‹ M. Augustin ThierryChapitre 33 sur 206 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

l'Eglise, d'y résider virtuellement et efficacement, de manière à procurer le salut des âmes, à produire la civilisation des peuples, à répandre sur les hommes la lumière et tous les trésors qu'elle contient. Cette conclusion répugne au bon sens. Il en est une autre bien compatible avec la fragilité de notre nature : c'est que les témoignages humains sont défectueux, et que, par une cause ou par une autre, ils sont plus ou moins entachés d'erreur.

Néanmoins, si, durant tout le cours des siècles, des accusations sérieuses s'élevaient contre l'Eglise, mettant toujours ses actions en contradiction avec ses doctrines, lui prêtant partout un rôle odieux et coupable, pour humains qu'en fussent les témoignages, ils constitueraient, il faut avouer, une redoutable tentation. La Providence n'y a pas soumis les hommes.

Les écrivains de ces derniers temps ont réussi à composer un corps d'histoire entièrement opposé à la raison divine : ils sont parvenus à présenter les Papes et les saints comme des instruments de tyrannie et des artisans de crimes : grâce à un concours de circonstances que nous n'avons pas à analyser, leurs appréciations se sont répandues partout ; elles se sont propagées dans ce qu'on appelle le monde savant; elles y ont accumulé tant de ténèbres et de préjugés, que l'opinion contraire n'y a pas encore aujourd'hui droit de bourgeoisie ; et aller soutenir

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devant nos académies que les saints sont des saints est une hardiesse devant laquelle il est bien peu d'esprits qui ne s'effarent : je dis de ceux mêmes dont les cœurs s'inclinent devant les divins mystères (1).

On a tant raffiné sur la distinction du temporel et du spirituel, on a tant subtilisé pour chercher un domaine humain en dehors de la puissance de l'Eglise, qu'on est parvenu à dédoubler, pour ainsi dire, certains hommes : ils sont persuadés qu'on peut et même qu'on doit reléguer la Foi dans je ne sais quelle partie inférieure du cœur, d'où ses rayonnements n'atteignent point à la hauteur de l'esprit. Plusieurs, qui se disaient et se croyaient peut-être chrétiens et soumis à l'Eglise, n'ont pas hésité à condamner les actions des Papes et ont concouru de toute leur puissance à accuser ou à faire soupçonner les saints et les bienheureux des actions les plus coupables ou les plus honteuses. Les esprits sont si bien tournés sur cette matière, que les historiens qui gardent un peu de ménagement dans leurs calomnies, s'imaginent avoir droit à la recon-

(1) Au bout de trente ans, celte vérité, hélas! est encore évidente aujourd'hui. Des catholiques avérés et notoires, qui visent aux couronnes et aux titres académiques, n'osent encore affirmer leur foi en toutes circonstances, et se gardent d'adhérer sans réserves à certains jugements de l'Église. Il serait inutile d'apporter ici des exemples.

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