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liaient plus, en y prenant place» partie intégrante de l'antique corporation^ du moins là section permanente y représentait la tradition et avait mission de la sauvegarder ; si l'Université n'était plus principe unique, et puissance souveraine, elle subsistait comme l'élément le plus fort du progrès général, comme institution entretenue par le gouvernement pour acquitter la dette de l'État, proposer un modèle, stimuler la concurrence en élevant le niveau de l'enseignement. Si elle n'était plus l'Ëtat gouvernant, elle était encore l'État enseignant^. De plus l'entrée au conseil d'un certain nombre d'évêques,en reportant la pensée du collaborateur de M. de Fonlanes, au temps où l'Église avait été appelée par Napoléon V' à concourir avec l'État au gouvernement de l'instruction publique, lui faisait espérer le retour de l'Université aux traditions de 1808 et à l'esprit de son origine.
M. Rendu accueillit donc, sinon avec plaisir, du moins sans répugnance, la loi du 15 mars 1850 ; il s'efforçait d'y voir c un pacte de famille, un traité d'alliance entre deux puissances amies qui se proposent un même but et qui veulent y marcher de concert. »
Toutefois, prévoyant les changements radicaux qui devaient suivre; arrivé d'ailleurs à cet âge où nos pères avaient coutume de se recueillir afin de mettre un intervalle entre la vie du temps et V éternité ^ le vétéran de l'ancienne Université impériale ne se résigna point à suivre, dans une transformation nouvelle', la grande institution dont il avait été un des fondateurs, et dont jusqu'au bout il était resté le soldat. Il se décida, au mois de juin 1850, à renoncer aux fonctions qui avaient fait l'honneur
4 . M. de Parieu disait à la (ribane : « Il y a toujours eu , dans FUniversité^ deux parties distinctes, reliées sane doute, mais profondément séparées sous d'autres rapports : renseignement, et à côté, une administration supérieure. Le vaste édifice de i' enseignement donné au nom de l'Ëtat, ce majestueui ensemble d'établissements qui comprend 43 facultés, 52 lycées, 34 2 collèges communaux et une mullilude d'écoles primaires, tout cela est maintenu, rien n'est touché par la loi acluelle. Ce qui est modifié, c'est l'administration supérieure qui, anciennement, gouvernait un régime exclusif, et qui doit s'appliquer aujourd'hui à l'inspection et à la surveillance des établissements libres et des établissements de l'État tout ensemble. a> (4 4 février 4850.)
2. En 4 845, M. de Salvandy avait, comme on sait, remis en vigueur les articles du décret de 4808 relatifs à la composition du conseil. Dans celte réorganisation, M. Rendu avait reçu le titre, désormais purement honorifique (la dotation de l'Université ayant été réunie aux fonds généraux), de trésorier de VOniversuê. Avant ce retour partiel à la tradition, M. Rendu contre-signait les arrêtés du conseil sous ce protocole : Le eon» seiller exerçant les fonctions de chancelier.
de sa vie, et à abriter sa forte vieillesse dans une retraite où devaient le suivre les regrets et la vénërafton de tout le corps enseignante
1 . Les journaux de rinfitniciion publique ne furent pas les seuls à saisir cette occasion de rendre hommage à M. Rendu, a Nous ignorons, — ainsi s'exprimait la Presse, — pour quels moUfs Thônorable doyen de l'Université refuse de faire parde du nouveau conseil supérieur. Ce que nous savons, c'est que la vieille Université, en voyant s*éloigner un de ses chefs les plus éminents, perd en lui un de ses membres à la fois les plus dévoués et les plus libéraux. M. Rendu a été dans les hautes régions de l'Université , nous ne l'apprenons à personne , un des plus fermes défenseurs de toutes les idées d'avenir. Les esprits indépendants verront avec douleur la retraite de M. Rendu. »
« Nous ne reproduirons pas ces lignes (rarticle du Moniteur qui annonçait la retraite de M. Rendu), disait le Pays, sans saisir l'occasion de rendre hommage au caractère de l'honorable conseiller. On sait ce que doit l'instruction publique en. France aux travaux de M. Rendu, et l'influence que la haute position où il fut appelé dès la création de rUniversité lui a permis d'exercer sur la direction générale de l'enseignement. Ce dont nous tenons à remercier M. Rendu , au nom des libéraux conservateurs , c'est la courageuse persévérance avec laquelle il a défendu, au sein de l'Université, des intérêts trop souvent méconnns, etc. »
Mort de Mme Rendu. — Lettre de M. Villemain. — Tradaction des Psaumes. — Dernières années de M. Rendu. —Caractère de sa rie.
AU moment où il se démettait des fonctions publiques, M. Rendu était frappé dans une affection qui avait été depuis quarante-deux ans sa joie et son orgueil : Mme Rendu lui fut enlevée par une maladie presque foudroyante.
Ma mère (s*il est permis à une main filiale d'écarter discrètement les voiles qu'une sorte de pudeur sacrée jette sur les vertus maternelles), ma mère n'avait pas été seulement pour mon père la compagne des jours de bonheur et la consolation des jours d'épreuves ; elle avait paru, à ses côtés, comme la femme forte dont parle TËcriture. Sa mort mit le sceau aux enseignements de sa vie. Au moment suprême, quand déjà les lueurs de rélernité se levaient sur elle; devant toute une famille émue d'admiration autant que de douleur ; comme les patriarches des anciens jours, celte chrétienne magnanime éleva fermement la voix, et dit : « Seigneur, j'ai remis mon esprit entre vos mains. Vous le savez, je n'ai jamais demandé pour les miens ni honneurs ni richesses; mais à cette heure encore je vous demande que la foi reste en eux! Plusieurs choses sont bonnes, plusieurs sont utiles, mais une seule est nécessaire.... » et elle expira.
Une telle mort acheva de détacher de tous les liens de la terre une âme qui déjà lui appartenait si peu :
«Je pense à vous avec tristesse, écrivait à M. Rendu (7 novembre 1850) un ancien et illustre collègue, M. Villemain, et je relis la lettre touchante que vous avez bien voulu m'écrire. Ayant connu votre heureuse union, comment ne sentirais-je pas la grandeur de votre perte? Vous perdez l'héroïque compagne de votre vie, celle qui partageait tous vos sentiments, toutes vos bonnes œuvres, la mère de votre belle famille. Les consolations si grandes qui vous entourent ne peuvent suppléer ce qui vous manque; et au milieu de vos nombreux enfants vous souf-
frirez toujours de cette solitude que vous déplorez. Une seule pensée, une seule espérance qui vous est aussi fortement présente q|^'à personne dans le monde peut adoucir une telle affliction : qu'elle rende bonnes pour vous les années de repos ou plutôt de libre travail que vous réserve encore le sage emploi de votre vie ; et qu'elle vous fasse jouir ainsi dans la retraite du bonheur de servir efficacement ce qui vous est le plus cher! 9
Servir ce qui lui était le plus cher : c'était bien là, en effet, le programme que se traçait M. Rendu, au moment où, comme il aimait à le redire, < il entrait sous les portiques de l'étemité. » A partir de 1850, il n'eut plus qu'une pensée : consacrer directement à Dieu, comme un dernier hommage, le travail qu'une vieil* lesse encore sans déclin lui permettait d'entreprendre; et avec une passion dont nul autre soin ne comprimait l'élan, il se voua aux éludes d'érudition sacrée qui devaient couronner dignement une vie pleine d'oeuvres.
« Figure-toi ma joie de vieil écolier, écrivait M. Rendu à un ami, avec cette gaieté douce qui lui était habituelle, quand j'ai vu, en ouvrant ma Bible hébraïque, que j'allais pouvoir relire en original la sainte Écriture, et que ce travail de traduction et de commentaire où se résument aujourd'hui tous mes vœux ne serait sans doute point au-dessus de mes forces. Le temps se dévore dans mon paisible avenir, comme il s'est dévoré dans mon laborieux passé. » — Et huit années durant, M. Rendu se voua sans relâche au labeur où son ardente piété se nourrissait des fruits de la science. A part les distractions fortifiantes de la vie de famille, à part aussi quelques lectures se rattachant à ces questions univer* sitaîres qui avaient captivé sa vie, et dont il suivait, non sans une émotion inquiète, les vicissitudes trop variées, il n'accordait à nul intérêt de ce monde le droit de pénétrer dans le sanctuaire intérieur que gardaient les pensées d'en haut. Quand on le pressait dQ ménager ses forces et de se donner quelques loisirs : « Me reposer ! répondaii-il avec Arnaud ; eh ! n*avons-nous pas l'éternité pour cela? » Ce n'était pas sans admiration que ceux qui approchaient M. Rendu, dans les dernières années, contemplaient ce noble vieillard, debout encore, et les mains au travail, longtemps après l'heure du repos, compulsant les textes grecs et hébreux, et dans le silence d'une étude qui était pour lui une prière, accomplissant une œuvre dans laquelle il portait, avec les austères doctrines de ses pères,
celte foi soumise et fort^ue notre âge ne connaît presque plas. C'est entre soixante-douze et quatre-vingts ans que l'ancien servi'» teur de l'Université mena k bien cette traduction et ces commen* taires des Psaumes qui suffiraient à honorer une vie^.
La vieillesse n'est vraiment grande que lorsqu'elle connaît sa grandeur, et qu'elle a conscience de sa dignité. Les cheveux blancs sont la couronne que Dieu pose sur la tête des combattants de la vie. Mais cette couronne n'a son éclat, que lorsque sur elle vient se projeter le rayon des espérances éternelles ; et ceux-là seulement la portent avec honneur, qui acceptent les conditions morales de cette royauté du temps :
.... La mente nostra, pellegrina Piu dalla came, e men* da' pensier' presa, AUe sue vision quasi è dÎTÎna ^.
(Fwgalt., G. IX, 6.)
Si dans une époque féconde en luttes et en agitations^ on vit une vieillesse entourée de cette calme auréole, assurément ce fut celle de l'homme vénérable dont nous achevons, d'un crayon imparfait, d'esquisser pieusement la figure, a Notre siècle n'a plus de vieillards, » disait Chateaubriand dans un accès d'humeur contre luimême. Chateaubriand n'eut pas prononcé ce mot s'il eût vu la vieillesse de celui dont il avait connu les jeunes années. La vie
4. 2 toi. in-8. — Le Journal des Débats^ par la plume savante de M. Daremberg, appréciait ainsi l'œtiTre dernière de M. Rendu : a On y retrouve cette sève puissante qui circule, pour ainsi dire, dans toutes les pages des Duguet et des Le Maistre de Sacy ; on y retrouve anssi cette teinte littéraire que M. de Fontanes admirait déjà dans la traduction de la Fie d'Agrioola. \\ ne fallait rien moins que ces qualités réunies pour rendre a cette pompe et cette suavité » qui transportaient Bossuet d'admiration.
ce M. Rendu n'est pas seulement un littérateur, c'est avant tout un chrétien , et un chrétien familier avec TÉeriture sainte, habitué à y retremper saoft cesse et sa foi et ses espérances. Pour nos lèvres amollies, la saveur de la parole divine semble trop acerbe, et la piété contemporaine va chercher des breuvages plus douï. Aussî, avec le goût des livres saims, on voit s'éteindre les mâles iraditious qui donnaient à la vie morale un incomparable éclat Et pourtant il suffit de lire les commentaires dont M. Rendu a accompagné sa traduction pour se convaincre que les psaumes médités , expliqués de siècle en siècle, satisfont la dévotion la plus exigeante et répondent aux plus vives ardeurs de la foi. Rien de plus solide que les réflexions empruntées tantôt aux docteurs les plu» célèbres de tous les âges, et tantôt aux propres méditations de Fauteur. Ces commentaires, modestement intitulés : Nota et réflexions^ sont un véritai>le trésor. »
%. Notre esprit, plus étranger à la chair, et moins pris par des penaers terrestres, est presque divin dans ses visions.
n'avait jamais été pour H. Rendu que la recherche et l'accomplissèment du devoir. Il l'avait considérée, selon la belle expression de M. de Tocqueville, « non comme un plaisir, ni une douleur, mais comme une affaire grave qu'il faut conduire et terminer k notre honneur. » Ayant accompli sa tâche, d'une volonté h la fois douce et forte; n'ayant connu ni l'ennui qui naît du vague de la pensée et de l'incertitude du but, ni les déceptions qu'enfante la ruine de projets ambitieux; ayant accepté toute mission comme une charge imposée par Dieu, n'en ayant recherché aucune comme une satisfaction d'amour-propre ^, dans cette atmosphère de soumission constante à la pensée divine, il avait contracté un calme intérieur qui, se reflétant sur une physionomie d'ailleurs pleine de noblesse, composait un type achevé du Sage et du Chrétien. « Je suis à la fin de ma journée, disaitril avec simplicité; j'attends de la miséricorde de Dieu le salaire de mes pauvres efforts. »
C'est dans cette paix de Tâme, dans cette sérénité de tout son être, que M. Rendu s'acheminait vers l'heure dont son courage chrétien invoquait les mystérieuses grandeurs, bien loin de les redouter. Après qu'il eut achevé sou vaste travail sur les Psaumes, ses forces commencèrent à décliner rapidement. Au commencement de l'année 1860, une cruelle épreuve fut imposée à sa résignation. Lui à qui sa foi, en présence de la mort qu'il regardait en face, eût dicté de puissantes paroles ; de qui les derniers accents eussent retenti comme une leçon suprême et comme un solennel enseignement, il se vit atteint d'une paralysie qui frappait sa langue d'une insurmontable et presque constante immobilité. Le calme de son esprit et de son visage n'en fut point altéré. Et quand, de temps k autre, ses lèvres pouvaient s'entr'ouvjir, c'était pour laisser échapper vers le ciel un acte de remercîment < en raison, disait-il, des grâces dont il n'avait cessé d'être comblé. »
Dans les quinze jours qui précédèrent sa mort, il ne vécut plus qu'avec lui-même et avec Dieu; et ses regards seuls furent les in-
4 . M. Rendu était désigné, en 4 840, pour aller représenter et défendre an conseil d'État les intérêts de l'UniTersité. Le poste de conseiller d'État, le seul qui pût lui être offert, ne s'étant point trouvé vacant, M. Rendu, mettant de côté toute pensée personnelle, voulut bien consentir à siéger au conseil comme simple maître des requêtes, m. Sous ce titre , comme sous un autre , ditil > je rendrai quelques services. »
terprètes d'une pensée qui ne se détachait des êtres chers dont il était entouré que pour s'unir à ceux qui l'avaient précédé dans le repos éternel. La religion qui avait inspiré toute son existence, soutint sa muette agonie : le jour de sa mort^ ses yeux ne se détachèrent point du crucifix; à défaut de ses lèvres, ils semblaient redire le distique fameux dont le ferme chrétien s'était plu k faire, longtemps, à l'avance, l'invocation de sa dernière heure :
Te spectem suprema mihi cum venerit hora; Te teneam moriens déficiente manu 1
Tel fut M. Âmbroise Rendu, « un de ces hommes rares, a écrit un juge qui est en droit d'être sévère', comme le siècle p'en produit plus : docte, simple, noble et bon; au niveau des plus habiles par ses connaissances, toujours candide par le cœur; riche d'une science sérieuse et vraie, mais apte à entrer dans la gloire éternelle par la porte des humbles. > Son existence se consuma tout entière au profit des devoirs; il n'en réserva pas la moindre part pour les succès de l'amour-propre. Tout en elle fut du sage qui veut être^ rien de l'homme vain qui cherche h paraître. Lk où d'autres tenaient à briller, il se contentait de faire le bien; jamais il ne connut l'art profitable de se servir de la vérité au lieu de la servir.
Si donc il est des vies plus éclatantes que celle dont je viens de retracer les traits, je n'en connais ni de plus pure ni de plus utile, dans le sens élevé de ce mot. Résumant en elle l'histoire de l'Université pendant toute la première moitié du siècle, elle est un témoignage qu'aiifis et ennemis de cette grande institution ne peuvent faire autrement que d'invoquer; consacrée tout entière au service dé Dieu et de la société, dans l'exercice des hautes fonctions publiques, elle est, pour les chrétiens, un exemple et un argument. Une telle vie méritera les respects et provoquera des hommages tant que la grandeur morale, dégagée des grandeurs factices, aura, dans notre société, conservé tout son prix; et ceux qui ont