LIVRE
aux mains de ses ennemis : le saint roi priait pour son peuple, demandait que la colère de Dieu s'arrêtât devant sa pénitence, comme autrefois devant celle de Ninive ; mais il lui fut répondu que ce peuple ne se repentirait point, et que Dieu n'aurait pas pitié de lui(l).
Tous les historiens dépeignent cette nation avec les mêmes traits : le temps de sa gloire, de sa sainteté et de sa culture était passé. Les clercs et les prêtres ne s'occupaient que de vanité ; c'était une merveille d'en trouver parmi eux qui connussent les règles de la grammaire. Ils ne songeaient point à réciter des formules de prières ou à administrer les sacrements ^2). Ils poussaient l'oubli de leurs devoirs et leur cupidité jusqu'à ne pas donner le sacrement de baptême sans réclamer un salaire. Aussi s'en fallait-il de peu que ces populations ne retombassent dans le paganisme. Lorsque saint Vulstan, touché de compassion et ému de charité pour ces pauvres âmes, quitta son monastère et se mit à parcourir les campagnes de Worcester, la multitude se pressait autour de lui, lui amenant un grand nombre d'enfants et d'adultes qui n'avaient pas encore reçu les eaux de la régénération (3). Tout sentiment honnête disparaissait peu à peu du sein de ce peuple privé de com-
(1) Malmesb. De gest. reg. Lib. III.
(2) Id. Ibid.
(3) Angl. Sac, T. II. Vila S. Vulslani.
munication aTec la vérité. Les infamies et les cruautés reprochées à Goduin étaient passées dans les mœurs. Journellement des troupes de jeunes gens étaient ramassées de toutes les parties de l'Angleterre et embarquées pour être Tendues sur les rivages étrangers. L'historien de saint Yulstan raconte les efforts et les travaux du saint évêque pour faire re noncer à cet odieux trafic les habitants d'un des ports de son diocèse : celte coutume était si enracinée que la crainte de Dieu et la toute-puissance du roi Guillaume purent à peine en triompher (1). On voyait là un droit national.
La vie des grands et des riches s'écoulait dans la débauche la plus grossière : ils employaient des journées et des nuits entières à boire, et nous ne pouvons consentir à traduire les expressions dont se servent les historiens pour signaler leurs désordres (2). Sous l'influence et la protection de cette église, que j\I. Thierry célèbre, et qui ne voulait rendre au Pape que le devoir fraternel dû à tous les chrétiens, les sentiments les plus saints de la nature disparaissaient presque entièrement. L'adultère et l'inceste étaient regardés comme peu de chose, la promiscuité n'était
(1) Angl. sac. Tom. li. VitaS. Vulsiani.
(2) a Gulfe et Veneri dedili, ia cibis urgentes crapulam, in poiibus irriianlcs vomicam. » G. Malrç. De gesl. reg. Lib, m.