DE LA MER
nous faire oublier les subtilités du cher Phidon.
sttlbonide. — Qu'attends-tu, Salabaccha, pour faire venir les danseuses et les joueuses de flûte?
salabaccha. — Elles viennent : mes chers amis, je vous ai ménagé une surprise.
Danseuses et joueuses de flûte. C'est d'abord avec les bras, puis avec les hanches, une danse
très lente et voluptueuse ; puis peu à peu les danseuses s'animent, tournoient en un mouvement qui s'accélère de plus en plus et rinalement tombent à terre, cependant que les convives excitent les danseuses en frappant dans leurs mains.
dracès. — Comment appelles-tu cette danse, divine Salabaccha?
salabaccha. — Elle n'a pas de nom :
c'est une danse de mon pays que toutes les femmes connaissent.
stilbonide. — Ce n'est pas évidemment la danse que l'on est accoutumé de voir à Athènes, à Corinthe et dans les autres villes, mais elle n'en est pas moins curieuse et éminemment suggestive.
strymodore. — Ce n'est pas de la danse, c'est de la décadence.
phidon. — Platon la trouverait immorale et dissolvante et la bannirait de sa République.
clysthène. - — Platon est avant tout un empêcheur de danser du ventre... il n'admet que la pyrrhique et la caryatique.
salabaccha. — Et maintenant, mes chers amis, si vous êtes las d'être couchés, car tout fatigue, même le repos, je vous permets de vous lever pour vous dégourdir les jambes. Donc allez où bon vous semble, circulez comme il vous plaira ; vous le savez, toute la maison est à vous. Ceux qui veulent jouer trouveront des osselets, des dés, des échecs et des cottabes... que ceux qui ne jouent pas fassent la cour à mes amies... enfin vous êtes entièrement libres.
Tous se lèvent, se groupent, se dispersent
dracès. — Je te propose douze coups aux dés, Strymodore; l'enjeu est de douze mines. .
strymodore. — J'accepte, par Hermès, tu n'as pas encore mon argent.
dracès. — Tu ne joues pas, Phidon?
phidon. — En ma qualité de philosophe, je n'ai jamais touché un osselet; mais j'aime à regarder jouer et même je parie volontiers.
Ils disparaissent.
salabaccha, à Lycon. — Tu ne joues pas, mon beau capitaine... Viens faire une partie de dés.
lycon. — Je ne joue jamais.
salabaccha. — Avec moi... tu ne peux pas me refuser.
lycon. — Oui, mais si l'on ne joue pas trop d'argent... parce que si je gagne, ça m'ennuierait de te voir perdre et si je perds,
ça m'ennuierait bien plus de ne pas gagner- Voyons, ça se comprend.
Il rit lourdement.
salabaccha. — Nous jouerons ce que tu
voudras.
Cependant des couples se sont formés : Théorus et Myrtale, Acestor et Cynnah, Dercyle et Glycère, Cynésias et Philinna.
lycon. — Tes amies auront fort à faire cette nuit ; le vin et 1er danseuses ont singulièrement excité mes soldats.
Ils sortent. Passent Philinna et Cynésias.