‹ M. Augustin ThierryChapitre 173 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

« Je n'ai pas besoin de rappeler tant d'autres occa- « sions où selon les temps et les circonstances j'ai pu u vous être utile à vous et à vos prédécesseurs. Je « ne dis pas ceci pour me vanter et pour récriminer; c( en rappelant les services de mon obéissance passée, <. je ne désire pas non plus m'altirer désormais un « plus grand crédit : tout ce que je désire, tout le w but de cette lettre est de vous faire voir les justes u et légitimes raisons que j'ai d'obtenir la grâce que, « par l'inspiration du Christ^ je réclame de Yolre « Munificence.

« Si, en considération de l'utilité des autres, vous »' pensiez à refuser ma demande, prenez bien garde, « Saint Père, et craignez d'être en péril de pécbé « (ce que je prie Dieu d'éloigner à jamais de vos « actions), prenez garde de vous mettre en péril de « péché, là même où vous croiriez vous acquérir «« quelque mérite devant Dieu. Car il ne se fait en « ce pays, par moi ou à mon occasion, aucune espèce « de bien sur les âmes : ou s'il y eu a, il est si chétif « qu'il se saurait être mis en comparaison avec les « dommages que je souffre (1). »

Voilà les supplications que ce prélat ambitieux, au dire de M. Thierry, adressait au Pape. 11 gardait ses sentiments de vénération et de respect pour le saint homme llerluin ; lorsque le bon abbé du Bec

(1) Lanfranci op. Episi.

vint à Cantorbéry, l'archevêque, le primat de toute l'Angleterre était en sa présence humble et soumis comme le plus simple des moines. Au chœur et partout, il lui donna la première place ; il le servit à la messe ; et lorsqu'il recevait quelque chose de lui, il s'inclinait et lui baisait la main. Tout le monde, les Anglais surtout, s'étonnaient de ces marques de soumission et de respect prodiguées à un siniple abbé par un si puissant prélat. Mais l'humilité et la douceur de Lanfranc éclatèrent encore davantage dans la visite qu'il fit au Bec en 1077. Aussitôt que du haut de la colline, qui domine le monastère, il eut reconnu les bâtiments de l'abbaye, il ôta son anneau, signe de sa dignité pastorale, et tant qu'il demeura au couvent il ne voulut le porter que pour célébrer la messe. En abordant Ilerluin, l'archevêque se fût agenouillé et prosterné si l'abbé ne l'eût retenu. Après avoir embrassé tous les frères, le primat s'assit au milieu d'eux dans le cloître : les jeunes, les vieux, les enfants même l'entouraient : il parlait à tous, et il sut adresser à chacun des paroles douces et salutaires. Il refusa toute distinction et s'appliqua à rester confondu avec les frères. A table, il voulut que ceux qui étaient assis à sa droite et à sa gauche mangeassent avec lui à la même écuelle et bussent au même gobelet. A l'église, il refusa la chaire épiscopale qu'on lui avait préparée ; il s'assit dans la stalle du prieur (qui était alors saint Anselme), di-

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