LIVRE III
amour pour l'Eglise romaine. Les avis de saint Grégoire et les ordres formels, qui les suivirent, furent sans résultats. Lan franc s'était déjà excusé auprès d'Alexandre II (1) de ne pouvoir se rendre à Rome, malgré l'invitation expresse que le pape lui avait faite d'y venir passer trois mois dans son palais. Les raisons qui s'opposaient à la réalisation de ce désir auquel il eût accédé si volontiers, disait-il, ne pouvaient s'exprimer par lettres. La vérité était que Guillaume refusait de laisser les évêques se rendre auprès du Pape. Il leur défendait même de correspondre directement avec lui, et voulait voir toutes les lettres venues do Rome (2). Il ne paraît pas que les évêques se soient soumis à ces prétentions. Le . langage que Lanfranc tenait sur le roi et Tétat de l'Angleterre ne permet pas de croire que Guillaume ait toujours été en tiers dans la correspondance.
A mesure que la conquête s'affermissait et que ses luttes tournaient à l'avantage des Normands, Guillaume devenait plus despotique et plus jaloux de son autorité. Avant son entreprise, il avait promis, conformément aux anciens usages des rois saxons, de tenir son royaume de Dieu et du Pape. Mais lors-
(1) Lanf., epist. I.
(2) tlN'on ergo pâli volebat quemquam ia omni dominatione poniificem... ejus (aposlolici) liueras si primilus sibi ostensse non fuissent, ulio pacio recipere. » Eadm. Hist. nov. Lib. I.
que saint Grégoire en réclama l'hommage en même temps que le denier de saint Pierre, le Conquérant consentit bien à payer le denier ; mais refusa de rendre l'hommage. Dom Luc d'Achery a marqué le peu de fondement de ce refus de Guillaume; on peut l'attribuer à l'enivrement du succès, à l'impatience de tout frein qui l'accompagne, et surtout aux suggestions des hommes toujours nombreux dans les conseils royaux, jaloux de l'influence de l'Eglise et intéressés à la combattre. Lanfranc, en celte circonstance, n'aurait donc pas résisté assez énergiquement à la volonté royale. Si les liens qui l'attachaient à l'Eglise romaine, n'en furent pas relâchés, au moins les relations qui avaient été si fréquentes et si pleines d'abandon entre lui et le Pape Alexandre, ne gardèrent plus le même caractère vis-à-vis du Pape saint Grégoire YIl. Rien n'est rompu cependant, rien n'est affaibli peut-être, et lorsque les suppôts de l'antipape Clément veulent essayer des démarches auprès du roi Guillaume et s'efforcent d'attirer Lanfranc à eux et au parti de l'empereur Henri IV, l'archevêque repousse leur prétention et blâme leur langage irrespectueux. « Beaucoup de choses me déplaisent « dans votre lettre, écrit-il au cardinal Hugues Le- K blanc, je n'approuve pas que vous outragiez le « pape Grégoire, que vous l'appeliez Hildebrand, « que vous insultiez ses légats (1) » : il dissuadait
(1) Lanf., epist. 59.