LIVRE m. 33V
fîseut ainsi aux esprits philosophiques pour expliquer les déterminations les plus contradictoires, et les décisions politiques les plus importantes. Des changements aussi subits ne seraient-ils pas aussi mer- "veilleux que les miracles, auxquels on refuse de croire? Sans vouloir forcer personne à admettre la réalité du miracle, que les anciens historiens attribuent en celte circonstance au saint évéque de ^Yorcester, nous y voyons un motif du changement de Guillaume beaucoup plus raisonnable que le geste et l'air dont se satisfait M. Thierry, tout en se taisant d'ailleurs sur les soumissions que le roi et l'archevêque firent à saint Vulstan, lorsqu'ils eurent de la sorte reconnu sa sainteté : ils s'agenouillèrent devant lui, lui demandant sa bénédiction et l'assurant qu'ils ne voulaient en rien attenter à ses droits.
Ce silence de l'historien, toutes les fois qu'il s'agit des soumissions de Guillaume envers l'Eglise, contribue à établir indirectement et à confirmer ce qui a été dit : « que la mission deLanfranc, en Angleterre, « sa mission spéciale et avouée, fut de faire servir la i< religion à l'asservissement du peuple anglais (1). » La responsabilité de cette mission remonte à l'Eglise romaine : en montrant le roi sans raison et sans scrupule dans ses actes, en passant sous silence les retours à la justice et à l'humilité, que les historiens
(I) T. II, p. 136. — Voir plus haut, p. 284 de ce volume.
racontent de cet homme bouffi d'orgueil, on attaque subtilement et avec force cette sainte Eglise. C'est un point, à ce qu'il paraît, où les philosophes trouvent une certaine délectation dont ils sont avides. On outrage encore l'Eglise romaine en faisant voir son représentant en Angleterre , le primat de Cantorbéry, soumis à tous les caprices de la royauté, sans souci du juste ni de l'injuste comme un simple et docile instrument de tyrannie aux mains de Guillaume. iVous n'avons pas dissimulé les reproches que saint Grégoire YII adressait à Lanfranc : mais les faits que M. Thierry lui attribue ont une autre portée. Un peu d'indépendance à l'égard du Saint-Siège ne déplaît pas d'ailleurs à notre auteur : si Lanfranc en eût marqué davantage, il n'eût sans doute pas été en butte à cette savante et astucieuse diatribe.
Après ses premières victoires, Guillaume remplaça en Angleterre un certain nombre de prélats condamnés et destitués par les conciles. Sans aucun doute, la politique n'était pas étrangère à la part que prit le Conquérant à ces décisions, mais elles étaient d'ailleurs suffisamment motivées par le déplorable état de l'Eglise d'Angleterre. M. Thierry, qui approuve et trouve légitime l'expulsion violente de Piobert de Jumiéges chassé de l'archevêché de Cantorbéry par Stigand etlafamille d'Harold, n'admet pas que le souci de la discipline ecclésiastique, le bien des âmes et le soin des bonnes mœurs aient pu être la cause de la