LIVRE II. — CHAPITRE III
« mieux pour vous les conduire à la vérité que de « les laisser périr dans leur erreur au détriment de a votre propre vie. Dieu, ajoutait le saint évéque, « Dieu ne donne pas son amour à celui qui, pour « un royaume terrestre, refuse de le confesser dans *< ce monde. » Gondebaud était touché de ses raisons (1); mais il n'osa jamais professer la foi catholique, et il mourut dans son hérésie.
Quand on compare cette faiblesse du roi bourguignon avec 11 générosité de Clovis confessant le Dieu de Clolilde et, si l'on en croit un historien de la vie de saint Remy, laissant s'éloigner de son armée un grand nombre de ses compagnons, qui allèrent se ranger parmi les fidèles de Ragnacaire (2; pour ne pas abandonner le culte de leurs idoles, on comprend la raison du succès des Francs. Saint Grégoire, bien qu'il fût un saint, qu'il fût évéque et qu'il vécût au vi' siècle, en comparant simplement les heureux succès des chrétiens, qui confessent la bienheureuse Trinité aux désastres des hérétiques qui la divisent (3 , s';int Grégoire a montré certainement plus de philosophie que n'a fait M. Thierry, invoquant le hasard comme raison du titre de roi conservé dans les Gaules par les seuls successeurs de Clovis et de Charlemagne, et accusant le roi franc
0) S. Gregjib. U.c. xxxiv.
{i) Viia S. Remig. Hisl. de Fr., t. III.
(3) S. Greg. Lib. III. Prolœg.
d'avoir mis sous ses pieds les dieux du Nord dans la vue de fonder un empire (1). Si fin politique que fût Clovis, il est difficile de donner ce dernier motif à sa conversion : la retraite d'un grand nombre de ses compagnons et les craintes de Gondcbaud sont pour prouver qu'au v* siècle, comme de nos jours, les vpies de Dieu étaient peu connues des hommes. S'il est bien vrai que le succès couronne presque toujours les devoirs accomplis, il n'arrive jamais que par des voies que ne saurait prévoir la prudence humaine, et que Dieu prend soin de lui dissimuler, afin, dirait-on, de laisser au courage tout le mérite de ses entreprises. Toutefois en remarquant que le nom des Francs ne devint vraiment populaire dans le midi de la Gaule qu'après l'abandon de l'Auvergne, il faut reconnaître qu'Evaric ménagea hypocritement cette contrée plus que les autres de son empire. Saint Sidoine fut exilé ; mais au bout de quelques années, rendu à son troupeau, il put travailler de nouveau au salut des âmes et mourir dans Clermont. La dissidence de religion, malgré les réserves oii la politique contraignait les Goths, restait toujours une cause d'inimitié; l'horrible persécution suscitée en Afrique par les Ariens ravivait les craintes. Malgré les ménagements oij les circonstances pouvaient l'engager, il était sensible qu'Evaric cherchait à pratiquer dans
(1) Lettres sur Vhist. deFr.^ p. 404.