‹ M. Augustin ThierryChapitre 127 sur 206 · LIVRE JI. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE JI. — CHAPITRE

pas aperçu de l'erreur où il tombait, puisqu'il a inséré parmi les pièces justificatives de son histoire une traduction du récit dé la conférence des ariens et des catholiques.

On y voit saint Avit, évêque de Yienne, dont le visage et les discours étaient empreints d'une douceur évangélique, s'agenouiller devant le roi avec les autres évoques, en le suppliant de vouloir bien ouvrir l'oreille aux enseignements de la foi : « Quelle u source de biens en découlerait sur vous et sur u votre peuple, lui disaient-ils ! la gloire céleste vous (v serait réservée là-haut , la paix et l'abondance ((, habiteraient dans vos iours (1)! » Le roi, touché de leurs démarches et de leurs prières, les releva avec toutes sortes d'égards et donna son assentiment à la conférence qu'ils demandaient à avoir avec les ariens.

Ceux-ci cependant s'y opposaient de toutes leurs forces ; et ceux d'entre les catholiques qui penchaient vers l'hérésie, les ministres et les courtisans du roi, disaient que toutes ces discussions ne faisaient qu'exaspérer l'esprit de la multitude et ne pouvaient produire rien de bon. Les évêques répondaient qu'il ne fallait pas redouter des discussions prenant leur source dans l'amour de la vérité ; que rien n'était

(4) llist. delà conquête d'Anglet., tom. I, p. 357. — Dom Bouquei, Hist. de Fr,, lom. IV.

plus favorable à la sainte union des âmes que de connaître où réside la vérité; et que là où elle se trouve, il faut l'aimer en respectant ceux qui la professent. Les conférences eurent lieu; elles furent troublées par les colères des Ariens, qui s'emportèrent en violences et en injures, et ne surent rien répondre aux raisons que saint Àvit développa avec une chaleur et une lucidité d'éloquence qui touchèrent profondément le cœur du roi. En reconduisant les évêques catholiques, Gondebaud, agité et perplexe, embrassa saint Avit et ses compagnons; il se recommanda avec de grandes instances à leurs prières; mais, dit le narrateur, il ne se convertit pas à la foi de l'Eglise (1). Toutefois, saint Grégoire assure qu'il en demandait la communion. Son faible cœur et la crainte de son peuple l'engageaient à demander aussi le secret; saint Avit se refusa à cette condescendance : « Vous êtes le roi, disait-il, et vous redoutez « votre peuple ! Est-ce le peuple qlii est votre chef, « ou est-ce à vous de le guider? Quand vous allez à « la guerre, ne marchez-vous pas à la tête desguer- « riers, et ne vous suivent-ils pas où vous les con- « duisez N'est-ce pas à vous de leur montrer (' la vraie foi que vous connaissez, plutôt que de « condescendre à leur faiblesse? Ne vaut-il pas

(1) Hist. de la conquête d'Anglet., tom. T, p. 355 etsuiv. Hist. de Fr., tom. IV, p. 99 et suiv.

Page 1