‹ M. Augustin ThierryChapitre 172 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

nèrent de se soumettre. Il entra alors dans une tristesse et une douleur si profondes qu'on crut un instant qu'il allait absolument se refuser à obéir^ H invoqua la faiblesse de ses forces, son indignité et son ignorance de la langue et des mœurs saxonnes. Voyant toutes ses excuses inutiles, il demanda au moins quelque délai pour se décider. Le roi était pressant, par ses ordres la reine Mathilde et son fils unirent leurs instances auprès de Lanfranc. Le bienheureux Herluin lui-même crut devoir lui commander de ne pas se soustraire à la volonté de Dieu et au choix de la sainte Eglise. Lanfranc ne voulait pas se rendre encore. Le fardeau épiscopal lui paraissait si effrayant qu'il désira faire une tentative auprès de Guillaume. Il alla en Angleterre supplier le roi de ne pas l'arracher à sa vie, à ses livres, à ses études, à ses prières surtout et à toutes les observances monastiques qu'il savait bien devoir être incompatibles avec les travaux de l'épiscopat. Guillaume l'accueillit avec joie, honneur et respect ; et il répondit à ses sollicitations en lui envoyant les dignitaires de l'église de Cantorbéry et les évêques d'Angleterre qui le saluèrent comme leur archevêque et leur primat. 11 fallut bien céder à cette volonté de Dieu exprimée si unanimement; mais au milieu des honneurs et de l'éclat de son siège primatial^ Lanfranc regretta toujours la vie monastique. Les inquiétudes elles peines de l'épiscopat, les vices des Saxons et

les violences des Normands ajoutaient à ses chagrins. Il supplia le pape Alexandre de le laisser libre de retourner au Bec. Il lui écrivait : « Je ne saurais à « qui expliquer mes calamités mieux qu'à vous, « Mon Père, qui en êtes la cause : j'ai obéi à vos « ordres, je suis venu ici, et j'ai travaillé ; mais j'ai « à supporter chaque jour tant de chagrins et d'ace mertumes, tant de faiblesse de cœur pour toute « espèce de biens; j'entends, je vois, je reconnais « à chaque instant chez les autres tant de troubles, « de tribulations, de dommages, d'endurcissements, « de cupidités et de hontes, une si grande ruine « enfin de la sainte Eglise que je suis dégoûté de la « vie; je pleure d'avoir vécu jusqu'à ce moment. ((. Cependant si le présent nous offre bien des mice sères, l'avenir en annonce de pires encore. '^^? « Je prie Votre Grandeur, je la supplie au nom c( de Dieu et pour le salut de votre âme, de me délice vrer du lien que m'a imposé votre seule puissance, ce à laquelle il n'est pas permis de résister. Rendez- « moi la liberté de retourner à la vie monastique c< que j'aime uniquement; ne rejetez pas ma dece mande... Souvenez-vous avec quelle bienveillance, « dans les monastères oii j'ai autrefois résidé, j'ai ce accueilli vos parents et tous ceux qui m'appor- « talent de vos lettres. Rappelez-vous avec quel c< soin je me suis appliqué, suivant mon pouvoir, à ee les instruire dans les sciences sacrées et profanes.

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