XXII PRÉFACE
ces paroles pour y découvrir les interstices oii M. Renan voudrait glisser le venin de ses doucereuses et mélancoliques interprétations. Mais comme le démon est subtil, et qu'il est fort ! comme il sait se jouer des pauvres âmes dénuées de la vertu des sacrements! comme il les trompe et les leurre! C'est dans «sa conscience d'historien» que M. Thierry trouvait des raisons de résister à la grâce qui le poursuivait et le pressait.
11 ne connaissait l'Église que par les spéculalions de l'esprit : pouvait-il deviner la suavité et la légèreté de son joug ? Il croyait le respect de cette mère incompatible avec la liberté, et il tenait à lui faire honneur librement. Il estimait même qu'elle pouvait être intéressée à recevoir un hommage uniquement inspiré par « l'intérêt général de la vérité historique ; » et il supposait , sans se l'avouer peut-être, que l'intérêt catholique était une « vue particulière, d dont la vérité historique pouvait se désintéresser. C'est une commune folie des prétendus hbres- penseurs que la liberté n'existe pas au sein de l'Église, comme s'il pouvait y avoir un bien ou une joie sur la terre, dont Jésus-Christ n'ait fait son
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épouse la dispensatrice privilégiée au milieu des hommes.
M. le curé de Saint-Sulpice, esprit dogmatique, comme dit M. Renan, c'est-à-dire solide et nourri des clartés de la théologie, n'eût rien compris à ces scrupules précieux ni à ces vagues réserves, s'il n'eût été, par son charitable et fructueux ministère , initié depuis longtemps aux subterfuges des pécheurs et aux illusions que le démon peut susciter dans les âmes livrées à ses puissances.
M. Hamon ne pouvait faire beaucoup de cas des objections contre l'Eglise, tirées de l'histoire ; les témoignages humains ne s'évanouissent-ils pas en présence du témoignage divin ? Et les scrupules de l'esprit sont-ils à considérer devant le besoin des âmes? M. Thierry était en mauvais état; sa vie, depuis près de trente ans, semblait tenir du prodige ; la paralysie le gagnait tous les jours ; elle l'avait privé, l'un après l'autre, de l'usage de tous ses membres ; la suffocation l'étreignait à toute minute, son existence n'était qu'une agonie. M. Hamon ne pouvait pas ne pas presser ce pauvre malade. Mais M. Thierry était entiché de sa fantaisie ; ses livres devaient être corrigés