LIVRE III
les obligations de l'autorité temporelle vis-à-vis la spirituelle.
Les hommes. ont ainsi leurs contradictions; les effacer peut être une opération de logique; ce n'est pas une œuvre d'histoire. Il faut accepter les choses telles qu'elles sont : il faut voir Guillaume-le-Conquérant refusant aux évêques d'Angleterre la liberté de leurs relations avec Rome, et leur conférant « le pouvoir exorbitant» de se juger eux-mêmes et de contraindre l'autorité royale à faire exécuter leurs jugements. 11 faut reconnaître, avec le chroniqueur saxon, qu'il ne s'arrêta pas devant la majesté épiscopale, qu'il mit des prélats en prison, qu'il en chassa de leurs sièges; mais il faut le voir en même temps respectueux pour Lanfranc et pour saint Anselme, réprimant et contenant à leur approche ses accès de fureur, se montrant enfin toujours doux et empressé auprès de ces hommes brillants des sciences divines et humaines (1).
Cette sensibilité et ce respect de Guillaume pour la vertu sont des traits de caractère, que M. Thierry se garde de mettre en relief.
Les philosophes ne connaissent rien du cœur de l'homme ni du travail de Dieu à travers les passions. Us ne conçoivent pas la foi subsistant au milieu de l'emportement des frénésies humaines; ils ne peu-
(1) Eadm. Hist. nov.,]). 33.
vent pas comprendre ces retours d'une âme débordée, entraînée à chaque instant dans le mal, et cependant fidèle par la volonté au dessein de ne point se séparer de Dieu et d'observer sa loi. Aussi ne croientils pas aux hommages rendus à la sainteté par les pécheurs. Cela leur paraît illogique et peu rationnel. Les hommes, qui ont essayé de modérer leur vie selon la loi divine, s'expliquent mieux les choses. Les mouvements de leur cœur leur donnent des lumières que les philosophes n'ont pas; les passions peuvent être bruyantes et forcenées, pour ainsi dire, comme aux temps de barbarie, ou raffinées et contenues comme aux époques de civilisation, l'histoire est néanmoins toujours la même. Cette histoire est celle des hommes aussi bien que des peuples. On en trouve les faits épars dans les livres. La pratique des préceptes chrétiens en donne seule l'explication et en fait voir l'ensemble.
Lorsque le bienheureux Herluin, dont nous parlions tout à l'heure, sans conseil et sans guide, s'agitait dans les inquiétudes et les angoisses de son esprit, cherchant les moyens de mener une vie mortifiée et chrétienne, il visitait les divers monastères de son pays; mais au miheu de la grossièreté et de la licence des mœurs, il ne trouvait le plus souvent que des exemples de scandales. Il ne se rebutait pas et persévérait dans ses recherches et ses visites. Un jour de Noël, il alla à un monastère de grand renom que