‹ LysistrataChapitre 40 sur 47 · PAUL · texte numérisé non relu

PAUL

percer ?

A quelle hauteur )faut-il les

gotte. — ■ A la hauteur de ton œil !

Elle chante.

Ma Jeanne a levé son verre, A la hauteur de son œil.

paul, perçant les trous. — A la bonne heure! Toi, tu es gaie, tu es la dernière grisette, ou Pavant-dernière, parce que la dernière c'est moi. Tu as une âme de gigolette et c'est ce que j'aime en toi. Qui croirait, à t'entendre, que ton mari est dans l'instruction publique? Nul ne le croirait!... Ça y est! les trous sont percés.

gotte. — Chouette! Maintenant, va dehors pour voir que je voie si on voit.

Paul va dehors.

paul, de l'autre côté de la porte. — Combien y a-t-il de doigts?

gotte. — Deux mille !

paul, rentrant. — Est-ce qu'on voit?

gotte. — Rien du tout... et pourtant je suis plus tranquille : je t'assure que je ne serais pas restée une seconde de plus, s'il n'y avait pas eu de trous dans la porte.

paul. — Je comprends ça.

gotte. — Pourquoi?

paul. — Je ne sais pas.

gotte. — Tu m'aimes?

paul, à genoux devant elle. — O ma chère petite Gotte, tu le sais bien que je t'adore. Tu compliques ma vie d'une façon tyrannique et charmante ; je ne sais jamais le lendemain si je te retrouverai comme je t'ai quittée la veille ; chaque fois que je te vois, c'est comme une première fois... j'ai à te reconquérir tout entière et lorsque je t'attends, à chaque voiture qui passe dans la rue, j'ai une émotion terrible, une émotion de joueur. Depuis que je te connais, j'ai lâché mes parents et mes amis, cair ton amour est exclusif et despotique, et je mène une sage vie de famille dans ta famille! Aussi bien, en même temps que tu m'as aimé, les tiens m'ont adopté, ton mari comme un jeune frère, tes enfants comme un oncle, tes parents comme un fils et, de mon côté, je suis à la disposition de tes parents, de tes enfants et de ton mari, car c'est notre sort, à nous autres amants, de nous tenir toujours à la disposition du mari, au théâtre, à dîner, au bridge et sur le terrain... à moins qu'ils désirent nous tuer, auquel cas ils tirent les premiers, encore qu'ils ne soient pas Anglais ni à Fontcnoy. Et tu me demandes si je

La Vrille

t'aime! O ma chère petite Gotte, pourquoi donc ferais-je tout ça, si je ne t'aimais pas?

On sonne à la porte d'entrée.

paul, se relevant. — Allons, bon! il n'y a pas moyen d'être tranquille.

gotte. — Ah! mon Dieu! pourvu que ça ne soit pas mon mari !

paul. — Mais non, mais non... Attends, ne bouge pas.

Ils restent sans mouvement, sans voix, et si pâles ! prêtant l'oreille, anxieux. On sonne à nouveau.

gotte. — Entends-tu? C'est un coup de sonnette impatient, autoritaire. Ah ! mon Dieu, que j'ai peur!... Sens-tu mon cœur comme il bat?

Coup de sonnette.

paul. — C'est idiot, puisqu'on ne lui répond pas, il devrait bien comprendre qu'il n'y a personne ou qu'où ne veut pas lui ou-

TTiiT.

gotte, soudain illuminée. — Les trous?

paul, ahuri. — Quoi, les trous?

gotte. — Les trous que tu- as percés dans la porte tout à l'heure, afin de voir...

paul. — Sans être vus. C'est vrai, au fait, je suis bête... je n'y pensais plus. Attends, ne bouge pas, j'y vais.

gotte. — Fais bien attention surtout...

Sois bien prudent.

paul. — Mais n'aie donc pas peur.

Sur la pointe des pieds, Paul disparaît et revient deux minutes après.

gotte. — Eh bien?

paul. — Il est parti : c'était un de mes amis, Sapir, Alfred Sapir... je l'ai vu s'en aller.

gotte. — Tu vois que c'est précieux, ces trous.

paul. — Ils valent leur pesant d'or... le pesant d'un trou! Ce qu'on arrive à dire tout de même, quand on est. troublé !

gotte. — C'est égal, c'est assommant un rez-de-chaussée : on est dans la rue, on n'est pas chez soi.

Paul. — Oui, mais c'est humide! Alors, on reprend d'où l'on en était... Qu'est-ce que je disais?

gotte. — Tu disais que je compliquais ta vie; mais crois-tu que la mienne soit simple? Elle est terriblement tourmentée, au contraire. Outre l'hypocrisie, la ruse et le mensonge dont je suis obligée de me servir

et qui sont choses basses et dont je souffre, j ai des craintes, d'affreux doutes, lorsque je ne suis pas près de toi. Je me demande où tu es, ce que tu fais et bien souvent, au milieu de la nuit, je me réveille avec des visions atroces. Tandis que, toi,, tu es bien certain que je suis à la maison, auprès de mon mari. Ah! si tu me trompais, vois-tu, ça serait lâche !

paul. — Mais pourquoi veux-tu que je tl> trompe? Je t'aime, tu le sais bien.

gotte. ■ — Oui, je sais. Tu me dois bien ça, car tu ne t'imagines pas ce qu'une femme dans ma situation risque en faisant ce que je fais. Et puis ce sont des alertes de tous les instants: il y a certaines paroles, certains regards de Gaston qui me font pâlir, rougir, comme s'il me prenait sur le fait. Heureusement que je ne perds pas la tête au milieu

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