LIVRE II. — CHAPITRE UI
résista à ce roi pendant plusieurs années (1). Cette lutte cessa lorsque le mariage de Clovis, et plus tard son baptême eurent, selon la remarque de Procope, uni les Gallo-Romains et les Francs en un seul peuple rendu désormais redoutable (2).
La puissance de Clovis se trou va ainsi accrue, malgré la défection d'un certain nombre des siens, et toute la Gaule catholique se tourna vers lui : nonseulement la Gaule, mais on peut bien dire que l'Eglise entière salua avec des sentiments d'allégresse le néophyte de saint Remy. Le monde en effet était alors arien ; et ce ne fut pas un vain titre que le nom de fils aîné de l'Eglise que reçut le roi des Francs.
Nous n'avons pas intention d'insister sur ces points de notre histoire, nous avons seulement voulu marquer la résistance de l'Eglise aux Barbares, et la cause de l'union qu'elle contracta ensuite avec les Francs. Il est difficile de trouver en cela ce que M. Thierry veut y faire voir ; l'ambition personnelle des évéques et la volonté perverse de disposer à leur gré et sans motif du sort des populations (3). Il faut reconnaître, au contraire, que dans sa tendresse pour
(1) « Quinos » ou < bis quinos », selon les variantes. Hist. de France, t. X.
(2) « Nihil vi proficientes Germaai [Franci] illos ad soeietatem,.. inviiarunt... Eo pacto in unam coalili gentem potentissimi évaseront. > l)e Bello golhico. Ibid,, t. <,p. 31.
(3) Leil. sur l'IiiU. deFr., p. 58,
son fils aîné, l'Eglise relâcha en sa faveur quelque chose de son droit. L'influence de saint Remy et l'affection, qu'on comprend qu'il portait à l'époux de Clotilde, à cause du lien spirituel que le baptême avait formé entre eux, servirent peut-être à incliner les esprits de ce côté : le savant et pieux abbé Rohrbaclier a relevé dans les écrits et les actions de l'évêque de Reims quelques points d'une condescendance envers l'autorité royale, que saint Cyrille ou saint Athanase n'auraient sans doute pas approuvés (1). Une lettre de saint Avit exprime plus fortement encore le mouvement spontané qui entraîna les évêques vers le roi Barbare et, au milieu des persécutions ariennes, leur fit reconnaître en lui leur défenseur et leur ami (2). Bien loin d'exagérer son influence en cette occasion, l'Eglise au milieu de ce tressaillement aurait laissé le roi très-chrétien, sur qui reposaient ses affections et ses espérances, prendre dans le domaine religieux une part qui ne lui aurait pas appartenu de droit.
Sans rappeler les paroles de saint Avit, ni celles de saint Remy, il suffit, pour nous faire comprendre, de remarquer l'influence que les rois Francs eurent dès lors dans la nomination des évêques. On a fait beaucoup de théories au sujet de ces nominations :
(<) Histoire deVEglise, lome IX, p. 135, (2) Hist. de France, tome IV, p. 48.