HIRONDELLE, ROSEE
rosée. — O Hirondelle, quels sont ces hommes qui criaient et qui gesticulaient?
hirondelle. — Sans doute des gens qui parlent politique.
rosée. — Ce sont des sorciers; ils ont tracé sur le sol des signes bizarres et incompréhensibles.
hirondelle. — Ce sont des vieillards, de bons vieillards qui, selon la coutume, parlent guerre et combats, pendant que les peuples là-bas se cassent la tête.
rosée. — Ce sont alors d'anciens soldats de Marathon, durs comme l'yeuse et l'érable dont ils sont faits à coup sûr.
hirondelle. — Non, par Cérès. L'un d'eux, Dracès, est un fournisseur de l'armée qui a tripoté dans la récente affaire des boucliers; l'autre, l'homme au nez crochu, est un marchand venu de Palestine et qui fait un peu l'usure par-dessus le marché : il se fait appeler Strymodore, mais son vrai nom est Sohlomo. Tout porte à croira que c'est un juif.
rosée. — Qu'est-ce que les juifs?
hirondelle. — C'est un peuple d'Asie qui n'adore qu'un seul dieu, Jéhovah, et qui s'en prétend le peuple élu.
rosée. — Cela donne une triste idée de ce dieu.
hirondellb. — Oui. Et voilà ceux qui critiquent tes généraux, ô République! des gens qui ne furent jamais soldats et qui ne 6ont pas même Athéniens.
rosée. — Hirondelle, j'ai rêvé cette nuit que nos maris combattaient devant Décélie. En ce moment, ils sont blessés peut-être.
hirondelle. — ■ Peut-être.
rosée. — Et s'ils avaient trouvé la mort.
hirondelle. — Que veux-tu, c'est la vie ! Mais que les tristes pensers, ma bienfaisante Rosée, ne viennent pas assombrir ton front charmant. Laissons les vieillards discuter, laissons nos compagnes prier Artémis, mais nous, conjuguons le plus doux des verbes, à l'actif...
rosée. — Au passif...
hirondelle. — Et au moyen. Viens donc, ô Rosée, nous promener aux bords de la mer violette, et accompagnée par le ohant monotone des flots berceurs, je te réciterai cette ode de la divine Sappho, qu'elle composa pour la. courtisane égyptienne Rhodopis.
Phodopis, ton amant est comme Un dieu, son bonheur me courrouce.
Quand «e pense que c'est un homme Pour qui ta voix se fait si douce,
Et que c'est Charaxos, mon frère.
Qui possède ta chair superbe, Et ta Beauté dont j'étais ficre, Je deviens plus verte que l'herbe.
HIRONDELLE. — Viens donc, o Rosée, nous