‹ M. Augustin ThierryChapitre 105 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Touraine le bruit de sa mort. A cette nouvelle, Chramnisind convoque ses amis, attaque les biens de Sichaire, tue ses serviteurs, pille et brûle ses maisons et celles de ses voisins, s'empare b son tour des bestiaux et de tout ce qu'il peut emporter.

Cette fois les parties furent citées à Tours par le magistrat (1) : les juges décidèrent que celui qui avait d'abord refusé de recevoir la composition, perdrait la moitié du prix qui lui avait été adjugé. En cela, ajoute l'historien, on agit contre la loi, maison voulait rétablir la paix ; dans cette intention encore, ce fut l'Eglise qui fournit l'argent nécessaire. Les parties se donnèrent une charte de sécurité et se promirent de ne plus rien entreprendre désormais l'une contre l'autre.

On voit les expédients oii la faiblesse de l'autorité la réduisait. Elle s'inquiétait moins parfois de punir les crimes ([ue de ramener la paix entre les citoyens: mais une paix acquise de la sorte ne pouvait être gardée bien précieusement, et les passions avec lesquelles il fallait composer, étaient facilement réveillées. Aussi la querelle de Sichaire et Chramnisind se ranima plus tard, elle occasionna de nouvelles angoisses à saint Grégoire et de nouveaux troubles en Touraine (2).

(1) « A judice ad civitatem deductae. » S. Greg. Ibid. Civitas, est la ville épiscopale.

(2) S. Greg., Lib. IX, c. xix.

Ces entreprises particulières étaient fréquentes; saint Grégoire remplit son histoire de pareils récits. Ils témoignent tous d'une lutte constante engagée contre les désordres ; l'Eglise et la royauté s'appliquent à adoucir la férocité des âmes et à comprimer leurs violences ; elles apportent, comme saint Grégoire raconte qu'il fit dans ces démêlés survenus au bourg de Mantelan, elles apportent à leur résistance toutes sortes de tempéraments et de mesures. Elles font à regret des concessions et laissent bien des crimes impunis : elles ne cessent cependant de lutter, et toutes imprégnées elles-mêmes de l'esprit de leur époque elles s'efforcent d'en arrêter les excès.

Ces excès se manifestent surtout quand, par une raison ou une autre, les deux puissances civilisatrices se trouvent affaiblies. Les désordres des temps et le droit que la royauté voulait exercer sur l'élection des évêques, mettaient parfois sur les sièges épiscopauxdes hommes, comme Badégisile du Mans, indignes même du nom de chrétiens. Il était sans rehgion, sans mœurs, cruel, livré à tous les emportements de la passion, sans aucun souci des fonctions épiscopales, mais curieux uniquement du pouvoir qu'elles conféraient (1). Plusieurs évêques indignes, nommés par saint Grégoire, rappellent de loin en loin les excès deBadégisile : d'autres, comme

(i) S. Grég., Lib. VIII, c. XXXIX.

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