LIVRE II. — CHAPITRE III
les Visigoths, renonçant à les enterrer, les réunissaient dans des maisons oii ils mettaient le feu (1). Cependant la famine était toujours dans Clermont. Les dernières ressources étaient épuisées. On cherchait à tromper la faim à l'aide des herbes croissant dans les rues et aux ,fentes des murailles. Cette nourriture immonde engendra de terribles maladies (2). 11 n'était pas cependant question de se soumettre aux hérétiques. Saint Sidoine, inébranlable , ne cessait de confirmer ses frères dans leur foi ; il offrait constamment à Dieu ses larmes ; et ses prières rendaient victorieux des glaives, dont les guerriers exténués pouvaient à peine soutenir le poids. Enfin, l'hiver arriva sans que l'héroïque résistance des gens de Clermont eût été vaincue. Saint Sidoine ne raconte pas, mais qui pourrait dire les sentiments d'allégresse qui pénétrèrent son cœur, et le cri de reconnaissance qui en rejaillit jusqu'au ciel lorsque le courageux et admirable évêque vit l'armée des Visigoths se retirerdes collines déjà couvertesde neiges, qui entourent Clermont? La foi de ce peuple avait été vaillamment défendue, mais les souffrances n'étaient pas terminées. Le séjour et les ravages des Visigoths "avaient détruit tout le pays (3). Les murs de la ville étaient à demi renversés, les maisons
{\) S. Sicl.,£pisf.,lib.III, ep. 5.
(2) S. Sid., Episl., lib. VU, ep. 7.
(3) S. Sid., Epist., Vih.yi, ep. 12.
étaient incendiées, les ossements des morts gisaient sans sépulture (1), et le peuple d'Auvergne, sans asile et sans ressources, "vit la famine se prolonger après les combats.
Les vaillants, qui avaient défendu la cité, s'empressèrent encore de venir à son aide dans cette nouvelle détresse. Hecdicius employa ses biens à soulager le peuple, que son bras avait si bien protégé. On sait quelle était la richesse territoriale des familles aristocratiques de la Gaule romaine. Hecdicius possédait des biens immenses : ses chariots conduisirent dans ses possessions les malheureux que la guerre avait laissés sans pain et sans asile. Quand les désastres furent un peu réparés, on les ramena dans leur pays ; les historiens assurent que quatre mille hommes furent transportés et nourris de la sorte (2). Les richesses de saint Sidoine étaient employées au même usage, et saint Grégoire raconte que l'évéque de Clermont dérobait l'argenterie de sa femme pour la distribuer aux pauvres (3). Ses lettres aussi allaient solliciter les évêques voisins en faveur de ce pauvre et courageux troupeau : la charité des évêques répondit généreusement à cet appel. Saint Patient, évêque de Lyon^ faisait faire dans ses possessions des amas de blé, qu'on chargeait ensuite
(1) S. Sid., Epist., lib. III, ep. i.
(2) S. Greg., lib. II,c. xxiv.
(3) S. Greg., lib. II, c. xxn.