussi {rois octosyllabes :

I1 les cimente avec des vases, et les pousse à son embouchure, il élève sa grande voix,

et deux heptasyllabes :

les arbres déracinés.

Le vieux fleuve s’en empare,

Tous ces vers arithmétiques, notamment les octosyilabes et décasyllabes dont on s’est si souvent occupé, ne sont pas insérés ingénument à la file, comme chez Joubert ou Marmontel; ils naissent naturellement du rythme tonique, avec un perpétuel mouvement d’évolution.

IT

Suspendus sur le cours des ondes.

Orne

Suspendus sur le cours des ondes,

groupés sur les rochers et sur les montagnes,

dispersés dans les vallées,

des arbres de toutes les formes,

de toutes les couleurs,

de tous les parfums,

se mêlent,

croissent ensemble, (regards.

montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les

Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes”?, s’entrelacent au pied de ces arbres,

escaladent leurs rameaux,

grimpent à l'extrémité des branches,

s'élancent de l’érable au tulipier,

du tulipier à l’alcée,

en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques.

Souvent égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, (fleurs. sur lesquels elles jettent des ponts et des arches? de

Alors les chaînes de feuillage,

les pommes d’or,

les grappes empourprées,

tout pend en festons sur les ondes *.

Du sein de ces massifs embaumés,

le superbe magnolia élève son cône immobile’, Surmonté de ses? roses blanches,

il domine tous ces berceaux*,

et n'a d'autre rival que le palmier, (verdure. qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de

Cornecrioxs dans D. — I eaux 2, 2 om et des arches; 3 om toute la phrase k om embaumés 5 om superbe 6; 7 larges 8 toute la forêt.

ANALYSE

(alinéa entier, sauf une première phrase de transition).

PREMIÈRE PHRASE : Le deuxième pied est partout, ou vu-,ou bien uuu-. {l est partout plus grand que le premier pied, sauf dans le premier vers où ils sont égaux : suspendus sur le cours ; groupés sur les rochers...

dispersés dans les vallées, des arbres de toutes.

de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs.

: Sur 9 vers, T sont, ou dipodes, ou tripodes.

DEUXIÈME PHRASE : Seule correction : une virgule rythmique.

Les virgules dans le premier vers sont des virgules d’énumération; la vraie virgule rythmique est celle qu’apporte cette correction. À ces virgules d’énumération en correspondent d’autres à la fin (énumération également à trois termes, qui équilibre celle du début).

Jei encore, mouvement croissant, analogue au précé-

dent, des pieds dans les vers; sauf pour l’avant-dernier vers.

La phrase est symétrique par rapport au vers central :

Avant, on rencontre deux terminaisons féminines, une masculine : coloquintes, arbres, rameaux; après, une masculine et deux féminines : tulipier, alcée, portiques.

La phrase est prise entre deux vers féminins très analogues, et comme contenu (énumération à trois termes); et comme structure sonore :

Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. U - UU- U U U U - U U U - U

NUE KORURSS CRAUPAU Te CILTEUNIUE= U

Ce vers exclus, ce qui reste est consacré au mouvement. Par rapport au vers central se répondent l'image, formée d'un vers tripode et d’un dipode :

s'entrelacent au pied de ces arbres,

escaladent leurs rameaux, LYRISME ET STRUCTURES RÉGULIÈRES. 4

50 ATALA : ZONES LYRIQUES, STRUCTURES RÉGULIÈRES et l’image semblable :

s'élancent de l'érable au tulipier, du tulipier à l’alcée,

Il y a ainsi deux masses semblables de part et d'autre du vers axial, de neuf pieds chacune ; elles sont même sensiblement égales : 30 et 31 syllabes.

TROISIÈME ET QUATRIÈME PHRASES : La troisième phrase est toute en dactyles. En D, une correction abrège de deux dactyles cette musique un peu sommaire :

Souvent égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts {et des arches) de fleurs.

VU æ WJACIE= CHA OL CCE (MU ES CAC NIACEE CIRCEe UAUI = (CEU ES) EU Ie CA URI

La quatrième phrase est d’une continuité plus souple : les trois premiers vers construits sur le pied vuu-.

Alors les chaînes de feuillage, UUU- UUUles pommes d’or, uuu-

les grappes empourprées, NIUE ce dernier vers, uu- vuuu-

est repris |: uus (our Ju,

tout pend en festons sur les ondes

Vers féminin identique au premier vers de la phrase trois.

. QUATRIÈME ET CINQUIÈME PHRASES, le magnolia. En D, ces deux phrases ont été justement réunies en une seule ; c’est la ponctuation à adopter.

Les corrections sont nombreuses; pour simplifier et mieux peindre; mais la structure sonore en est altérée.

Correspondance ; l’ancien point, le point virgule de D, sépare cette phrase cn deux parties :

1) un vers de trois pieds, un de cing pieds.

2) trois vers semblables au précédent premier vers; un vers semblable au précédent dernier vers.

Notamment les deux derniers vers de chaque partie sont fortement analogues :

le superbe magnolia élève son cône immobile ; qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de ver-

(dure.

Semblables, féminins, dans chacun le second pied est plus long que le premier; le troisième plus court que le second.

Continuité : on la voit bien en considérant les trois

premiers pieds de chaque vers :

Du sein de ces massifs embaumés, le superbe magnolia élève.

Cr CICR I CCE

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