‹ M. Augustin ThierryChapitre 133 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

titres, et saint Grégoire déplore cette détestable coutume de vendre et d'acheter les évêchés (1).

A travers ces obstacles, l'Eglise restait néanmoins fidèle à sa mission. Elle adoucissait les mœurs des Barbares, elle mettait un frein à leurs violences. Les rois mérovingiens subissaient en grondant, pour ainsi dire, les entraves qu'elle apportait à leurs passions, et les mauvais choix qu'ils pouvaient faire n'étaient pas si nombreux qu'ils ne rencontrassent de saints évêques pour leur rappeler les enseignements divins. Souvent même ces rois choisissaient des personnages, dont ils connaissaient la sainteté et dont ils avaient éprouvé le zèle. Le roi Thierry, sans se soucier des présents qu'on lui offrait, élevait au siège de Clermont saint Gall, qui, pour acqué- TÏr] l'épiscopat, n'eut rien à dépenser qu'un tiers de sou d'or donné au cuisinier qui prépara le repas du jour du sacre (2).

Ce même roi destina saint Nizier à l'évêché de Trêves, justement à cause de la liberté et de la vigueur du saint abbé i le réprimander denses fautes. Il envoya plusieurs grands de sa cour le chercher à son monastère pour l'amener à Trêves. La nuit étant venue, on dressa les tentes et on campa. Les chevaux furent misen liberté, et ils erraient autour du bivouac.

(1) S. Greg. De vitis PP. Viia S. Gall.

(2) S. Greg. De vUisPP.Tna S. Gall.

On était à l'époque où la terre est couverte de moissons. Nizier recommanda à ses compagnons de veiller sur leurs chevaux et de les écarter avec soin des moissons des pauvres. Comme on ne paraissait pas s'inq uiéter beaucoup de ses recommandations, le saint s'emporta et menaça.

— tt Quoi ! lui dit-on, vous n'êtes pas encore évêque, et vous parlez déjà d'excommunication ! »

— c( C'est le roi qui me tire de mon monastère pour me faire sacrer évêque, répondit Nizier; que la volonté de Dieu s'accomplisse sur moi! Sachez néanmoins que jamais la volonté du roi lui-même, lorsqu'elle sera mauvaise, ne s'exécutera sans que je ne m'efforce d'y mettre obstacle. »

Prévenu de la sorte et déjà instruit par sa propre expérience du zèle véhément de saint Nizier, le .roi n'en persévéra pas moins dans son désir d'élever ce saint homme sur le siège de Trêves. Les avis et les remontrances en découlèrent pour lui et pour son fils tout le temps que dura l'épiscopat de saint Nizier (1).

Quand on écrit l'histoire des temps mérovingiens, il semble qu'il ne faut pas négliger de tels détails : ils marquent le respect qu'au milieu de leurs désordres et de leurs violences les rois Francs professaient pour l'Eglise, et l'influence qu'elle avait conquise sur leurs âmes. Nous pourrions citer bien d'autres

(i) S. Greg. Devilh. PP.

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