‹ M. Augustin ThierryChapitre 134 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE Ilf · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE Ilf

exemples; nous avons parlé de la toute-puissance de Dagobert s'inclinant devant saint Amand, et cherchant à se concilier la bienveillance de l'homme de Dieu.

Quelque chose d'humain , quoi qu'on en dise, s'agitait donc chez ces Barbares, et la- conscience n'avait pas chez eux perdu tous ses droits. Le renom de vertu de saint Grégoire et la fermeté de son langage en imposaient aux colères deChilpéric et même aux fureurs de Frédégonde. Ce pouvoir, qui disposait des âmes, avait son influence au milieu des excès de la force matérielle : pour prouver la légitimité du respect qui les entourait, il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur le prix auquel les évêques l'avaient acquis. Nous en avons donné des exemples assez nombreux ; il suffit d'ouvrir la vie des saints de ces époques pour voir qu'ils ne luttaient pas seulement contre les désordres des rois et des grands. Il n'y avait pas un fléau du ciel ou de la terre qui ne trouvât un évêque ou un saint pour le combattre et pour l'adoucir. Les prières de saint Quintien éloignaient de Clermont et de sa banlieue les ravages de l'armée de Thierry (1). Celles de saint Gall en détournaient la peste. 11 n'y a peut-être pas en France une seule ville, un seul village qui ne puisse trouver dans ses souvenirs l'exemple de la protection efficace

(\) S. Greg. De vilis PP. Vila S. Quintiani.

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que lui a accordée autrefois un évêque, un prêtre, un reclus ou un moine.

Les pauvres et les faibles, de la sorte, trouvaient toujours leur soutien et leur consolation. En leur faveur, les évêques allaient quelquefois jusqu'à la menace. Nous avons vu saint Nizier défendre les moissons des pauvres gens. Hortensius, gouverneur de Clermont, avait injustement fait mettre un homme de bien en prison : l'évêque réclama en vain sa liberté {l). Cet évêque, saint Quintien, était déjà avancé en âge, ses infirmités l'empêchaient de marcher. S'étant fait transporter à la prison et s'étant assuré par lui-même que les ordres du gouverneur s'opposaient à la justice de sa demande, il se fît porter jusqu'à la maison d'Hortensius, et là secouant la poussière de ses chaussures :

— « Maudite soit cette maison, dit- il, et maudits soient ses habitants! Qu'elle devienne déserte et qu'il n'y ait personne pour l'habiter ! »

Tout le peuple répondit : « Amen. »

L'évêque, reprenant la parole, ajouta :

— « Seigneur, je vous demande que de cette race qui n'a pas écouté la prière d'un évêque, jamais personne ne soit élevé à Tépiscopat ! »

La justice de Dieu suivit la malédiction du vieillard. Uortensius vit bientôt tous ses serviteurs ma-

(1) S. Greg. De vitis. \il!i S. Quintiani.

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