LIVRE II. — CHAPITRE II
rant ; mais Théodore, amené devant le roi fut reconnu innocent de tout ce qu'on lui avait imputé ; il put librement retourner dans sa ville. Il y fut reçu au milieu des acclamations et de la joie des citoyens et se livra en paix à l'administration de son église, jusqu'à ce que les divers événements politiques aient encore attiré sur lui de nouveaux orages dans le détail desquels nous n'entrerons pas (1).
Je ne sais si le lecteur ne trouvera pas que nous multiplions les anecdotes ; elles nous paraissent plus instructives que les raisonnements. Celle de Théodore témoigne de l'énergie que' Childebert mettait à maintenir ses droits. Cette énergie semblera plus remarquable et accusera encore mieux la constitution d'un véritable état politique et administratif, si on se souvient qu'au moment où il rétablissait ainsi son autorité sur une ville lointaine et isolée de ses autres possessions, Childebert était un enfant et que le pouvoir était seulement exercé en son nom. L'autre roi se montre dans ces événements ce qu'il semble être partout, plein de fougue et cependant plein de simplicité et solide ami de la justice. Il ne s'entête pas dans ses entreprises : après avoir maltraité l'évêque, il ne se croit pas obligé à soutenir ce rôle lorsqu'il a une fois reconnu son erreur. Prompt à suivre les premiers mouvements de sa
(1] S. Greg. Lib. VI, c. xi.
U8 M. AUGUSTLN THIERRY.
colère et ne respectant rien quand il était froissé, Contran est néanmoins honoré par l'Église comme un saint. Les philosophes s'en scandalisent. Ils ne veulent pas admettre les merveilles de la vie des saints, ils se rient de leurs miracles : mais ils ne veulent pas non plus leur permettre les faiblesses humaines ; elles sont pour nous prouver que les élus ont été semblables aux autres hommes, et que les plus belles places du Paradis sont destinées à des êtres infirmes et remplis de toutes sortes de misères. La philosophie ne peut acquiescer à de telles choses. A ses yeux, la sainteté impuissante à faire des miracles est d'une nature si relevée que les hommes n'y sauraient atteindre. Aucun mélange de faiblesse n'y doit apparaître, et l'idéal en est si merveilleux qu'il est inutile sans doute de songer à en pratiquer les maximes. L'Église ne raisonne pas de la sorte. Elle rend ses doctrines et ses pratiques accessibles à tous les hommes. Elle connaît les misères et les passions humaines ; loin de les nier, elle en fait l'occasion de la sainteté : elle ordonne de les combattre ; après la défaite, le repentir encore peut donner la victoire aux vaincus. Le saint roi David fut un homicide et un adultère : à cause de son repentir il fut comblé de toutes les bénédictions de Dieu.
Nous ne discuterons pas ici les mérites du saint roi Contran ; il n'est pas nécessaire de rappeler sa piété, son amour pour les pauvres, sa simplicité habituelle