LIVRE III
exaltent le service qu'il rendit en celte circonstance à toute l'Eglise. Longtemps après sa mort, la niénioire des hommes lui en était reconnaissante; et, selon Mathieu Paris, qui écrivait au xiu* siècle, l'Eglise de France comme celle d'Angleterre profitait des lumières de cette correction et s'en réjouissait. Malgré les soins recommandés et apportés à la collation des manuscrits, on comprend que les erreurs des scribes devaient aller toujours se multipliant à chaque copie, et l'histoire de l'Église montre des saints personnages appliqués, à diverses époques, à comparer plusieurs exemplaires et à retr.ouver le texte véritable et authentique des saintes lettres. Une pareille correction était surtout nécessaire en Angleterre où, au dire de tous les historiens, le clergé saxon était depuis longtemps à peu près complètement étranger à la connaissance de l'idiome latin. Avec ses visions de luttes nationales et sa manie de reconnaître en tout la conquête, M. Thierry n'a garde d'avouer cet état de choses : ce serait faire injure à sa science de croire qu'il puisse l'ignorer. Il a su reconnaître dans la conversation de Lan franc et de saint Anselme, que nous rapportions tout à l'heure, le mystère de « la haine que le clergé porte tait aux indigènes, s'étendant jusque sur les saints « de race anglaise (1). » Il a démêlé le même mys-
(1) Hist. de la conq. d'Angl. Tom. II, p. 450. — Nouv. édit. Tom. II, p. 131.
tère dans celte simi)le parole de l'historien de la vie de Lanfranc : Libros veteris ac novi testamenti correxit. Nous ne priverons pas M. Thierry du bénéfice du correctif /)e?<^-e^7'C qu'il a mis à son assertion. Ce fut donc « 'çeut-être par des vues analogues et pour « donner une nouvelle direction à l'esprit des An- « glais que Lanfranc fît saisir par toute l'Angleterre « les exemplaires des Écritures et les corrigea de sa « main, sous prétexte que l'ignorance saxonne en « avait anciennement corrompu le texte; mais tout a le monde ne crut point à cette assertion hautaine, « et Lanfranc, malgré sa renommée de vertu et de K science, encourut dans son temps le reproche d'a- « voir falsifié les livres saints (i) »
En preuve de celte assertion, M. Thierry nomme Edouard Brown, Fasciculi rerum exi-etendarum^in Anglla sacra. A la page oo du ton.e Idc V Ajiglia sacra nous trouvons en effet, non pas le Fasciculus rerum expetendarum, mais une note à son occasion ; les éditeurs de ^.4?^^/^a .sacra, publiée en 1691, diseutque la mémoire de Lanfranc vient d'être dernièrement, dans la nouvelle édition du Fascicidus, Tobjet d'une attai^ue de la part du savant Éiouard Brown (2).
(1) Hist. de la cong. d'Angl. Com. il, p. 151. Tout !c passage avec ses au lorilés frelatées ou du moins aventurées a disparu de la nouvelle édition.
i2j « Grave cri m en Lauf.-anco nuper inlentavii vir doctus Edwirdus Drown in prefaiione su.i ad nuperam Fasciculi .. ediiionem. »