‹ M. Augustin ThierryChapitre 198 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

bases du récit et laisser aux personnages la position que l'historien indique pour chacun d'eux. Mais l'accord des moines saxons avec le t oi normand contre Tarchevèque, ne convient point à M. Thierry. On en pourrait conclure qu'il n'était point en cette affaire question de nationalité, mais uniquement de discipline ecclésiastique et de scandale. De tout temps, les scandaleux dans l'Eglise ont cherché leur appui auprès du pouvoir temporel. Sans se soucier de l'autorité qu'il invoque, sans se faire scrui)ule de contredire tous les documents qui atiestent l'éloignement qui exista entre l'archevêque et le roi Roux, M. Thierry assure que Guy, en cette affaire, fut l'élu de Lanfranc ; et il unit l'archevêque et le roi qui, selon lui, sévirent de concert contre les moines saxons. Cela est plus conforme au thème de l'historien et s'accorde complètement à sa théorie. « Lance franc, dit-il, conduisit au monastère un moine w appelé Guy, Irès-aimé du roi. Il somma les reli- « gieux de Saint-Augustin, au nom de Vauiorité « royale, de recevoir et d'installer sur-le-champ ce « nouvel abbé (1). »

M. Thierry ne se contente pas de voir ainsi dans Lanfranc un ardent persécuteur des Saxons, il veut encore qu'il ait poursuivi la mémoire des saints qui avaient illustré ce peuple. « Les prélats normands,

(I) Tom. Il, p. 305. — Nouv. édit. Tom. II, p. 2o7.

« dit-il, et à leur tête l'archevêque Lanfranc, ne 'c tardèrent pas à proclamer que les saints saxons « n'étaient pas de vrais saints, ni les martyrs saxons « de vrais martyrs (1). » Un prélat normand, l'évêque de Salisbury, OcJmund, chancelier du roi, fort zélé pour la copie et la garde des livres (2), composa cependant une vie de saint Adhclm. On pourrait citer d'autres exemples. Nous voulons nous restreindre au seul personnage de Lanfranc. M. Thierry affirme qu'il entre prit de dégrader saint Elfeg. C'était un archevêque de Canlorbéry. Fait prisonnier par les Danois, il n'avait pas voulu que ses ouailles payassent sa rançon, et il avait été tué par les païens. « Lanfranc, dit M. Thierry, tourna en ridicule saie mort et son refus courageux de payer rançon aux c( Danois : il serait trop aisé d'être martyr, disait le « prélat lombard, s'il suffisait pour cela de tenir « plus à l'argent qu'à la vie (3). w.M. Thierry note à l'appui de cette assertion : Et qiiod occisiis faerit

(1) Tom.li, p. 150.— Nouv. édit. ïom. 11, p. 192.

(2) H. Kniglon.

(3) Eist. de la conq. Tom. Il, p. 130, M. Tliierry dans la nouvelle édition a adouci les expressions qu'il prêlait au B. Lanfranc : « Je ne vois là, lui fait-il dire, qu'un homme tué faute d'une rançon qu'il ne pouvait payer et qu'il ne voulut pas mettre à la charge d'autrui. » L'historien rejeite ainsi le texte qu'il avait invoqué, et il en allègue un autre tiré de Jean de Salisbury ; mais en le traduisant, il le modifie encore quelque peu. Ad redempUonem corporis sui 'pecuniam noluit extorquere, avait dii'^Jcan de Salisbury,

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