‹ M. Augustin ThierryChapitre 197 sur 206 · LIVRE iir · texte numérisé non relu

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« de votre conversation ; ordonnez aussi à tous ceux « dont la doctrine peut lui être salutaire de causer « souvent avec lui (1). » Sa sollicitude était ainsi éveillée sur les absents. Eadmer a laissé le détail de celle qu'il portait aux moines vivant autour de lui. Il les voulait gais ; il entrait dans leurs préoccupations, venant souvent s'asseoir dans le cloître et les interrogeant avec intérêt sur tout ce qui pouvait les toucher; il voulait prendre part à leurs tristesses et leur faisait d'aimables reproches lorsqu'ils ne lui confiaient pas leurs chagrins; il soulageait leurs familles lorsqu'elles étaient dans la pénurie (2), et sa tendresse était telle pour eux que les historiens lui ont donné le litre de père des moines. M. Thierry a voulu accommoder ce père en tyran.

Nous avons signalé déjà les dissentiments de Lanfranc avec le roi Roux. Ce fut le commencement des démêlés de l'Eglise avec les rois normands. Lanfranc préluda ainsi de fait à saint Anselme et à saint Thomas. Il prévoyait depuis longtemps cette lutte, et c'était cette perspective qui remplissait son âme d'angoisses. Comme firent plus tard les deux Henry, le roi Roux chercha dans l'Eglise des auxiliaires contre le primat de Cantorbéry. Il en trouva parmi les moines de Saint- Augustin. Guillaume Thorn, écri-

(1) Op. Lanf. Episl. XLIII. ^

(-2) Ead., Hist. nov.

3o2 M. AUGUSTIN THIERRY.

vain du xiv' siècle, a été rhistorien du conflit entre les moines et l'archevêque : il ne donne pas un beau rôle à ce dernier. Mais M. Thierry a trouvé moyen de renchérir sur les griefs de Thorn, dont il accommode le récit à sa façon. Thorn raconte qu'après la mort de l'abbé Scotland, Lanfranc voulut élire l'abbé de Saint-Augustin et le choisir parmi les moines de l'Eglise du Christ. Ce que nous avons dit de la discipline que l'archevêque avait rétablie dans cette église, indique assez quelles pouvaient être les intentions du primat, en y choisissant un abbé pour celle de Saint-Augustin. Il voulut faire agréer son choix par le roi, mais les moines de Saint-Augustin réclamèrent énergiquement en disant que le droit d'élection leur appartenait à- eux seuls. Lanfranc alors, dit l'historien, usa de nouvelles ruses ; par artifices, par flatteries et par offre d'argent, il essaya de faire élire celui qu'il avait destiné à cette abbaye. Les moines de Saint-Augustin repoussèrent toutes les suggestions de l'archevêque, et ils élurent un moine nommé Guy, qui était des amis particuliers du roi : Lanfranc refusa pendant longtemps de consacrer cet élu (1). Yoilà le récit de Guillaume Thorn, au travers duquel il serait assez facile de composer une conduite honorable à Lanfranc. Il faudrait toujours au moins respecter ce que nous appellerons les

(1) Guil. Thorn. Chron. *

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