‹ M. Augustin ThierryChapitre 62 sur 206 · LIVRE I. — GHAPITIIE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — GHAPITIIE

il retrouve encore ces averlissemenls quelquefois dans les plus simples accidents de la nature ; mais cela n'est pas contraire à la raison : c'est tout à fait conforme à l'idée que les chrétiens ont du Dieu qui vit avec eux, auprès d'eux, au-dedans d'eux, qui se communique et se donne tout entier à eux, qui les surveille, les accompagne et les protège jusque dans les moindres actions de leur vie, de ce Dieu enfin qui prend plaisir à leur apprendre à le nommer Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Quant au surcroît de force et d'adresse, quant au phénomène de l'extase ressaisi par la science et au nouveau sens subtil et puissant, comment y trouver une apparence de raison?

Saint Grégoire, d'ailleurs, dans les occasions où il croit reconnaître la main de Dieu comme dans le récit du monastère de la Latte et celui de Modeste, se contente de raconter les faits venus à sa connaissance et de marquer l'impression qu'ils ont faite sur les esprits. Il met une grande discrétion à accepter ce qui peut constituer un miracle et surpasse tout à fait les lois de l'ordre naturel. Le savant et pieux abbé Rohrbacher a cité des exemples de cette discrétion du Père de notre histoire (t). Lorsqu'il raconte des faits tout à fait merveilleux, il cite habituellement l'autorité sur laquelle il les rapporte,

{{) Hist. de VÈgl. catlioL, lom. IX, p. 345,

et il ne dissimule pas la répugnance de l'orgueil humain à se confondre devant ces manifestations de la puissance et de la bonté de Dieu. Ainsi il rapporte rétonnante histoire de saint Sauve, évêque d'Alby. Il était moine d'abord : étant mort, son âme fut emportée par les anges, au milieu de la compagnie des élus, jusque dans le sein d'Abraham; mais une voix lui ordonna de retourner sur la terre pour travailler au bien de l'Eglise. Hélas ! Seigneur, disait ce pauvre serviteur, pourquoi me renvoyezvous dans un monde fragile où je suis en danger de périr? — Va en paix, reprit la voix; je suis ton gardien ! Et cette pauvre âme quitta en pleurant les splendeurs célestes pour revenir sur cette terre de ténèbres, ranimer le misérable corps que sa mère et ses frères dans les larmes se préparaient à ensevelir. Ce récit, dit le pieux historien, pourra paraître incroyable : Salluste, dans son histoire, dit : « que quand il s'agit delà vertu et de la gloire des hommes de bien^ on écoute avec indifférence ce qui semble facile ; et pour tout ce qui va au delà, on le regarde comme faux et inventé à plaisir. Mais j'atteste le Dieu tout-puissant que j'ai entendu de la bouche de Sauve tout ce que je viens de raconter (i). »

Quant à M. Thierry, nous en avons assez dit pour signaler la valeur de ses récils. La grâce y est par-

(i) « Teslor Deum omnipolenlem quia ab ipsius ore omnia quae reluli audita cognovi » S. Greg., liv. ill, c I.

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