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Lysippe

Une étude consacrée à un sculpteur de l'antiquité ne saurait être conçue comme la biographie d'un maître moderne. Prétendre établir avec rigueur la chronologie de ses œuvres, vouloir suivre d'étape en étape le développement de son style, serait une entreprise chimérique. Les renseignements que les textes anciens nous fournissent sur la personnalité des artistes grecs sont à peu près nuls; ceux qui ont trait à leur vie se réduisent trop souvent à des anecdotes sans grande valeur. Leurs œuvres ne nous sont en général connues que par des copies, et si une heureuse fortune nous livre un original, il faut, pour le reste, procéder par induction. Ce n'est donc pas, à proprement parler, une « biographie critique » de Lysippe que je me propose d'écrire, la nature de ce volume ne comportant ni les discussions de textes ni les comparaisons de monu ments par lesquelles on procède d'ordinaire dans les études d'histoire de l'art antique. Je voudrais me borner à réunir ici les notions certaines ou vraisemblables, à grouper les œuvres dont on peut, avec le plus de sécurité, faire honneur à Lysippe et dégager les traits les plus saillants de la physionomie de l'artiste, telle qu'on peut la restituer aujourd'hui.

Est-il besoin de rappeler longuement la place quirevient h Lysippe dans l'histoire de Tari grec? Il compte parmi les cinq ou six maîtres de premier rang dont les noms jalonnenl brillammenl les deux siècles pendant lesquels la sculpture grecque a atteinl sa plus complète perfection. 11 esl aussi le dernier en date. Si. après lui, Tari de la Grèce produi1 encore une ricin- et savoureuse floraison d'arrièresaison, il n'y a plus de ces génies personnels qui font les vrais chefs d'école, el que consacre l'admiration unanime des écrivains anciens. Il entre en scène vers le milieu du ,v siècle, alors que Phidias, Myron et Polyclète ont illustré le siècle précédent, el que ses prédécesseurs immédiats, Praxitèle et Scopas, ont déjà donné la mesure de leur maîtrise. El pourtant Lysippe ne limite pas ses ambitions à les continuer docilement. Il est doue d'un génie assez, vigoureux pour orienter la sculpture dans une direction nouvelle. Il inaugure celle période de l'art grecque l'on esl convenu d'appeler hellénistique, et qui correspond au temps où l'esprit grec, prenant possession du monde oriental rompus par Alexandre, s'élargit, se transforme. applique à tous les ordres de recherches une curiosité avivée, et, répandant au loin la civilisation hellénique, trouve dans cette diffusion même un puissant élément de vitalité. Lysippe est le précurseur de l'art hellénistique; par ses propres doctrines, par ses (lèves, il esl à bien des égards l'initiateur du mouvement qui va se poursuivre sons les successeurs d'Alexandre. Soucieux de créer des formules nouvelles, après plus d'un siècle de perfection,

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cherchant dans l'observation de la nature le secret de ce renouvellement, il obéit à des préoccupations très voisines de celles qui dirigent les efforts de notre art contemporain. Il est vraiment le plus moderne des maîtres anciens (1).

(1) Bibliographie. — Ouvrages généraux: Brunn, Geschichle der griechisc/ien Kùnstler, I, p. 358-382. Overbeck, Geschichle der griech. Plastik, 4e éd. 1894, II, p. 139-163. Murray, History of greek Sculpture, 2e éd., t. II. p. 336-357. M. Collignon, Histoire de la sculpture grecque, II, p. 412-442. — Le groupe de Delphes : Emil Preuner, Ei?i delphisches Weihgeschenk, Leipzig, 1900. Ilomolle, Bulletin de correspondance hellénique, XXIII, 1899, p. 421-485. Lechat, Revue des études anciennes, t. II, 1900, p. 195. — L'Apoxyoménos : bibliographie citée par W. Araelung, Die Sculptural des Vaticanisc/ien Muséums, I, p. 8G,n°67. — Les portraits d'Alexandre : Kœpp, Ueber das Bildniss Alexanders des Grossen, Berlin, 1892. Ch. de Ujfalvy, Le type physique d'Alexandre le Grand d'après les auteurs anciens et les documents iconographiques, Paris, A. Fontemoing, 1902. Theodor Schreiber. Studien iiher das Bildniss Alexanders des Grossen, Leipzig, 1902. S. Rcinach, Gazette des Beaux-Arts, 1902, p. 155 et suivantes. O. Wulfï', Alexànder mit der Lanze, Berlin, 1898. Arndt, Griechische und roemische Portriits, texte des planches 471-486. Furtwaengler, Journal of hellenic Studies, XXI, 1901, p. 212 et suivantes. Bernoulli, Griechische Ikonographie, t. III, 1905. — La chasse d'Alexandre à Delphes : Loeschcke, Jahrhuch des arch. Instituts, 1888, p. 187 et suiv. Homolle, Bull, de corresp. hellénique, XXI, 1897, p. 598-600. Perdrizet, Journal of hellen. Studies, XIX, 1899, p. 273-279. — L'Héraclès Epitrapézios : Ravaisson, Gazette archéologique, X, 1885, p. 29 et suivantes. Weiszàcker, Jahrbuch des arch. Inst., IV, 1889, p. 109. — L'Eros de Thespies : Furtwaengler, Lexicon de Roscher, I, p. 1362. — Le Poséidon de l'Isthme : Konrad Lange, Das Motiv des aufgestiizlen Fusses, Leipzig, 1879. — L'Hermès attachant sa sandale : Konrad Lange, Ibid. Studniczka, Athenische Mittheilungen, XI, 1886, p. 362. Furtwaengler, Ueber Statuenkopieen im Alterthum, 1896, p. 51-42. — Les types d'Héraclès : Heuzey, Le mont Olympe et V Acarnanie , pi. xi. Furtwaengler, Sitzungsberichte der hayerische Akademie, 1902, p. 435# Amclung, Antiken in Florenz, n° 40. — Le type féminin de Lysippe : S. Rcinach, Revue archéologique, 1900, II, p. 380 et suivantes. — Le style de Lysippe : Loewy, Lysipp und seine Stellung in der griech. Plastik, Hambourg, 1891. Homolle, Bull, de corresp. hellénique, XXIII, 1899, p. 473-485.

Les sources de la biographie de Lysippe. — Sa naissance à Sicyone. — Les traditions de l'école sicybnienne. — Les débuts ûe Lysippe, el ses rapports avec le peintre Eupompos.

Tous les témoignages, textes el inscriptions, sont d'aëcord poui- désigner, comme la patrie de Lysippe. une ville péloponnésienne, Sicyone. Sa période de production se plaçant entre les années 350 el 3GÛ, la date de sa naissance doit être reportée dans le second quarl du iv" siècle. Il esl donc un contemporain plus jeune de Praxitèle et de Scopas. el il leur survit certainement. Quant à sa vie el à ses œuvres, il esl hors de doute qu'elles avaient été étudiées dans des ouvrages grecs aujourd'hui perdus, el auxquels Pline a emprunté en grande partie ses renseignements, pour écrire h' chapitre de ['Histoire naturelle relatif aux maîtres de Pari du bronze: On esl fondé à croire que ces travaux n'étaient pas tous d'égale valeur. La source la plus ancienne parmi celles que Pline a consultées paraît être un recueil de vies des peintres el des sculpteurs célèbres, composé par Qouris de Samos, qui vivait dans la seconde moitié du iv' siècle. Écrivain romanesque plutôt qu'historien critiqué, «'mieux des légendes d'atelier, Douris semble avoir surloul recueilli des anecdotes dont l'authenticité reste parfois suspecte. Au siècle; suivant, un sculpteur de Sicyone, Xénocratès. élevé de deux Sicyoniens qui sont eux-mêmes des disciples immé-

Cliché fii ranrlnn.

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