scène funéraire
Gela rappelle, en très réduit, la façon dont aperçoit
parlois, dans une autre épopée, les poèmes primitifs,
œuvres d'un poète puissant, émerger d’un contexte dû
sans doute à des rhapsodes inférieurs : cette étude , e A »
d'Atala apporterait peut-être quelques suggestions pour celle de l’Iliade.
C'est dans ces cinq ou six chants — quelques soixante pages, environ un tiers du tout — que se trouve concentré presque tout le lyrisme de l’œuvre.
Ces chants mêmes contiennent d’ailleurs des parties tendant à la prose.
Mais on peut faire cette remarque générale : il n’y a de lyrisme, dans Atala, que lié à Chactas, ou à Atala. Dès qu’il y a un personnage de plus, le caractère chant cesse, à moins que ce personnage ne soit justement oublié pour quelques instants.
Nous voyons les structures régulières apparaitre en même temps que le lyrisme. Comme lui, elles ne se trouvent pas exclusivement dans les pages que nous avons détachées; mais, comme lui, c’est dans ces pages qu'elles culminent, en maintenant d’ailleurs des contacts fondus avec le reste.
On peut remarquer que ce processus de condensation, soit des rythmes, soit du lyrisme, est plus actif vers les fins d’alinéa : pages 34, 38, 61, 84, 86 (alinéa entier), 102, 107, 113, 117 (alinéa entier), 147, c'est-àdire la grande majorité des cas. Parmi ceux qui n’obéissent pas à cette loi, plusieurs sont d'assez courts frag-
ments, 70, 71; d’autres appartiennent à des alinéas LYRISME ET STRUCTURES RÉGULIÈRES, 13
assez lyriques et réguliers dans toute leur étendue, dont ils sont le sommet : 138.
Nous arrétons notre analyse à ce niveau de profondeur, non parce que nous avons fini l’analyse d’Atala; ou parce que les problèmes posés sont résolus. Comme nous le remarquions en commençant, le premier point n’a guère de sens; quant au second, une question bien résolue, à notre sens, c’est surtout la découverte d’autres questions.
Nous avons conduit cette analyse de façon à l'arrêter ici, parce que aller plus loin dans la recherche des structures régulières qu'on peut trouver dans Atala, serait trop minutieux et encore trop peu instructif, dans l'état actuel de la théorie du rythme. Nous nous sommes également abstenus ici de développer des remarques de théorie générale; nous les apporterons ailleurs. Mais la proportion même des différentes études faites ici, contient implicitement ces remarques : ainsi, l'intérêt accordé à la question du vers symétrique, signifie déjà au lecteur qu’elle est une des bases de la théorie du vers français : il suffit de traiter la question comme nous avons fait celle des modes musicaux, à laquelle elle est assimilable.
Conclusion : idées et faits essentiels.
Quoique ce livre se tienne plutôt au niveau du travail de recherche, et non à celui des idées maîtresses du domaine des rythmes, indiquons quelques-unes de ces idées rencontrées en chemin, tout engagées encore dans les faits.
Et d’abord, il est clair que nous avons surtout employé des instruments sur mesure. Cela se voit aux résultats, et se comprendrait mieux encore si on approfondissait la nature numérique de ces instruments. Nous ne sommes pas allés chercher tel détail rythmique prévu d'avance, comme les clausules ou l'octosyllabe. Nous avons pris ce que nous avons trouvé. Et cela livre une variété de formes régulières dont la plupart échappent à tous les catalogues dressés jusqu'ici. Le domaine des rythmes dépasse infiniment le petit jardin où on cultivait les clausules, l’octosyllabe et l’alexandrin.
Cela permet d'approcher et de comprendre cette idée, que le lyrisme est toujours rythmes. Idée absurde, si on se fût tenu au domaine étriqué des quelques rythmes catalogués dans les traités de versification; idée toute naturelle, si on entend par rythmes organisation sonore, sur le chemin du lyrisme qui est organisation, vie, unité.