LIVRE II. — CHAPITRE III
sur le Rhône et la Saône pour le transporter en Auvergne (1).
On comprend que ceux qui se dévouaient de la sorte au soulagement des peuples aient pu avoir quelque droit de décider de leur sort, et on peut trouver étrange la manière indirecte et légère dont M. Thierry conteste leurs titres. Du reste, on voit par le siège de Clermont (472) que les évoques ne songeaient pas encore à implorer le secours des Barbares. C'était au profit de l'empire qu'ils défendaient la foi; mais l'empire n'avait même plus la force de profiter des efforts faits en sa faveur. Il capitula avec les Yisigoths : pour prix de la paix, il leur abandonna l'Auvergne. On croyait acheter de la sorte la sécurité des contrées voisines de la Méditerranée. On conçoit la consternation du courageux évêque de Clermont en apprenant cette nouvelle : « D'après les bruits qui « se confirment, écrit-il, la paix nous prépare un « sort pire que la guerre. Notre esclavage est devenu « le gage de la sécurité d'autrui! Oh! douleur! l'es- « clavage de l'Auvergne !... Est-ce là le prix de nos « souffrances? Est-ce pour cela que nous avons « bravé la misère, la flamme, le fer et la peste? que « nos guerriers, exténués par la faim, ont abreuvé « leurs glaives du sang des ennemis? Était-ce dans
(f) S. Si'i., Epist.yWh. VI, ep. 12. — S. Greg., lib. II, C. XXI v.
« l'attente de cette glorieuse paix que nous nous re- « paissions des herbes malsaines arrachées aux fentes « de nos murailles? Quelle récompense d'un si « grand dévouement ! . . . »
L'évéque ne se contentait pas de déplorer ce malheur; sa courageuse résistance lui donnait le droit de chercher à le détourner de sa ville. « Rougissez, « disait-il, rougissez de ce traité... Rompez par vos « conseils, si vous le pouvez^ rompez ce honteux « accord. S'il le faut, nous serons heureux d'être « encore assiégés, de combattre encore et de souffrir « encore la famine. Mais si la trahison nous livre, « nous que la force n'a pu vaincre, nous croyons « que vous avez songé à ce que des lâches pourront « conseiller à un maître barbare... Toute autre pro- « vince livrée ainsi craindrait la servitude , l'Au- « vergne altend son supplice. Si vous ne pouvez nous « sauver dans cette extrémité, priez au moins afin « qu'il subsiste un peu du sang généreux de ceux (( dont la liberté va périr. Préparez un asile aux « bannis, une rançon aux captifs, un secours aux « réfugiés, et si vous ouvrez nos murailles à nos « ennemis, ne fermez pas les vôtres à des frères « malheureux (1). »
Ces supplications ne pouvaient changer la destinée de l'Auvergne : elle fut abandonnée aux Yisigoths;
(1) S. Sid., EpisL, lib. VII, ep. 7.