LIVRE II. — CHAPITRE H
étaient aussi investis d'un pouvoir judiciaire à l'égard de leurs concitoyens. Dans un petit bourg de Touraine, à Mantelan, pour le motif le plus fi'ivole, à l'occasion d'une invitation à boire et de coups donnés à un serviteur^ une querelle s'était élevée entre Sichaire, homme puissant, qui possédait de grands biens en Touraine et en Poitou et était particulièrement cher à la reine Brunehaut, et un autre personnage nommé Austregisil. Chacun d'eux s'arma : les amis s'en mêlèrent : on en vint aux mains; il y eut blessures, meurtres, pillage de maisons. Les deux parties com.parurent devant le tribunal des citoyens (1). Autregisil fut déclaré coupable et condamné. Mais Sichaire ayant appris entre les mains de qui se trouvaient les biens qui lui avaient été ravis, sans égard pour le tribunal et sans attendre l'effet du jugement, réunit ses amis, attaqua pendant la nuit la maison qui lui avait été désignée, massacra ceux qui s'y trouvaient, maîtres et esclaves, et emporta tout ce qu'il put enlever de meubles et de troupeaux.
A la nouvelle de ces désordres, 1 evêque désolé, désirant faire la paix promptement et ne pas laisser se perpétuer cette guerre, de concert avec le juge, invite les parties à comparaître devant lui. Cet évêque était saint Grégoire, Thistorien fécond
(1) a In judicio civium.» S. Greg. Lib. Vl(,c. XLVII.
de cette époque. En présence de leurs concitoyens (1), il adjura les parties de terminer leurs querelles : « Ne persévérez pas dans vos crimes, disait-il, nous « avons déjà perdu les fils de l'Église, nous craignons « d'en perdre encore dans ces horribles querelles : « je vous en conjure, soyez pacifiques; pour être « des enfants pacifiques, dignes par la grâce de Dieu « de gagner le royaume du ciel, entrez dans un « esprit de charité : que celui qui a fait le dommage «compose à cet égard; s'il n'est pas assez riche « pour satisfaire à son adversaire, les biens de l'E- « glise serviront à payer la composition ; mais de c( grâce ne mettez plus en péril les âmes des hom-
« mes. »
Chramnisind, c'est le nom de celui qui poursuivait alors la vengeance de la mort de son père et de son oncle tués dans leur maison, Chramnisind n'écouta point la parole et refusa les offres de l'évêque: il ne voulait pas recevoir en composition l'argent de l'Eglise. Sichaire résolut de porter l'affaire devant le roi et d'implorer son autorité pour accommoder tous ces ressentiments. Avant de se rendre auprès de Childebert et d'entreprendre un aussi long voyage que celui de Metz, il alla à Poitiers embrasser sa femme, dit l'historien. Pendant ce voyage un accident qui lui survint, fit répandre en
(1} « Conjunciisque civibus. » Id., ibid.