‹ M. Augustin ThierryChapitre 23 sur 206 · XXXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXXII PREFACE

besogne, avait-il conquis une plus haute lumière? Il se flattait de réformer ce qu'il avait pu écrire « contre la vérité dans tous les sens (1). » L'intention est admirable, L'étendait-il à lout ce qui pouvait blesser la foi et nuire aux âmes ? Les moyens lui faisaient défaut. S'il est bien vrai que, dans l'erreur même coupable, se mêlent divers éléments étrangers, pour ainsi dire, qui s'imposent jusqu'à un certain point à la volonté pervertie ; si les préjugés, par exemple, la passion et les déductions des faux principes admis antérieurement et dont l'esprit a été nourri, concourent souvent à entretenir une manière de fausse conscience et de prétendue bonne foi ; on doit reconnaître aussi que la conquête et la possession de la vérité ne sont pas uniquement l'affaire de la volonté ni de la puissance de l'œil de l'homme : il faut encore au moins l'élément de la lumière. La lumière est une grâce. En est-il de plus précieuse que la connaissance des erreurs où l'on a vécu ? Cette grâce comme toutes les grâces vient de Dieu. C'est un don où l'intervention des sacrements est néces-

(1) P. Gralry,p. 166.

PRÉFACE. XXXIJI

saire. Ils communiquent les clartés surnaturelles qui font apparaître des monstruosités là où les lumières naturelles obstruées d'ailleurs par les préjugés et les passions, n'avaient vu que logique^ enchaînement des faits ou simple interprétation des documents. M. Thierry, privé de l'amour et du respect que communiquent les sacrements, pouvait-il corriger complètement ses oeuvres ? Il a beau vouloir extraire et poursuivre le venin, le venin persiste et se maintient en se cachant. L'historien en élague les monstrueuses efflorescences. Il ne laissera plus conclure de ses récits que saint Grégoire le Grand, saint Léon IX ou saint Grégoire VU sont des scélérats, des menteurs, des ambitieux uniquement remplis d'orgueil: il leur accorde désormais et volontiers un certain bénéfice des bonnes intentions; mais il accuse en^ core trop souvent leur peu de perspicacité, leur ignorance, les sacrifices qu'ils font de la justice à des intempérances de zèle et à de gratuites et déraisonnables exigences d'une discipline arbitraire. Aussi, sans contester la bonne volonté de l'auteur, il faut avouer l'insuffisance de ses corrections aux yeux de l'histoire comme aux yeux de la foi.

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