LIVRE III
bliquement femme et enfants. Cité par les légats du Pape, à cause de son incontinence et d'autres désordres qu'on lui reprochait, il avait refusé de se rendre au concile. Il y avait été excommunié, et le roi avait été invité à lui donner un successeur. Mais aux fêtes de Pâques suivantes, cet évêque se rendit à la cour du roi et, en présence des prélats et des laïques, sans vouloir entrer dans la discussion des faits qui lui étaient reprochés, il se démit de son évêché; de son plein gré, il s'engagea par serment à n'y plus prétendre désormais et à ne point inquiéter son successeur ; ensuite il se relira, comme dilLanfranc, au monastère oii il avait été élevé. « Je suis tellement « novice en Angleterre , ajoutait le primat, et si peu « au courant des affaires de ce pays que je n'ai pas « encore osé consacrer ni permettre de consacrer un « no.uvel évêque dans cette occasion. J'attendrai <( votre ordre qui me dictera ce qu'il convient de « faire dans une circonslance aussi délicate. Je prie M seulement Yolre Paternité de ne point différer « à me la transmettre, car il y a longtemps que cette « malheureuse église est dépourvue de pasteur (1). »
Il ne faut plus s'extasier sur le talent de M. Thier* ry à interpréter.
11 sait encore, en réunissant quelques faits, leur donner une certaine couleur. Après avoir raconté
(1) Lanfranc, epist. II, p. 301.
Félection de Lanfranc au siège de Cantorbéry et l'issue des prétentions de l'archevêque d'Yorck, l'historien ajoute : « Toutes les églises tombèrent sous « son joug ; il y mit des Normands, des Français, « des Lorrains (1). » Ilénumère ensuite les méfaits de tous ces évêques qu'il représente comme élus par Lanfranc : il cite « Robert de Limoges, évêque « de Litchfield, qui pilla le monastère de Coventry: « il prit les chevaux et les meubles des religieux qui « l'habitaient, ouvrit par effraction leurs cassettes et « finit par faire abattre leur maison pour bâtir avec « les matériaux un palais épiscopal (2).)) A en croire M. Thierry et à considérer la place qu'il donne à ce récit, on penserait que Robert avait été désigné par Lanfranc au choix du roi ; on penserait même que toutes les violences que l'historien énumère se firent sinon avec le concours, du moins avec le consentement de l'archevêque, « qui exerçait tous les « droits et tenait toutes les églises sous son joug.» Or, ce Robert — que M. Thierry appelle de Limoges et que VAnglia sacra nomme de Limsy, qui était évêque de Chester et non pas de Litchfield (3) — fut
(1) Hist. de la conq. Tom. II, p. -140. Nouvelle édition, Tom. Il, p. 124.
(2) Hist. de la conq. d'Angl.., t. II, p. 1 il. Nouvelle édit-, T. II, p. 125.
(3) Lanfranc, p. 315, épist. XXIX. Robert de Limsy transféra son siège épiscopal de Chester à Coventry. Son prédécesseur Pierre l'avait transféré de Litchfield à Chester.