LIVRE ir. — CHAPITRE II. 1 oU
agit, selon les occasions, entourée de l'appareil de la justice ou enveloppée des mystères d'un véritable guet-apens ; mais toujours avec l'énergie et la tranquillité que donne la conscience du droit. Un jour, dans le palais de Metz, le roi assistait à des jeux et regardait un fauve attaqué par une meute de chiens. Il appela auprès de lui Magnowald, qui prit plaisir à regarder le combat et qui, avec les autres compagnons du roi, riait à gorge déployée des péripéties de celte lutte. Pendant qu'il était ainsi occupé, un homme, que le roi avait commandé, s'approcha par derrière, leva sa hache sur Magnowald et lui fendit la tête. Il tomba mort : on jeta soa corps par la fenêtre. Ses amis l'ensevelirent ; tous ses biens furent confisqués. La cause de cette exécution resta secrète. On assurait toutefois, dit saint Grégoire, que c'était parce que Magnowald avait fait mourir sa femme pour épouser la veuve de son frère (i).
Si répugnantes que puissent être à nos mœurs de pareilles exécutions, il faut reconnaître que d'autres procédés auraient suscité sans aucun doute des désordres plus graves que ceux qu'on voulait réprimer. Personne du reste ne contestait à la royauté ce droit de vie el de mort. Un passage de Frédégaire est pour faire voir que, pendant la minorité des rois, ceux qui exerçaient l'autorité royale en leur
(1) Lib. VIII, c. xxxvi.
nom étaient investis de la même puissance. Il raconte qu'au temps de l'enfance du roi Sigebert (1), les grands d'Austrasie avaient élu pour maire du palais Chrodin. C'était un homme vaillant et craignant Dieu, plein de douceur et de patience, tout à la fois agréable à Dieu et aux hommes : il refusa l'honneur qu'on lui offrait :
— « Je ne saurais maintenir la paix en Austrasie, disait-il, tous les grands me sont attachés par les liens du sang : je ne pourrais jamais les forcer à la discipline, ni en tuer aucun (2) ; leurs actions répréhensibles devant Dieu me conduiraient en enfer. »
Chrodin exprimait la pensée non du droit, mais du devoir royal dont, pendant l'enfance du roi, serait chargé le maire du palais.
Il y avait donc un pouvoir public chargé de réprimer les désordres et responsable devant Dieu de la manière dont il accomplissait ce devoir. Aussi les historiens philosophes de nos jours ont tort de se scandaliser en reprochant à saint Grégoire de ne pas flétrir énergiquement les meurtres qu'il enregistre. Ces meurtres étaient souvent les actes de la justice royale, aussi légitimes et aussi inviolables que sont aujourd'hui les verdicts du jury : comme tout jugement humain, elle pouvait se tromper,
(1) « In infaniia Sigeberli. » Hist. epist.
(2) « Non possum ex eis facere disciplinam, nec que.npiatn interticere. » Fredeg. Hist. epist. c. LXiii.