LIVRE
à exposer la vérité des choses. Il accepta lés conclusions de saint Anselme, et désormais honora dévotieuscment saint Elfeg comme un grand et glorieux martyr (i). »
Voilà, au dire des anciens historiens, comment Lanfranc tourna en ridicule saint Elfeg et entreprit de le dégrader. M. Thierry n'a pas d'autre témoignage de son assertion que celui que nous Tenons de rapporter; V Anglia sacra, qu'il a invoqué, n'a fait que citer un fragment de ce passage.
A toutes ces injures que M. Thierry adresse à la mémoire de Lanfranc, il faut ajouter une dernière et plus grave que toutes les autres. Il ne suffisait pas d'avoir montré ce personnage, que sa science, sa sagesse et ses vertus ont rendu illustre et vénérable dans l'Eglise , comme un orgueilleux et un cœur impitoyable; ce n'était pas assez de lui faire sacrifier à des haines politiques les intérêts spirituels des âmes des peuples commis à sa tendresse, de l'accuser d'avoir tourné en instrument de tyrannie et d'oppression un ministère de paix et de miséricorde, de lui avoir fait insulter et rejeter le culte des saints; il fallait encore l'habiller en philosophe et montrer que la vérité révélée n'était rien pour lui. Comment M. Thierry aurait-il manqué de faire pour Lanfranc
(1) « Ui vere magnum et martyrem gloriosum dévote veneralusest, » Vita B. Lanfranci, xvi.
3o8 M. AUGUSTIN THIERRY.
ce qu'il avait essayé pour saint Grégoire et pour saint Augustin? A la manière dont il parle de ces prétendus philosophes , on voit cependant qu'il ne croit pas lui-même aux qualités dont il les pare. S'il pouvait véritablement trouver en eux quelque nuance d'impiété ou de force d'esprit, il est probable que notre historien les traiterait avec plus de tendresse. Lanfranc ne s'est donc pas contenté de bouleverser la hiérarchie ecclésiastique et de rejeter des croyances vénérables au profit de la conquête; il a voulu faire servir au même but, et il a altéré, pour la faire servir à la même fin, la foi, la véritable foi de l'Eglise, la foi de Jésus-Christ, la foi enseignée par les livres saints : il ne croyait donc pas à cette foi divine; et M. Thierry range de la sorte le primat de Cantorbéry, que l'Église honore du titre de bienheureux, parmi les fourbes, les saltimbanques et les escamoteurs, en compagnie, il est vrai, de saint Grégoire et de saint Augustin.
L'erreur est quelquefois involontaire : au cas qui nous occupe, elle était impossible. C'est avec une entière connaissance de cause et une pleine conscience que M. Thierry a insisté sur son assertion calomnieuse.
Le prétexte en est ce que tous les historiens racontent du travail que Lanfranc fît en Angleterre sur le texte des livres saints. Sa science et sa vertu le rendaient digne de l'entreprendre; et les historiens