STATUE D'AGI A S (Musée de Delphes
diats de Lysippe, écrivait un traité sur Tari du bronze. Pline s'en est assurément servi, et c'est à cet ouvrage qu'il a dû emprunter ses appréciations sur l'art et le style de Lysippe. Au reste, Xénocratès était bien informé, et Ton admet sans peine qu'en raison de ses origines, il avait fait une place considérable à l'école sicyonienne, et au maître dont il pouvait se réclamer. Ajoutez un certain nombre de renseignements conservés par le voyageur Pausanias, par Plutarque, et par des écrivains latins puisant à. des sources grecques ; on aura réuni les principaux éléments de la biographie de Lysippe.
Si l'on cherche à comprendre le développement de son talent, il faut tenir compte de son origine sicyonienne. 11 naît dans une ville où la sculpture et la peinture sont depuis longtemps en honneur. Dès le \ic siècle, les sculpteurs y sont voués au travail du bronze. Grâce à Aristoclès et à ses élèves, l'école de Sicyone fait brillante ligure à côté de sa rivale, celle d'Argos, illustrée par Hagélaïdas ; l'enseignement d'Aristoclès se transmettant par ses descendants et par ses disciples de génération en génération, elle prend comme caractère distinctif l'unité de tradition. Les artistes de Sicyone restent fidèles au travail du métal ; ils continuent à exécuter pour les grands sanctuaires de la Grèce des statues votives, et c'est de leurs ateliers que sortent, pour une bonne part, ces effigies d'athlètes vainqueurs qui peuplent l'enceinte de l'Altis à Olympie, ou s'alignent sur les terrasses de Delphes. A coup sur, au ve siècle, la gloire de Polyclète donne à
\rgos la suprématie, niais, vers la lin du siècle, nous voyons les artistes de Sicyone s'associer à ceux d'Argos pour de grandes œuvres, comme l'ex-voto consacré à Delphes en iOi. après la défaite des Athéniens à JEgos- Potamoi. Au début du siècle suivant, l'école de Sicyone compte encore des maîtres estimés, témoin Cléon et Daidalos. Vers le temps où se place la naissance de Lysippe, elle nous apparail comme une école apparentée de très près à celle d'Àrgos, mais plus timide, partageant avec sa voisine certaines tendances conservatrices, dominée par le souvenir de Polyclète, s'altachant à tirer des innovations du grand martre toutes les conséquences qu'elles peuvent comporter, et vivant, sans grand effort d'initiative, sur des traditions devenues classiques. Mais Sicyone ne devait pas seulement sou renom à ses sculpteurs. Elle avait ses peintres, et ceux-ci semblent avoir énergiqueinent acrnsé leur personnalité. Suivant Pline, l'école sicvonienne prend avec Kupompos un. caractère assez original pour que les critiques d'art la distinguent nettement de l'école Ihébano-altique. et elle s'illustre avec un des maîtres de la peinture grecque, Âpeile. Ainsi Lysippe naît dans nue ville lière à bon droit de son passé artistique et de l'activité de ses maîtres, riche en ehefsd'umvre, H gardant encore, en dépit de l'éclat incomparable que jette l'ail d'Athènes, le prestige de sa vieille réputation.
S il lanl en croire Douris de Samos. dont Pline cite le témoignage, Lysippe débiktè fort modestement : ouvrier
TKTE DE LA STATUE D AGIAS.
(Musée de Delphes.)
obscur, il exerce le métier de forgeron. Comment s'éveille sa vocation ? Le même auteur nous l'apprend en contant une anecdote dont on trouverait facilement l'analogue dans les historiens de l'art italien de la Renaissance. L'humble ouvrier forgeron, s' entretenant un jour avec le célèbre peintre Eupompos, s'avise de lui demander quel est celui de ses prédécesseurs qu'il imite. Et le peintre de répondre fièrement, en montrant la foule qui passe dans la rue : « Il faut imiter la nature, et non pas un artiste. » Lysippe se souvenait plus tard de ces paroles en affirmant qu'il ne se réclamait d'aucun maître. Faut-il prendre au pied de la lettre le récit de Douris ? Que le peintre Eupompos ait réellement encouragé la vocation du jeune artiste, il n'y a là rien d'invraisemblable; que ses conseils aient dirigé Lysippe vers l'étude directe de la nature, on peut l'admettre. Mais il est difficile de croire que le sculpteur sicyonien ait été autodidacte au point de se soustraire à toute influence, et d'ignorer les œuvres de ses prédécesseurs. On mettrait ainsi Lysippe en contradiction avec luimême, car il affirmait, suivant le témoignage de Cicéron clans le Brutus^ qu'il avait eu pour maître une statue de Polyclète, le Doryphore. On verra plus loin, par l'étude de son œuvre, ce qu'il y a de fondé dans ce propos. De l'anecdote de Douris, retenons donc ceci : c'est qu'à l'inverse des autres sculpteurs de Sicyone, dont la filiation artistique est bien établie, Lysippe n'a point eu de maître attitré. Peut-être encore, sous sa forme imagée, ce petit récit n'at-il d'autre objet que d'expliquer l'attitude prise par lui à
10 LYSIP.PE.
l'égard «le l'école sicyoniénrie. Il s'en détache,; il avoue
d'autres ambitions, et professe d'autres principes.
Les œuvres de jeunes-.' de Lysippe, el les figures du genre athlétique. Les statues d'athlètes vainqueurs. — L'ox-volo de Daochos ii Delphes el la statue d'Agias. — V Apoxyoménos.
Rien cependanl ne scrail plus faux que <le prêter à Lysippe le rôle d'une sorte de révolté, rompant bruyamment avec tes tendances de sou temps. On discerne au contraire dans sou œuvre comme la marque «le ses origines. Par sa prédilection exclusive pour le bronze, il est bien un Sievouieu. D'autre pari, il reste, semble-t-il, longtemps fidèle aux traditions d'arl de sa ville natale, exécutant, lui aussi, de ees statues d' athlètes vainqueurs qui avaient été pour les bronziers péioponnésiens la véritable école de la science du mi et des proportions. Il esl permis de penser que, parmi ces statues, plusieurs appartiennent à sa période de jeunesse, pendant Laquelle il travaille à Sieyone.
Tel est, croyons-nous, le cas pour l'effigie de Troïlos, dont la base a été retrouvée à Olympie avec l'inscription dédicatoire. En voici la teneur : « J'étais hellanodique à Olympie. lorsque /eus m'accorda de vaincre pour la première Fois aux jeux olympiques, aver des chevaux qui remporlèrenl le prix. Une seconde fois encore, je fus vainqueur à la course des chevaux. J'étais Troïlos, (ils d'Alkinoos.» La première victoire <le Troïlostombe dans la 102° olympiade.
Cliché Giraudon.
STATUE DE SI S VI» Il OS Ier (Musée de Delphes.)
Mais la rédaction de l'inscription prouve que la si al ne fut certainement élevée après son second succès, qui se place au plus tôt en l'année 368, et peut-être même plus lard encore, après la mort du personnage. C'est également à Lysippe que s'adressent les Achéens pour glorifier à Olympie un de leurs compatriotes, Cheilon de Patras, qui triomphe à la lutte dans tous les grands jeux de la Grèce, meurt sur un champ de bataille, soit à Ghéronée, en 338, soit pendant la guerre lamiaque, et est honoré par les Achéens d'un tombeau élevé à leurs frais. Sur d'autres statues d'athlètes signées par Lysippe, nous ne possédons que des renseignements très sommaires. Il en est une au moins qui mérite une mention, car les fouilles d'Olympie nous ont rendu la base ornée de reliefs qui supportait l'effigie de bronze; c'était la statue d'un athlète célèbre par sa redoutable vigueur, Pulydamas de Scotoiissa. Sa première victoire remontait à l'année 408. Lysippe n'avait donc exécuté la statue que longtemps après la mort de l'athlète, et c'est une hypothèse assez plausible que d'en placer la date vers la tin de la seconde guerre sacrée, un peu après l'année 338. 11 est naturel qu'à ce moment, la Mlle thessalienne de Scotoussa, favorisée parle roi de Macédoine, Philippe, et reprenant l'importance politique qu'elle avait perdue, se préoccupe de glorifier à Olympie la mémoire d'un de ses enfants, et s'adresse à un sculpteur déjà renommé. Peut-être même cette commande exercet-elle une influence réelle sur la carrière de Lysippe, en le mettant en relations avec les villes de la Grèce du Nord.
Quoi qu'il en soit, c'est une œuvre exécutée pour une famille thessalienne (jui va nous fournir les renseignements les plus précis sur le style de ses statues athlétiques.
Une des plus précieuses découvertes ducs aux fouilles poursuivies à Delphes par l'École française d'Athènes, sous la direction de M. Homolle, esl celle d'un ensemble cte statues consacrées en l'honneur des ancêtres dune famille thessalienne, originaire de Pharsale. Le monumenl avait été élevé, entre les années 338 el 334, par un de leurs descendants, Daochos. C'était un personnage fort important-, à en juger par ses dignités. Il portail les titres de tétrarque des Thessaliens el de liiéromnémon des Amphictyons, el il s'était jugé lui-même assez qualifié pour faire figurer sa propre image à côté de celles de ses ascendants. Véritable groupe de famille, ce monumenl honorifique se composai! de sepl statues s'alignant sur une hase rectangulaire, el auxquelles on ajouta plus lard deux autres effigies. Les sepl statues oui été retrouvées, plus ou moins complètes, avecles inscriptions qui désignaient les personnages el rappelaient leur histoire. C'était d'abord l'ancêtre le plus lointain, Acnonios, lils d'Aparos; puis ses trois (ils, Télémachos, Agélaos et Agias, athlète illustre par ses multiples victoires à Némée, à Delphes, à l'Isthme de Gorinthe, el le premier des Thessaliens qui eût remporté «à Qlympie le prix du pancrace. Venaient ensuite le lils d'Agias, un premier Daochos. son pelil-tils Sisyphos, el enfin le second Daochos, celui qui avait fait cette belle offrande au sanctuaire de Delphes. Tous ces glorieux lues-