LIVRE I. — CHAPITIŒ
Celui-ci vint à Tours, en chassa Glovis, prit le serment des habitants et marcha sur Poitiers. Deux Poitevins, Basile et Sighaire, rassemblèrent une troupe pour lui résister. Il les enveloppa, les écrasa, les détruisit; et, venant à Poitiers, exigea aussi un serment de cette ville (1). M. Thierry marque d'abord l'itinéraire de Muni mol ; il partit de Chalonsur-Saône, et se dirigea sur Tours par la route de Nevers et de Bourges ; à son approche le jeune Clovis, qui s'était d'abord enfermé à Tours, dans r intention d'y soutenir un siège ^ prit le parti de battre en retraite, et alla sur la roule de Poitiers, à 'peu de distance de cette ville, occuper une position favorable (que pouvait-il faire de mieux en effet?), et y attendre des renforts. Les citoyens de Tours accueillirent pacifiquement le général qui prit possession de Iq. place au nom du roi Sigebert.
M. Thierry explique ensuite la manière dont il pense que se prêta le serment exigé par Sigebert ; pour celte fois, il consent à marquer qu'il fait une hypothèse. Cependant, ajoute-t-il, en parlant des
(I) « Conjuncius rex ipsecum fralreGuntchramnoBlumoluni eligunl... ()ui Turonis vetiiens, fugato exiade Chlodovecho lîlio Chilpeiici, exaciis a populo ad partem régis Sigiberti sacrameniis, Pictavos accessit. Sed Basilius ac Sigharius, Piciavi cives, collecta muliitudine, resisiere voluerunl; quos de divcrsis partibus circumdalos oppressit, obruit, intcremit, et sic Piciavos accédons saeramenta exigit. » S. Greg. Lib. IV, c. XLVI.
gens de Basile et de Sighaire, les renforts qxiaitendait Clodowig arrivèrent à son camp près de Poitiers. Cette troupe nombreuse, mais sans discipline^ composée en grande partie de, colons et de paysans^ forma V avant-garde de l'armée iieustrienne \ elle en vint aux mains avec Mummol. Attaquée à la fois en têle et par le flanc^ cette troupe fnt, après une perte énorme^ culbutée sur les Francs de Clovis qui tachèrent pied et se débandèrent presque aussitôt ; et Je fils de Chilpéric, n ayant plus assez de monde pour défendre Poitiers, s'enfuit par la route de Saintes (1).
Certainement l'historien a droit d'interpréter les textes que lui ont légués les âges écoulés : c'est son devoir de chercher à reconnaître, à travers les récits diffus ou concis des contemporains, les marches des armées : on peut soupçonner néanmoins que M. Thierry a outrepassé ce droit ; et tout ce récit de campement, de renforts, de culbutes et d'avantgarde ne constitue pas tout à fait une narration historique. L'auteur ne se déconcerte pas toutefois, et il continue gentiment son petit roman du fils de Chilpéric. Ce jeune prince donc se dirige sur Bordeaux : il arrive aux portes de cette grande cité avec une poignée cV hommes en mauvais équipage^ et à la première sommatioii quil fit au nom de son
[h) Temps mérov., tom. Il, p. 15.