LIVRE II. — CHAPITRE 11. U
s'alliant en lui à des accès de vive colère, où rien ne 1 arrêtait plus et où, comme à l'égard de Théodore, il exerçait ses violences même à rencontre des évêques. Mais à l'occasion de ces rois Barbares, en qui tant de choses répugnent à nos mœurs, et dont la mémoire est restée en vénération dans l'Eglise, qui en honore plusieurs comme des saints, il faudrait insister sur la condescendance et les tendresses de l'Eglise pour les hommes : non-seulement elle reconnaît la sainteté en dépit des passions^ quand leurs excès les plus graves ne font qu'arrêter un moment et ranimer ensuite le zèle, mais elle la distingue encore, elle la consacre et la proclame à travers toutes les divergences et les variétés les plus grandes de caractères. Les saints honorés par l'Eglise catholique ne sont pas des êtres abstraits et impassibles comme le sage que rêve la philosophie. Ils rappellent tous les traits merveilleux d'un seul type qui est Notre-Seigneur Jésus- Christ. Mais les traits de l'homme subsistent toujours, et la ressemblance divine se montre sous les aspects les plus divers. La charité qui brille au fond des cœurs consacrés à Dieu, est une : elle se manifeste aux hommes sous des formes différentes : l'Eglise les bénit toutes. Elle accepte les conditions de temps, de mœurs, de caractères, de positions. Elle prend ses héros parmi les plus fiers et les plus timides, parmi ceux qui résistent énergiquement et parmi ceux qui supportent
avec patience. Pour ne pas sortir de l'époque qui nous occupe, elle a des autels pour saint Amand qui réprimandait violemment Dagobert, elle en a aussi pour saint Eloi qui apaisait saint Amand et l'engageait à la modération.
Ce respect delà liberté humaine se dirigeant ainsi par des routes opposées au môme but de la gloire de Dieu et de l'édification du prochain, ce respect de la liberté humaine et cette condescendance infinie pour les divers caractères sont une grande consolation pour les fidèles et une raison de s'attacher plus profondément à une mère aussi indulgente. Nous aurons occasion de revenir sur ce point.
11 importe de remarquer encore la puissance et la vie des cités qui s'accusent dans cette histoire de Théodore. Le peuple prend part aux événements qui se démêlent entre les puissances. Son attachement à l'évêque est manifeste, et il éclate à deux reprises lors de la rentrée de Théodore. 11 est bien vrai que l'éclat des cérémonies a toujours ému la foule ; mais les mesures que la royauté mérovingienne, si absolue que nous l'ayons dépeinte, est forcée de garder envers la cité de Marseille, semblent un fait important qui peut servir à faire comprendre la constitution des royaumes francs du vi^ siècle. Gondulf, avant d'entrer dans la ville, pour braver des mutins dont le chef est entre ses mains, ne se croit pas suffisamment appuyé par le pouvoir