‹ M. Augustin ThierryChapitre 157 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

rien (1). Le sentiment paternel s'effaçait : les pauvres livraient leurs fils ou leurs filles à ces trafiquants dont nous avons parlé ; et les grands ne rougissaient pas, après avoir abusé de leurs servantes, de les vendre elles et le fruit de leurs entrailles, ou d'en disposer pour une prostitution publique (2). Comment parler des crinosi? Tant de scandales ne pou- Taient rester impunis! Saint Yulstan prédisait à Harold les désastres qui tomberaient sur lui et sur TAnglelerre s'il ne réprimait toutes ces turpitudes. Quand même les droits de Guillaume auraient été moins certains et les prétentions d'Harold mieux fondées, faudrait-il trouver étonnant que le Pape eût voulu repousser la puissance destinée à perpétuer dans la Grande-Bretagne un état de choses aussi odieux ?

Aucune force intérieure ne pouvait y ranimer la vie. Les évêchés étaient en proie aux ambitions les plus grossières. Le roi et les grands en disposaient à leur gré. M. Thierry insiste beaucoup sur le vieux droit saxon qu'avaient les moines et les clercs de choisir leurs prélats (3). Il méconnaît encore, pour vanter cette ancienne discipline, le témoignage

(1) « Adulierium, incestum pro modico, vagum vero concubitum el illegitimum pro nihilo reputabant. «Girald. Catnbriensis. Vil. Remigii, épis. Lincoln. Angl. Saec. T. II.

(2) Vita Remigii — G. Malm. De G. R. Liv. III.

(3) Hist.delacomj.Tom.n.-p. Mi 12« éd. T. IL p. 120.

d'Ingulf : il y avait déjà longtemps, dit cet historien, qu'on ne voyait plus en Anpjleterre d'élections libres et canoniques d'évêques ni d'abbés; toutes les dignités étaient conférées par la cour et selon le bon plaisir du roi (1).

Cette remarque est confirmée par les faits : ils montrent les rois et les grands disposant à peu près à leur gré de toutes les prélatures. Ce n'était pas des apôtres qu'ils y instituaient. Ces évêques, de mœurs assez semblables à celles de leurs patrons, se souciaient peu des droits et des disciplines de l'Eglise. Onnevoyaitpluslessaintesréunionsdesconciles(2),et il n'apparaissait plus aucune sorte de vigueur ecclésiastique. Tout allait au gré du plus fort. Les comtes et les ducs ne se faisaient point scrupule de reprendre les donations que leurs ancêtres avaient faites' aux moines. Le saint roi Edouard recueillit dans son palais une troupe de ces malheureux expulsés par toutes sortes de chicanes du monastère de Sainte- Pége. Il leur ouvrit ensuite le monastère de Croyland, dont il donna le gouvernement à leur abbé Vulfeketel dont ils n'avaient point abjuré l'autorité. Les moines de Croyland accueillirent avec charité ces

(1) « A multis annis relroaclis, nulla eleclio priBlatorum erat more libéra ei canonica, sed omnes dignilales lam episcoporum quam abbatum, perbaculum etannulum, régis curia pro suâ complacentiâ conferebat. » Ingulf, Croyl., p. 906.

(2) Vita S. Lanf ranci.

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