SCENE V
Les Mêmes, AGATHOS
lycon, et tous. — Salut, Agathos.
agathos. — Salut, mes amis. Qu'y a-t-il donc ? le soleil est déjà couché depuis longtemps, la pâle lune monte dans le ciel sombre et vous errez encore dans les rues comme de jeunes débauchés.
lycon. — D'où sors-tu, Agathos?
agathos. — Je sors de chez moi... Toute la journée, j'ai rédigé mon rapport sur la dernière expédition et j'ai préparé des réponses aux interpellations dont les démagogues ne vont pas manquer de me harceler demain sur le Pnyx. Mais vous, qu'ast-ce que vous faites dans les rues à cette heureci?
sosias. — Tu ne sais donc rien, Agathos ? Nos femmes refusent de remplir leurs devoirs d'épouses... elles nous chassent du lit conjugal !
sostrate. — Plût aux dieux qu'elles nous en chassassent, cela prouverait que nous y serions entrés.
lycon. — Elles veulent que nous fassions la paix avec les Lacédémoniens.
agathos. — La paix ! la paix ! Vous ne l'avez pas sur vous, la paix.
acestob. — C'est évident . . mais elles invoquent le bonheur de la Grèce et le salut de la République.
agathos. — Répondez-leur donc que le premier devoir d'une bonne citoyenne est de peupler l'Etat et de faire des enfants, chaque fois que l'occasion s'en présente.
cynésias. — Tu vas un peu loin, Agathos.
agathos. — Avec leurs maris, bien entendu. Enfin, que comptez-vous faire? Vous n'allez pas rester toute la nuit dans les rues.
lycon. — Il le faut bien, à moins d'enfoncer les portes et de pénétrer par la force dans nos propres maisons.
agathos — Ne vous laissez pas ainsi moouer de vous, par Hermès! et n'ayez pas l'air
de tenir tellement aux choses que l'on vous refuse. Votre colère est un triomphe pour vos femmes. Montrez au contraire que vous pouvez vous passer d'elles. Ayez de la dignité et de l'indifférence. Au lieu de vou6 lamenter sur cette place déserte, courez chez les courtisanes, elles vous recevront à bras ouverts. 11 y a justement cette nuit une grande fête chez la brune Salabaccha, et les plus jolies filles d'Athènes y seront. Allez donc, par Cypris, chez Salabaccha, ou chez Pellène ou chez Ampellis, peu importe, et ne rentrez chez vous qu'à la pointe du jour, complètement ivres, couronne en tête et torche à la main... et surtout ne demandez rien à vos femmes.
théorus. — Il a raison... allons chez Salabaccha, pas Dercyle ?
dercyle. — Oui, Théorus, cela me paraît très indiqué. Venez-vous, vous autres. Vienstu, Cynésias, fils de Péon?
cynésias. — Certainement, je viens.
lycon. — Viens-tu, Nicostrate?
nioostrate. — A)letz-$- si vous voulez, mais moi je n'ai pas le cœur à m'amuser. Je rentre à la maison pour attendre Callyce. Je n'ai pas le droit de la tromper... elle ne m'a rien refusé, à moi.
lycon. — Rentre donc, infortuné Nicostrate... tu es le modèle des époux. Puisses-tu ne t'en jamais repentir ! Seras-tu des nôtres, Agathos ?
agathos. — Je vous rejoindrai peutrêtre... mais j'ai besoin d'être seul encore et de me promener dans le silence de la nuit, en préparant les réponses que j'opposerai demain aux interpellations des démagogues.
lycon. — Prépare tes réponses et confonds tes interrupteurs. En attendant, merci de ton. conseil, nous le suivrons avec furie.
Ils sortent.