‹ M. Augustin ThierryChapitre 184 sur 206 · LIVRE III. 32o · texte numérisé non relu

LIVRE III. 32o

l'historien se garde de désigner autrement. Les richesses y étaient abondantes et les moines nom* breux.^Mais pendant la procession, sans aucun souci de la dignité des offices, ces moines saluaient les laïques et riaient indécemment avec eux ; ils se pavanaient sous les beaux ornements de fête dont ils étaient revêtus, et les faisaient admirer : ils se poussaient, voulant se précéder les uns les autres, et mi d'entre eux donna même à un de ses compagnons un si furieux coup de poing qu'il le fît tomber. L'historien, qui avait été disciple de saint Anselme, a raison d'ajouter que les mœurs de la Normandie étaient alors fort barbares (1). De pareils traits étaient pour décourager Herluin et lui faire désespérer de trouver jamais les conseils et les exemples dont il avait besoin. La nuit donc, après l'office de matines, il resta dans l'église, offrant à Dieu ses faiblesses et comme noyé dans l'amertume de son cœur ; il vit un moine venir se mettre en prières devant l'autel : tantôt prosterné et tantôt à genoux, ce bon moine persévéra jusqu'au jour dans les larmes et la méditation. Cette vue réjouit et raffermit le cœur d'Herluin. Elle l'encouragea à persévérer dans son dessein en lui prouvant que, malgré les désordres et la grossièreté dont il se scandalisait, d'ardentes et constantes prières s'élevaient encore vers Dieu. Ce moine

(I) Vita S. Herluini.

passant la nuit en prières au milieu d'une maison si peu réglée, peut aussi paraître comme un représentant fidèle de l'époque à laquelle il appartenait. J'imagine même que le moine et le couvent sont une image exacte de ce que renfermaient tous les cœurs de ce temps. Au milieu des passions, des convoitises et des brutalités de toutes sortes, il y avait toujours dans un des replis de l'âme, comme le moine en prières, quelque pensée tournée vers Dieu, et dans certaines occasions quelque cri élevé vers sa Providence. C'est ce sentiment que Guillaume sentait se remuer et se réveiller au-dedans de lui-même à l'approche du bienheureux Lanfranc et de saint Anselme.

§ VIL De la conduite de Guillaume et de Lanfranc à l'égard des moines et prélats saxons.

Le respect que le Conquérant témoignait à l'Eglise dans la personne de ces deux docteurs, il le lui témoignait encore quand elle était représentée par des Anglo-Saxons. Malgré la haine et le mépris que M. Thierry assure que Guillaume avait pour cette nation, l'histoire le montre, en effet, aux genoux de l'archevêque d'Yorck, le Saxon Eldred ; il y implorait humblement son pardon, se justifiant des violences commises contre l'Eglise d'Yorck et promettant de faire justice des Normands, auteurs de ces

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