LIVRE II. — CHAPITRE III
les historiens, qui oublient que le pouvoir épiscopal est un pouvoir divin , en ont cherché l'origine de divers côtés. C'est la consécration seule qui fait les évêques. Divers éléments, en fait, concouraient à désigner à cette consécration. Le pape S. Léon demandé le vœu populaire et l'élection du clergé. Le métropolitain avait une influence prépondérante. Les élections de Jean et de Simplicius à Châlons et à Bourges (1), celle de saint Germain à Auxerre (2) témoigneraient hautement de ce point si la raison ne suffisait à l'établir. Mais après l'avènement de Clovis, la prétention des rois allajusqu'àvouloir imposer à l'Eglise des évêques hautement repoussés par leurs collègues. Un fils de Clotaire, le roi Caribert, voyait là un droit de sa couronne. Emerius, désigné pour l'évêché de Saintes, par le roi Clotaire, avait été consacré sans l'agrément du métropolitain, qui représentait alors pour les églises de sa province la suprême autorité, cori' scientia sedis apostolicœ, disait le pape S. Sirice. Les évoques de la seconde Aquitaine ne voulurent point reconnaître ce collègue ; réunis en concile, jls dégradèrent Emerius et pour le remplacer, désignèrent un prêtre à la nomination du roi; Caribert s'emporta contre lès évêques ; il envoya leur messager en exil et l'y fît conduire sur un chariot couvert d'é-
(1) S. Sidon. Epist.
(2) Boll. Vita S. Germ. 31 julii..
pines : « Croit-on, disait-il, qu'il n'y ait plus de fils de « Clotairepour soutenir ce qu'il a fait? » Il fit payer à Léonce, métropolitain de Bordeaux, une amende de mille pièces d'or et exigea aussi une contribution des autres évêques. Le pire est qu'au dire de saint Grégoire, Caribert fut encouragé dans sa résistance aux canons par le concours d'hommes religieux, que l'historien ne désigne pas autrement*, et qui consentirent à réinstaller Emerius sur le siège de Saintes (1),
L'intervention royale dans le gouvernement des églises était en effet soutenue par des hommes pieux et éclairés, qui pouvaient tirer de l'exemple et des paroles de saint Remy, une autorisation à leur propre faiblesse. Ce saint évêque accusé d'avoir conféré le sacerdoce à un indigne personnage, avait cru s'excuser, en disant qu'il n'avait ordonné cet homme que sur l'invitation du roi, qui était non-seulement le prédicateur, mais le protecteur de la foi catholique : il gourmandait ses collègues d'Auxerre, de Sens et de Paris, qui lui reprochaient cette ordination ; il leur demandait s'ils étaient revêtus du souverain pontificat pour décider de sa conduite, et il avait la prétention de leur fermer la bouche, en disant : a Le chef des provinces, le défenseur de la « patrie, le triomphateur des nations l'a voulu « ainsi (2). » Il n'est donc pas étonnant que des
(1) S. Greg. Lib. IV, c. xxvi.
(2) Labb. concil., tom. IV, p. 1608.