‹ M. Augustin ThierryChapitre 196 sur 206 · LIVRE m. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE m. 3i

Après la mort du Conquérant, Lanfranc ne consenlit à sacrer son fils qu'après avoir obtenu de lui un serment solennel de défendre la paix, la liberté el la sécurité des églises, et de faire régner dans tout le royaume la justice, la miséricorde et la tranquillité. Les Saxons étaient compris dans ce serment. Mais le roi Roux ne se mit pas en peine de le tenir :

— « Est-ce qu'on accomplit toutes ses promesses, disait il à Lanfranc, qui lui rappelait ses engagements?»

L'archevêque fut assez pressant néanmoins pour embarrasser le roi, qui ne pouvait plus supporter la présence ni les regards du primat.

En même temps qu'il cherchait à protéger leur faiblesse, Lanfranc luttait contre les vices des Saxons, il le faisait avec prudence et discrétion. Les historiens ont rapporté la manière dont il en usa envers les moines de Canlorbéry, dont nous rappelions tout à l'heure la façon de vivre. Il ne les épouvanta pas tout d'abord par une trop grande austérité. Il était expert dans le grand art de la direction des âmes; il savait quelle est la force de l'habitude et combien une sévérité trop subite exaspère les esprits les plus dociles. Aussi prit-il toutes sortes de ménagements; il usa d'abord d'avertissements charitables, éclairant peu à peu ces âmes sur leurs mauvaises coutumes, et les leur faisant quitter l'une après l'autre ; il les exerçait ainsi graduellement à la pratique de la vertu, et les débarrassait insensiblem^it

de la rouille de leurs vices : il extirpait les racines du mai et jetait les semences du bien ; il ne cessa de travailler de la sorte jusqu'à ce qu'il les ait amenés à une pratique exacte de la discipline (1). Toute la tendresse de son àme était répandue sur les moines : il est inutile de rappeler ceux du Bec, où il avait formé des amitiés si tendres; il n'est pas nécessaire de parler d'Anselme, ni d'Herluin, non plus quedesontrès- « cher Gondulfe, » à qui a son très-cher Lanfranc « souhaitaitl'heureuse persévérance de l'amitié com- « raencée entre eux (2). » Au milieu des sollicitudes de son cœur et de la perplexité des grandes affaires qui reposaient sur lui, il n'oubliait pas la direction des âmes qui lui avaient été une fois adressées : il se préoccupait de la vocation des jeunes gens, que la Providence lui avait fait conraître : il en recommandait un à saint Anselme et le priait de ne pas laisser ce jeune homme livré à lui-même ; « car, écrivait-il « au prieur du Bec, il est arrivé à l'âge oii ceux qui « veulent se donner à Dieu sont agités de grandes c( tentations, où ils ont à supporter toutes sortes de u suggestions de l'esprit malin, où ils souffrent in- « térieurement et extérieurement des sollicitations « de la chair: il faut que vous le fassiez souvent jouir

(1) Malmesb. De Geslis pontif., lib. I.

(2) « Dileciissimo suo Gondulfo dileciissimus suus Lanfrancus dileclionis cœplse felicem perseveranliam. » Lanf. Op. Ep. XLV.

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