LIVRE II
ensuite le légat schismatique de se rendre auprès du roi. Toutefois, le primat d'Angleterre ne mit pas à blâmer l'entreprise de l'empereur l'énergie qu'on pouvait attendre de lui. Henri IV avait suscité le schisme à trois reprises différentes; il avait pris les armes et il avait marché contre saint Grégoire VII ; il l'avait assiégé dans Rome et l'en avait chassé ; Lanfranc se contente d'écrire : « Je pense que l'empec( reur a eu de puissantes raisons pour entreprendre « une si'grosse affaire, et qu'il n'a pu remporter « une si grande victoire sans un grand secours de « Dieu. Mais je n'approuve pas que vous veniez en « Angleterre, avant d'en avoir reçu la permission « du roi ; notre île n'a pas encore rejeté Grégoire, « et elle n'a pas décidé à quel Pape elle obéirait (1). » 11 ne faut pas croire, d'après ces paroles, que Lanfranc attendît une décision pour savoir s'il devait rejeter ou garder l'obéissance du pape saint Grégoire. Il est permis de supposer, malgré les réserves de son langage, que l'entreprise de Henri lui faisait horreur et que le succès lui en paraissait une malédiction plutôt qu'une bénédiction ; néanmoins cette discrétion excessive et cette considération de la puissance temporelle marquent la justesse des paroles de saint Grégoire, lorsqu'il souhaitait à Lanfranc plus d'amour pour sa mère l'Eglise romaine.
(1) Epist. 39.
Le caractère de Guillaume réclamait, il est vrai de grands ménagements ; les exigences et les \io lences croissantes du monarque n'auraient pas dû cependant empêcher Lanfranc, au temps de saint Grégoire comme h celui dA'lexandre, de soumettre sa prudence aux désirs du s^aint Père. Le bien qu'il espérait que sa condescendance pourrait faire auprès du roi, n'était pas à comparer au bien suprême, qui est toujours l'union filiale et cordiale avec Piome.
Cette manière de refroidissement envers la cour romaine exigée parla politique de Guillaume fut une cause des malheurs qui affligèrent plus tard l'Eglise d'Angleterre, Les condescendances de Lanfranc furent souvent opposées à la résistance de saint An- ^ selme ; les partisans du roi Henry prétendaient ne' demander que la continuation des coutumes observées par Lanfranc. Leges Lanfranci, disait-on, voulant comme toujours pour justifier des prétentions exorbitantes, s'appuyer sur certaines faiblesses, que des circonstances particulières peuvent parfois imposer à des hommes illustres. C'est le malheur des hommes, comme Bossuet ou Lanfranc, qui veulent substituer les prévisions de leur prudence aux inspirations du saint Siège, de paraître couvrir de l'autorité de leurs noms les ennemis les plus irréconciliables de l'Eglise. C'est aussi le péril de la faveur des grands rois d'entraîner à des ménagements excessifs les prélats qui la possèdent. On se laisse aller