EN DANSANT
nos femmes qui ne se connaissaient pas lorsque nous sommes partis, pendant notre absence sont devenues amies.
théorus. — Je faisais même à mon ami la remarque que plus tard, quand la guerre serait terminée, on pourrait se réunir comme ça de temps en temps, tous les quatre...
lycon. — De quoi vous plaignez-vous, alors ?
théorus. — Ah! voilà, c'est après le souper que ça s'est gâté. Dercyle propose de s'en aller chacun chez soi... vous comprenez.
Mais nos femmes disent : restons encore un peu ensemble, c'est si amusant, et les voilà qui se lèvent de table et disparaissent. Nous les laissons partir sans avoir l'air de nous en apercevoir... vous comprenez.
dercyle. — Mais comme elles ne revenaient pas, nous commençons à être inquiets : nous les cherchons partout, enfin nous découvrons qu'elles s'étaient enfermées dans une chambre avec du vin, des fruits, des lampes, de quoi passer une nuit dans la joie... C'est Théorus qui a vu tout ça à tra^ vers les fentes de la porte... pas Théorus?
théorus. — Oui, Dercyle, et elles, dansaient en chantant ou elles chantaient en dansant, comme privées de raison. Nous les suppliions de nous ouvrir, mais elles criaient en riant comme des folles; Faites la paix, faites la paix.
dercyle. — Enfin elles éteignent les lampes et nous ne voyons plus rien.
nicostrate, survenant. — Vous avez encore de la chance, relativement... vous avez vu vos femmes au moins... moi, il m'est impossible de mettre la main sur la mienne. Je vais demandant partout : Avez-vous vu Callyce, avez-vous vu ma femme? On me rit au nez.
lycon. — Mais ta tante Lysistrata doit savoir où est sa nièce... le lui as-tu demandé ?
nicostrate. — Mais parfaitement, mon oncle, ma femme a encore couché chez Lysistrata la veille de notre arrivée... elle est partie hier matin dès l'aube et on ne l'a pas revue depuis... Elle ignorait le retour de l'armée ; elle a peut-être perdu patience depuis sept mois qu'elle est mariée sans avoir consommé l'hymen.
lycon. — Il ne faut pas penser à ces choses-là.
nicostrate. — Alors où peut-elle être? A moins qu'elle n'ait rencontré un soldat ivre ou quelque vagabond qui ait abusé d'elle t Ah ! par Ménélas, pourvu qu'il ne me soit rien arrivé.
sostrate. ■ — Ah! maudites femmes! on a bien raison de dire qu'il n'y a pas moyen de vivre avec ces coquines, ni sans ces coquines.
cynésias. — Il était une fois un jeune homme du nom de Mélanion, qui s'enfuit au désert pax aversion pour le mariage. Il habitait les montagnes, tressait les filets et n'avait pour compagne qu'un chien avec lequel il chassait les lièvres. Il ne revint jamais, tant il détestait les femmes. Oh! mes chers amis, faisons comme Mélanion.
sosias. — Ah! Zens paternel! Zeus sauveur! déchaîne un ouragan, un tourbillon qui les enlève toutes comme des brins de paille, les fasse virer, volter et virevolter dans les airs et puis qu'en retombant elles s'empalent!
lycon. — Mais voici Agathos. Sans doute nous donnera-t-il quelque sage conseil.