‹ M. Augustin ThierryChapitre 193 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sacré seulement évoque en 1088, après la mort de Guillaume le Conquérant, aune époque où Lanfranc, sans crédit désormais à la cour, voyait réalisées les craintes dont il avait naguère entretenu le pape Alexandre et ses amis. Ce qu'il y a de curieux dans ce procédé de M. Thierry, c'est qu'il puise le détail des violences, dont il fait remonter la responsabilité à Lanfranc, dans une lettre que Lanfranc écrivait pour les réprimer. L'archevêque, employant en effet, toute son autorité pour arrêter les méfaits -de Robert, lui écrivait : « Il y a peu de jours que je « vous ai adressé une lettre que vous avez à peine « daigné recevoir : à ce qu'on m'apprend vous l'avez « rejetée avec colère et sans l'avoir lue. Je vous en « écris donc une seconde, vous mandant et vous or- « donnant, tant en mon nom qu'en celui du roi, « d'avoir à vous abstenir désormais de toutes vio- « lences contre le monastère de Coventry. Il faut « aussi sans délai restituer tout ce que vous avez (• enlevé du monastère et de ses biens. L'abbé et ses (c moines se sont plaints à moi que vous vous étiez « introduit de force dans leur dortoir : vous avez « brisé leurs coffres, vous avez pris leurs chevaux « et leurs biens. Vous avez même abattu leurs mai- « sons et vous en avez fait porter les matériaux dans « vos métairies. Vous êles resté avec toute votre « suite huit jours dans l'intérieur du monastère, « consommant les biens des moines. Tout cela n'est

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« point de votre charge ni de votre puissance : il « vaudrait beaucoup mieux vous occuper des âmes <( avec un soin pastoral, et vous appliquer à donner <( (îans vos discours et dans vos actions les salu- « taires exemples des bonnes mœurs et des saintes « œuvres (1). »

Ce Robert de Chester fut plus tard un des évêques qui prêtèrent au roi Henry leur concours contre saint Anselme. On voit comme nous avions raison de 'dire que M. Thierry sait réunir les faits; il sait aussi les diviser, afin de les multiplier. Orderic Yital raconte que les laïques disposaient à leur gré des évêchés, des abbayes et des autres charges ecclésiastiques (2); M. Thierry, qui voit les évêchés employés de la sorte à payer les dettes de la conquête, nomme « un certain Remy, natif de Fécamp, qui

(1) Lanfr., epistol. XXIX, Roberto Ceslrensi episcopo.

(2) « Dabantur a laïcis^ pro famulatu episcopatus et abbaliœ,ecclesiarum prœpositurce ,archidiaconatus et decaniœ» (Order. Vital). M. Thierry fp. 141) supprime la préposition a et suppose que les églises étaient données aux laïques. Sans le nommer toutefois, l'historien rend encore complice et agent de ces désordres Lanfranc qui réunissait tous les pouvoirs et avait toutes les églises sous son joug (p. 142). Dans ce tableau de l'état de l'Église d'Angleterre, notre historien s'appuie de l'autorité du cinquième livre de Guil. de Mal mesbury, De geslis "pontificum. Ce cinquième livre est sans doute un frère du fameux chapitre d'Aristote sur les chapeaux. Le De gestis ponii^cum n'a que quatre livres, dans les éditions venues à notre connaissance.

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