‹ M. Augustin ThierryChapitre 195 sur 206 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

la meilleure réforme et la plus simple était l'expulsion de ces moines scandaleux et leur remplacement par des chanoines. L'instigateur de cette mesure était Yauquelin, évêque de Winchester : c'était un bon évêque, disent les historiens; mais il suivait en ce point de mauvaises inspirations (1). Il avait amené le roi Guillaume à approuver son dessein, et il n'avait plus besoin que de l'assentiment de Lanfranc ; celui-ci eut horreur d'un pareil projet (2). Ses goûts et toutes ses prédilections monastiques s'unirent au respect de l'ancienne tradition de l'église d'Angleterre, et, disent encore les historiens avec emphase, toutes ces machinations complotées parles puissants de la terre, tombèrent devant un seul de ses regards comme des trames d'araignée (3). C'étaient les puissants barons qui sollicitaient les évêques et poussaient le roi à agir contre les moines, dont ils convoitaient les richesses. Pour garantir les monastères de nouvelles entreprises, Lanfranc porta l'affaire devant le Pape, et obtint d'Alexandre la confirmation de l'ancienne discipline (4). En présence de ces faits, on peut se demander oii M. Thierry a puisé l'assertion

(1) Angl. Sac. Rudborne, p. 255.

(2) «Audiium facinus exhorruit. » Atigl. Sac. RudborDe. Ibid. Eadmer.

(3) « Tôt potentum excogitaïas machinas ut casses aranearumsolo iniuiiu dissolvit. » Angl. Sac. Rudborne. Ibid.

{■\) Angl. sac, p. 320.

que « les prélats venus d'outre-mer avaient chassé « les moines vivant sur les domaines des églises épisce copales. )> Eadmer, qui raconte aussi le recours de Lanfranc, en cette circonstance, à la chaire de saint Pierre, dit qu'il s'adressa au Pape, par crainte de la décision du roi (1). L'archevêque résistait donc aux volontés de Guillaume, quand il croyait l'opposition nécessaire ou possible. Il ne résista pas seulement en faveur des moines ; les Saxons avaient aussi part à sa i sollicitude ; il s'opposait aux entreprises de leurs i ennemis. Un Saxon riche et puissant, que nous avons déjà nommé, le comte Wallhéof avait été accusé de trahison : on enviait ses biens, on voulait sa mort. On obtint du roi un arrêt contre lui. Lanfranc protesta contre celte iniquité. Le vénérable archevêque, dit un historien contemporain, ne cessa d'affirmer et de répéter que Wallhéof était innocent de toute faction et de tout complot, et que s'il mourait il mourrait martyr (2). Lanfranc était le confesseur de Walthéof : ainsi les Saxons n'ont pas été les premiers à décorer ce personnage du nom de martyr, et ce titre glorieux n'eut rien de national , malgré les affirmations de M. Thierry.

(1) Hist. nov.

(2) « Licet cum verierabilis archiepiscopus Lanfrancus, confessor suus,toiius facUonis et conjuraiioniseum assereret penilus immunem, ei, si morereiur in causa, fulurum pro innocentia martyrem. » Ingulf. CroyI. 903.

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