‹ LysistrataChapitre 41 sur 47 · PAUL · texte numérisé non relu

PAUL

Attends, ne bouge pas, j'y vais.

de tout ça, car il lui prend des accès de jalousie subite.

paul. — • Pauvre chérie, à cause de moi ?

gotte. — Non, jamais à cause de toi: ça, c'est une justice à lui rendre. Il est toujours jaloux à faux et j'aime mieux ça : je me sens plus forte, étant dans mon droit. Ainsi, l'autre jour, il ne voulait pas croire que je fusse restée trois heures chez mon coiffeur.

La Vrille

chez Léonard : il a voulu me faire jurer sur la tombe de ma mère... mais je n'ai rien voulu savoir. Alors tu ne .sai.s pas ce qu'il a fait? Il a téléphone à Léonard : « Mm° lMotter me prie de vous demander si elle n'a pas oublié tantôt chez vous sa quincaillerie? »

PAUL. — Ce n'était déjà pas si bête.

gotte. — Mais non, j'en étais moi-même surprise. Enfin il a su que j'étais bien allée chez Léonard.

paul. — Mais, puisque c'était vrai, pourquoi n'as-tu pas voulu jurer?

gotte, très digne. — Sur la tombe de ma mère! Il y a certains serments qu'où ne profane pas à propos de Léonard. Et puis, du moment que c'était vrai, je n'avais pas be- .soin de jurer : il n'avait qu'à se renseigner. J'ai préféré garder ce serment-là pour le jour où nous en aurions besoin.

paul. — Oui, et alors il te croira pour cette piété filiale dont tu as fait preuve à propos de Léonard. C'est très fort.

gotte. — Il faut bien se défendre.

paul. — Je t'admire.

gotte. — Je ne t'ai pas raconté ça pour que tu m'admires, mais pour que tu te rendes compte que ma vie n'est qu'une perpétuelle angoisse. Vois-tu, l'homme qui nous a le mieux comprises, c'est le Dieu qui a dit : <( Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. » Il avait deviné que la vie que nous menons n'est pas toujours rigolo.

paul. — Je doute qu'en prononçant ces paroles il ait obéi à un sentiment de ce genre. Tu es dans un de tes jours de philosophie...

gotte. — Enfin ai-je raison? Et qu'as-tu à répondre à cela?

paul. — Je sais bien comment ça va finir.

gotte. — Tu ne sais rien du tout.

paul, persuasif , — Viens!

gotte, très décidée. — Certainement.

Et l'enlaçant doucement, il l'entraîne vers sa chambré'; soudain, un grand coup de sonnette.

paul. — Ah! cette sonnette est agaçante comme celle d'un serpent.

gotte. — Va voir qui c'est.

Il va regarder par les trous de la porte et revient tout pâle.

paul. — C'est, un gendarme!

gotte. — Un gendarme? Mais c'est effrayant ce que tu me dis là.

paul. — Oui, un gendarme.

gotte. — Comment faire? Tu ne te trompes pas?

paul. — Mais non, j'ai bien vu un uniforme.

gotte. — C'est peut-être un employé du Printemps.

PAUL. - Mais non, je n'ai rien acheté au Printemps.

gotte. — Un garçon de banque.

paul. — Mais non, c'est un gendarme :

j'ai bien vu le pantalon bleu à bandes noires et la veste à boutons blancs... c'est un gendarme en petite tenue.

gotte. — En petite tenue... il sera peutêtre moins méchant.

paul. — Peut-être.

Coup de sonnette.

pas.

gotte. — Ne bougeons pas, ne bougeons On entend heurter une porte.

paul. — Ecoute donc. Voilà qu'on frappe à la porte de service maintenant.

gotte. — Ce n'est pas drôle du tout.

On frappe plus fort.

paul. — Il faut absolument que j'aille voir ce que c'est.

gotte. — Paul, n'y vas pas ! Je te défends d'y aller! S'il te fait du mal, s'il te tue?...

paul. — Mais ce n'est pas un voleur... c'est un gendarme. Il le faut... il le faut... reste là.

gotte, affolée. — Paul, n'y va pas... je ne veux pas que tu y ailles. Si l'on t'arrête? Ah ! mon Dieu, c'est horrible !

Elle s'accroche à lui.

paul, se dégageant. — Mais laisse-moi, ma chérie, laisse-moi, c'est ridicule.

gotte. — Alors je veux aller avec toi. paul. — C'est folie!

gotte. — Mais que puis-je faire?

paul, dramatique. — Prier !

Il disparaît. Gotte se jette à genoux ; quelques secondes se passent. Paul revient.

gotte. — Eh bien? Qu'était-ce?

paul. — Rien du tout: c'était pour mon livret.

gotte. — Quel livret?

paul. — Mon livret militaire.

gotte. — Mais je croyais que tu n'avais plus rien à faire?

paul. — On a toujours quelque chose à faire.

gotte. — Mais qui frappait à la porte de service ?

paul. — C'était Mme Ravin, ma con-

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cierge : quand elle a vu ce gendarme, elle a été affolée, cette digne femme...

gotte. — Et que serai1>il arrivé, si tu n'avais pas donné ton livret?

paul. — Je serais allé en prison.

gotte, bêtifiant. — En prison! Oh! mon pauvre rat... voyez-vous ce chien en prison, madame! J'aurais mieux aimé mourir.

paul, reconnaissant. — Comme tu es gentille ! Et pourtant, nous savons bien que les gendarmes à Paris ne viennent pas constater ces sortes de délits ; mais le commissaire de police avec deux gardiens de la paix.

gotte. — C'est vrai, mais on ne réfléchit pas.

paul. — Tu ne m'en veux pas?

gotte. — Tu es fou? Je sais bien que ça n'est pas de ta faute.

paul. — Alors on reprend d'où l'on eu était?

gotte. — Il vaut mieux recommencer.

Ils disparaissent dans la chambre voisine; à peine y sont-ils entrés, que retentit un coup de sonnette.

paul, furieux. — Ah! ça commence à m'embêter.

gotte, dans la chambre à côté. — Moi aussi. Je sens que je vais avoir une attaque de nerfs.

paul, dans V antichambre et criant derrière la porte d'entrée. — Je n'y suis pas, je n'y suis pas, je n'y suis pour personne. Est-ce clair ?

une voix, dehors. — Ah! vous n'y êtes pas ? Eh bien ! on le dit.

paul. — C'est ce que je fais... je vous le crie depuis une heure... Bonsoir. (Il revient dans le cabinet de travail et trouve Gotte en train de remettre son chapeau.) Eh bien! qu'est-ce que tu fais?

gotte, fraîche. — Tu le vois bien.

paul, stupide. — Pourquoi remets-tu ton chapeau ?

gotte. — Parce que je ne vais pas sortir en le tenant à la main.

paul. — Alors tu t'en vas?

gotte. — Oui.

paul. — Tu es fâchée.

gotte. — ' Je ne suis pas du tout fâchée... seulement j'en ai assez.

paul. — De quoi?

gotte. — Des rez-de-chaussée... Tu comprends, c'est insupportable ; on est dans la rue... on n'est pas chez soi.

paul, voulant tout de même la faire au moins sourire. — Oui, mais c'est humide.

gotte. — Ah! mon cher, ne faites pas

d'esprit, vous vous rendez odieux. En tout cas, si vous voulez me revoir, ce ne sera pas.

paul. — C'est vous qui avez voulu un roz-de-ohaussée... avant le concierge, pour qu'on ne vous voie pas entrer... J'ai déménagé à cause de vous, moi qui ai horreur des déménagements, et vous venez maintenant me le reprocher! Vous n'êtes guère gentille.

gotte. — Je ne peux pourtant pas trou-

PADL. — Je n'y suis pas, je n'y suis pas, je n'y suis pour personne.

ver que c'est charmant! J'arrive ici, je me compromets, je risque le déshonneur, la mort peut-être, pour passer une heure auprès de vous, et c'est cette heure-là que vous choisissez pour donner rendez-vous à vos fournisseurs !

paul. — Mes fournisseurs! Vous savez bien que c'était un gendarme... vous êtes de mauvaise foi.

gotte. — Peu importe ! quand on a vraiment le respect de la femme qu'on aime, on s'arrange pour lui éviter de semblables humiliations... on prévient son concierge.

paul. — Je ne savais pas que ce gendarme

GOTTE. — Tu LE VOIS BIEN.

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viendrait... et puis il fallait bien donner mon liviet... Sans oa je serais allé en prison.

gotte. — Que voulez-vous que je vous dise? Quand on aime vraiment, on va en prison.

pattl. — Il n'y a rien à répondre... Je n'insiste pas... j'espère que vous serez plus aimable et plus juste quand je vous reverrai.

gotte. — Ce ne sera pas demain, ni aprèsdemain, je vous le jure.

paul. — Ab! Gotte, vous me faites beaucoup de pe^ne et vous êtes une mécbante fée.

gotte. — Vieille sorcière? Vous m'appelez vieille sorcière., maintenant?

paul. — Je n'ai pas dit ça... j'ai dit que vous étiez une méchante fée, c'est tout différent.

gotte. — Vieille sorcière... c'est trop fort. Adieu !

Elle s'en va en coup de vent, claquant les portes.

paul, resté seul. — Charmant! Enfin je vais probablement recevoir un petit bleu de réconciliation dans une heure. C'est toujours ainsi que ça finit... ou plutôt que ça recommence, a Mon cher amour, j'ai été injuste et méchante... etc. » En attendant, voici une après-midi entièrement perdue... tout à fait blanche... et j'ai négligé pour ça des affaires très importantes. (Il ouvre un Une et lit : ) (( André avait enfin le calme dont un artiste a tant besoin : il pouvait travailler depuis qu'il avait une liaison avec une femme du monde. » Ah ! ces psychologues ! Ils en ont de gaies.

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